mercredi 19 décembre 2012

Yasmina Khadra : "Ce que le jour doit à la nuit"

***** Réf géographique : Algérie / France (2008)
Je garde un sentiment mitigé sur ce roman d'un auteur que j'apprécie depuis longtemps. Si ce livre n'avait pas été tant encensé par les critiques, peut-être l'aurais-je certainement apprécié plus aisément. Mais je suis restée sur ma faim, avec cette histoire d'un enfant à cheval sur deux familles, deux religions, deux populations qui s'entre-déchirent, puis d'un ado et d'un homme qui rate les grands rendez-vous de sa vie.
- Le style de Yasmina Khadra est particulièrement éloquent dans ce livre, voire grandiloquent par moments. Plusieurs expressions érudites m'ont fait prendre le dictionnaire, ce qui est toujours instructif, mais à la longue, j'ai trouvé cela pesant (comme le dico...) : immarcescible, succube... Mais de belles descriptions des paysages aussi, et de la poésie tout de même.
- L'histoire m'a semblé plutôt tirée par les cheveux, depuis l'exil de la famille de Younes dans les bas-fonds de Jenane Jeto, la misère, le comportement du père, le bon oncle éduqué, riche et pharmacien... le changement de vie de Younes qui devient Jonas, s'intègre comme un poisson dans l'eau à la bande de copains pieds-noirs, tombe amoureux et se fait bêtement (dans une scène peu convaincante) interdire d'approcher Emilie. Plutôt qu'une belle histoire d'amour, c'est une histoire de rendez-vous manqué, d'indécision et d'hésitations. En revanche, ce livre est un bel hymne à l'amitié entre cette bande de garçons.
- NB : J'ai été surprise de la façon dont est évoquée la deuxième guerre mondiale dans le récit : de très loin, avec un focus sur un soldat américain inintéressant (Joe... eh oui, GI Joe !).

Cela étant dit, je ne déconseille pas la lecture de ce roman, mais d'aucuns risquent de le trouver, comme ce fut mon cas, longuet, et le personnage principal... un tantinet ennuyeux.
 
"Oran était une ville magnifique. Elle avait un ton singulier qui ajoutait à sa jovialité méditerranéenne un charme immarcescible. Tout ce qu’elle entreprenait lui allait comme un gant. Elle savait vivre et ne le cachait pas. Le soir, c’était magique. Après la canicule, l’air se rafraîchissait et les gens sortaient leurs chaises sur le trottoir et passaient de longues heures à bavarder autour d’un verre d’anisette. De notre véranda, nous pouvions les voir griller des cigarettes et entendre ce qu’ils se racontaient. Leurs grivoiseries sibyllines fusaient dans le noir telles des étoiles filantes et leurs rires gras roulaient jusqu’à nos pieds, pareils aux vagues qui viennent nous lécher les orteils au bord de la mer." (p97)

"Un éclair illumina les ténèbres. La pluie tombait doucement. Les carreaux étaient en larmes. Je n’avais pas l’habitude de voir pleurer les vitres." (p298)

"Chaque matin, j’avais hâte de retrouver la nuit pour me soustraire au chaos des jours ; chaque soir, dans mon lit, je redoutais de me réveiller au cœur des absences." (p337)

"Puis je rencontrai la guerre… la guerre grandeur nature, le succube de la Mort, la concubine féconde du Malheur..." (p338)

--> voir aussi la rubrique "Lectures d'Afrique" et "Sélection de lectures d'Algérie"

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