jeudi 31 décembre 2015

Aude Picault : "Parenthèse patagone"

***** (Ed. Dargaud, 2015)
Voici un très bel album graphique, illustré de très jolies aquarelles.
Patagonie chilienne (Seb, avril 2015)

Son auteur, Aude Picault s'est rendue en Patagonie à bord d'un "voilier charter" avec son ami il y a un an. 
L'album relate cette traversée et les excursions sur les îlots, au cours d'une "parenthèse patagone" de dix jours. 

Le texte et le dessin ne sont pas ampoulés et restituent très bien le climat sauvage de ce bout du monde. Mon fils s'étant rendu cette année en Patagonie (Argentine et Chili), j'ai découvert dans les aquarelles d'Aude Picault l'exact reflet des paysages que Seb avait photographiés. En zoomant, j'aurais pu apercevoir la texture de la mousse...
Quelle mousse ? ...
Aude Picault nous régale en effet de petits commentaires sur les variétés de mousse (spagnum magellanicum) qui poussent dans cette contrée désolée.

On ne s'ennuie pas durant cette croisière, et contrairement aux passagers, on aurait un peu le mal de mer quand la mer se déchaîne, que la pluie frappe les hublots et que voguent les bouts de glacier au milieu du canal. Nous sommes tout de même dans les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants.

Patagonie argentine (Seb, avril 2015)
A l'occasion d'une halte, nous faisons la connaissance de José, éleveur de vaches et de chevaux retournés à l'état sauvage depuis la fermeture de l'estancia initiale, sur un bout de terre envahi par les castors.
Nous apprenons alors le projet du milliardaire américain Tompkins d'offrir une réserve naturelle au Chili interdite aux espèces non-endémiques. A cet égard, je ne connaissais pas le nom de ce milliardaire militant écologiste quand j'appris la nouvelle de son décès dans un accident de kayak en Patagonie chilienne. Il était le fondateur des marques The North Face et Esprit, et avait acheté 30000 hectares au Chili pour protéger ces terres de l'exploitation minière.

Pour terminer mon commentaire sur la "Parenthèse patagone", j'avoue avoir été déroutée durant ma lecture par la représentation des personnages : j'ai cru que le récit mettait en scène un voyage effectué il y a longtemps par Aude, qui m'apparaissait comme une fillette, limite ado, accompagnée par son père ! Ce n'est qu'en jetant un oeil à sa biographie que j'ai découvert que ce voyage était récent et entrepris avec son compagnon...

--> voir mes "Lectures d'Amérique latine" et la chronique "BD/romans graphiques"...

mercredi 30 décembre 2015

Une dernière semaine de décembre ahurissante au jardin !

Au 1er plan : énorme bouton de pavot !!!
En arrière-plan, une échinacée purpurea en fleur !
Ce réchauffement climatique fait peur... comme l'illustre la vision ahurissante d'un énorme bouton de pavot d'Orient dans ma plate-bande, cette dernière semaine de décembre !

Ce pavot fleurit normalement entre mai et juin. Quand je me suis rendu compte que mon pied de pavot portait ce gros bouton, j'ai cru à une hallucination.

Un refroidissement des températures étant annoncé pour le 1er janvier, je me demande ce qu'il va advenir de ce bouton de pavot... Cela m'étonne qu'il ait le temps ou l'heur de s'ouvrir pour mes beaux yeux d'ici là.

Et en arrière-plan sur cette même photo, voilà un bouton d'échinacée purpurea qui a fleuri la semaine dernière, alors que cette plante fleurit traditionnellement de juin à septembre-octobre.

Le reste du jardin est un peu à l'avenant : un oeillet est toujours en fleur, quelques roses aussi, des gauras s'agitent toujours au vent et les sauges jaunes et roses pétillent toujours (pas les bleues et les violettes)... Le chèvrefeuille arbore aussi quelques fleurs. Sans compter les géraniums en jardinières qui continuent de fleurir.



Et mon pied d'arum est plus somptueux que jamais, alors qu'au printemps il a tôt fait de disparaître sous les assauts des gastéropodes et en été de la sécheresse. 

Tous les arbustes viburnum (lauriers tins) du jardin ploient sous leurs petits bouquets de fleurs, et attirent du coup quelques insectes butineurs ici et là. Leurs fleurs exhalent un parfum délicat. Le jamsin d'hiver ets tout aussi en forme

Ont posé pour la photo ci-contre :

- fleurs roses du cognassier du Japon (ok : c'est sa période, ouf !)
- primevères blanches et une fougère couverte de spores
- un trèfle aux couleurs d'automne
- ma première fleur de rose de Noël blanche (hellébore)
- un bergenia et sa grappe de fleurs roses
- le feuillage superbe de l'arum
- le chèvrefeuille en fleur.

--> Chronique "jardin"...

Doris Lessing : "The Fifth Child"

***** - "Le cinquième enfant" (Royaume-Uni, 1988)
Un livre très dur, qui laisse complètement KO.

Et pourtant cela commence si joliment... Harriet et David sont de jeunes mariés dans l'Angleterre des années '60, bien décidés à s'envoler pour une vie idéale. Le conte de fées commence par l'achat d'une immense maisonnée en banlieue de Londres, destinée à résonner des babils d'enfants et à accueillir à tour de bras les amis et la famille pour de fastueux banquets.
Les enfants justement naissent à tour de bras aussi ! Harriet enchaîne les grossesses et ce sont bientôt quatre enfants qui égaient la maisonnée. Heureusement que la famille de David est plutôt fortunée, mais tout de même...
A peine remise de son quatrième, Harriet se trouve à nouveau enceinte. Toutefois, rien ne se passe comme les grossesses précédentes, ce cinquième enfant à naître lui tord le ventre de douleur et la vide de son énergie. Harriet se gave de sédatifs pour calmer cette chose qui déchire tout en elle. La naissance n'est pourtant pas un soulagement : le bébé, Ben, est énorme, sa tête semble difforme, et l'appétit de ce bébé est incommensurable. Il est d'une voracité telle qu'Harriet a la poitrine meurtrie et les biberons doivent s'enchaîner quasi sans pause.

Ben grandit tandis que le doux cocon familial commence à s'effilocher. L'enfant abrite une violence terrible. Le petit chien et le chat sont retrouvés morts. Les parents installent des verrous sur les portes des chambres, angoissés à l'idée que Ben puisse s'introduire dans les chambres de ses frères et soeurs.
Bientôt, il n'y a plus de joie, plus de désinvolture, moins de réceptions, même la famille appréhende cet enfant. Ben petit à petit a cassé la bonne humeur du couple, qui se distend, et la vie de famille. 
Son père est persuadé que Ben est une sorte d'alien, et décide de remédier par les grands moyens en le faisant interner dans un établissement psychiatrique. L'instinct maternel d'Harriet la pousse cependant à récupérer son enfant, dans une scène dont la lecture est terrible : Ben est enfermé nu dans une pièce, attaché par une camisole de force, baignant dans sa saleté. Ce sont les années soixante / soixante-dix, les traitements par électrochocs sont encore très utilisés et Ben en a eu son compte.

Le retour de Ben à la maison vire au cauchemar. Ne communiquant pas avec ses parents, il apprécie cependant de traîner avec une bande de jeunes d'au moins 10 ans de plus que lui, et fait comme eux les quatre cents coups. D'asocial, il sombre dans la délinquance. La vie de famille a éclaté, les autres enfants s'échappent de la grande maison pour l'internat ou rejoindre les grands-parents. Cette immense bâtisse n'abrite plus aucun sourire, mais une immense angoisse. Une maison vide, surdimensionnée, et que David et Harriet n'ont plus les moyens ni le goût d'entretenir. Le conte de fées a viré au cauchemar. Chaque once de bonheur s'est disloquée.

Je dois admettre avoir lu ce roman avec une grande naïveté : j'ai cru tout ce que je lisais, la grossesse infernale, hors normes, de Harriet, la scène de l'internement qui m'a fait penser à "Vol au dessus-d'un nid de coucou", la monstruosité sourde qui habite Ben. J'ai tout pris au 1er degré ! Ce n'est qu'en discutant avec d'autres lecteurs que la dimension fantastique de ce roman m'a été révélée. Mais quand même, Doris Lessing a écrit un récit cauchemardesque, autour d'un enfant "différent" qui meurtrit son entourage et détruit tout autour de lui. On ne peut jeter la pierre à sa mère, qui s'accroche à la parcelle d'amour maternel qui subsiste en elle. Le restant de la famille a fui devant le "monstre". Personne n'a pu ou su s'adapter, mais à leur décharge, comment réagir devant la violence extrême de ce cinquième enfant, qui ne cherche aucune forme de communication affectueuse mais sème la terreur.

Il existe une suite à ce roman : en ce qui me concerne, la lecture du "Cinquième enfant" m'a laissé un tel goût amer que je ne suis pas capable d'embrayer sur la suite de la vie de Ben.

mardi 29 décembre 2015

Lynda La Plante : "Clean Cut"

***** 2007 (Pocket Books, 503 p.)
Un bon roman policier, dont je ne connaissais pas l'auteure, britannique.
Le titre français "Entre coeur et raison" résume bien la philosophie derrière cette intrigue, mais sonne cucul la praline et ne donne pas forcément envie de lire le roman. (Ce titre m'a fait penser aux romans de Slaughter, plus trop en vogue de nos jours même si je les ai goulûment lus fut une époque...!).

"Clean Cut", publié en 2007, met en avant la question des migrants qui secoue le Royaume-Uni. Pas le plombier polonais qui est libre de venir travailler dans l'UE (même si des personnages du roman font parfois allusion aux "Poles" trop présents ici et là en Angleterre), non, il s'agit de la problématique de l'immigration clandestine en provenance d'Afrique en particulier (Somalie, Ghana...).
Des immigrants arrivant via des filières illicites, sans le sou, exsangues, à la merci des trafiquants qui leur confient diverses basses oeuvres, les prostituent, séquestrent et violent leurs enfants, et se livrent avec eux à des pratiques vaudoues immondes.

S'agissant d'un roman policier, le lecteur chemine donc aux côtés de deux policiers,  l'inspecteur chef Langton d'une part, une pointure de la police londonienne, et l'enquêtrice qui fut son assistante et sa compagne, Anne Travis. 
Langton remontait justement la piste d'une filière d'immigration clandestine quand il est tombé dans un piège et a failli mourir sous les coups de machette de l'un des pontes. Hospitalisé, il se voit contraint de délaisser son enquête mais jure vengeance. Sa cible : les filières d'immigration clandestine, qui passent aussi par des délinquants mis sous les barreaux pour tel ou tel délit (y compris agression pédophile ou meurtre) et qui se voient octroyer une remise de peine ou se retrouvent en liberté conditionnelle, sans tarder à disparaître dans la nature.

L'intérêt du livre tient à l'évolution de la relation entre Langton et Anna, le premier animé par la haine et la revanche et la deuxième tentant de suivre autant que faire se peut les rouages de la justice et de la loi. Ce hiatus aura raison de leur relation, et tiendra également le lecteur en haleine jusqu'à la toute dernière page.
Le roman pousse aussi à la réflexion sur l'immigration, sur les crimes et délits commis par des immigrants clandestins qui sont alors emprisonnés, et que le commun des citoyens ne comprend pas qu'ils soient ainsi nourris logés aux frais de la princesse pour des années et des années. L'auteure aborde aussi la problématique de la liberté conditionnelle et du manque de moyens (ou de conscience professionnelle) des personnels chargés de les encadrer.
"He'd gone apeshit, like he was seeing monsters or something coming through the walls. He was screaming and shouting that they'd come for him and he was trying to remove his clothes ; said they were eating him. He was really crazed and his eyes were rolling back in his head, mouth frothing, really crazy." (p. 484)
--> mes "polars"...

lundi 28 décembre 2015

Noël 2015 à Paris


Le 25 décembre 2015, nous décidons de passer le jour de Noël à Paris.
Peu de monde, il est vrai, mais c'est Noël. Bon, il est vrai qu'il y a un mois je ne me serais pas vue déambuler en famille sur le parvis de Notre-Dame le 25 décembre. But life still goes on.

Nous avons été récompensés par une superbe pleine lune au-dessus de Notre-Dame.

Et pour vraiment faire la fête à Paris le soir de Noël, nous embarquons tous pour le ROCKY HORROR PICTURE SHOW !!!

Dans la salle du Studio Galande, un public clairsemé (c'est Noël...) mais passionné, français, tous bardés comme nous de leurs sacs de riz et bouteilles d'eau, et deux américains de New York, et notre nièce du Québec !

Qu'est-ce qu'on s'est amusés !!! Trempés et couverts de riz.
Pour ma part, c'était un replay de mon 1er Rocky Horror Picture Show il y a 30 ans... "Janet ! Dr Scott ! Brad !"
Et ce pauvre Meatloaf qui finit en plat de viande à la table de fête... Like a bat out of hell (bon, c'est pas dans le RHPS, mais c'est tellement bien aussi !)

Bon les petites visites parisiennes furent l'occasion de découvrir...

Space Invader pingouin
Sens interdit ciseaux
- un nouveau Space Invader, en forme de gros pingouin à l'angle de la rue de la Huchette et de la rue du Petit-Pont. Il était temps, ce n'est que le 13e Space Invader dans ma besace...

- et un nouveau panneau sens interdit customisé, flanqué d'une paire de ciseaux/ CLET (je suppose !) rue Saint-Jacques dans le 5e.

Alors What else pour ce Noël ? C'était très bien.

"Au revoir là-haut" adapté en BD

***** Pierre Lemaitre & Christian De Metter (Ed. Rue de Sèvres, 2015

J'ai été comme tant d'autres estomaquée par la lecture du roman "Au revoir-là-haut" de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013. 
L'adaptation graphique est à la hauteur, Pierre Lemaitre gérant le scénario et Christian de Metter mettant le tout en images. C'est remarquable, et épouvantable à la mesure de l'histoire.

J'avais terminé ma chronique du 30 décembre 2014 sur le roman de P. Lemaitre ainsi : 
"Un roman coup de poing, effrayant dans ses descriptions de la guerre, des faux héros encensés et des soldats brisés abandonnés à leur sort. Ce roman est la mise en mots du tableau "Les joueurs de skat" d'Otto Dix.
Après l'avoir lu, on pose un regard appuyé sur les monuments aux morts.
En tout cas, il faut l'avoir lu. On ne peut y rester indifférent."

Le seul bémol que je mettrais à l'adaptation graphique tient à la difficulté de comprendre l'histoire pour qui n'aurait pas lu précédemment le roman. Les dessins m'ont parfois paru confus, et il m'a fallu par exemple m'arrêter plusieurs fois sur la planche du soldat tombé au fond du trou pour parvenir à distinguer aussi la tête du cheval. Je n'aurais lu le livre, ce détail important m'aurait échappé.

--> de Christian de Metter, voir "Piège nuptial"*** et "Rouge comme la neige" ****

Ulli Lust raconte son terrifiant roadtrip ado en Italie... (BD)

"Trop n'est pas assez" ***** - Ulli LUST / "Heute ist der letzte Tag vom Rest deines Lebens" - 2009
(Edition fr. "Ca et Là", Trad. Jorg Stickan, 464 p.)
Le thème m'a interpellée : Ulli, jeune autrichienne de 17 ans, punkette désoeuvrée vivotant dans un squat à Vienne en 1984, se laisse convaincre par une autre punkette cependant bien plus délurée, Edi, de partir comme ça pour l'Italie, jusqu'à la plage.
Comme ça, oui : sans passeport, sans argent, sans bagages... L'Autriche n'a pas encore adhéré à l'UE, les frontières sont encore des frontières. Qu'à cela ne tienne, les deux filles passeront par la montagne! et vaille que vaille, elles verront bien ce qu'il y a au bout.

Quand elle publie ce roman graphique en 2009, Ulli Lust a 43 ans. Elle se sert de ses carnets de voyage pour relater cette période hors normes de deux mois de son adolescence. A la fin du roman, elle dit son soulagement que son fils soit quelqu'un de raisonnable.

L'histoire qu'elle dessine se regarde comme un mauvais film, en ce sens que l'héroïne, naïve, émerveillée et stoïque, ira de déconvenues en déconvenues. Entraînée par sa copine Edi qui ne recule devant aucune concession ou tabou, Ulli va faire les frais de sa jeunesse et devenir la proie des regards concupiscents de quasi toute la gente masculine italienne. Si encore il ne s'était agi que de regards... Le pire est à venir en Sicile. Ah oui, elles auront aperçu un bout de plage, mais l'auront payé cher, tombées entre les mains de la mafia. L'Italie des années '80 n'est pas ce coin de paradis.

Ce n'est donc pas un roadmovie sympathique et convivial. C'est le voyage jusqu'au bout de l'enfer de deux ados germanophones paumées qui rêvaient d'un bout de plage et se retrouvent à faire le tapin pour trouver à manger. Et l'une décroche dans la drogue, abandonne l'autre. Plus question d'amitié, chacun sa m..., c'est flagrant à la fin du livre où Edi, pourtant la meneuse, renie totalement Ulli.
Donc on ne peut même pas dire que ce récit soit une ode à l'amitié de deux adolescentes. Cela reste un récit glauque de la descente en enfer de deux gamines au fin fond de l'Italie machiste et concupiscente, racontée 25 ans après par l'une d'elles, sans complaisance, brut de fonderie : on tremble en se mettant à la place des parents.

--> chronique "BD/Romans graphiques"

Margaux Motin : "J'aurais adoré être ethnologue"

***** 2009, Ed. Marabout
Hélas, j'ai lu "J'aurais adoré être ethnologue" (2009), premier opus de Margaux Motin, après m'être déjà régalée de "La tectonique des plaques" (2013), que j'avais littéralement adoré... Et j'avais bien apprécié aussi "La théorie de la contorsion" paru en 2010.

Alors, je fus plutôt déçue par le premier ouvrage, qui ne m'a pas tant fait rire, et que j'ai même par moments trouvé vulgaire et inintéressant. Les dessins sont certes déjà là, avec cette patte personnelle, et attachants, je le reconnais, mais les historiettes ne sont pas à la hauteur des deux opus suivants.
Il fallait bien que Margaux Motin fasse ses gammes, et elle réalise le sans fautes avec "La tectonique des plaques" que je recommande chaleureusement !
"J'aurais adoré être ethnologue ... j'aurais étudié la symbolique de la chaussure à talon chez les pygmées, observé la fréquence d'épilation des femmes en Amazonie, établi une typologie du bébé morue dans les sociétés inuit, j'aurais même probablement appris à construire une pirogue avec une bretelle de soutif et une tong, et pris des cuites à l'alcool de manioc. La vie aurait été une course folle, une nuit d'ivresse interminable, un vaste champ de possibles ! Mais je suis une grosse feignasse, je vomis quand je suis soûle et j'ai peur des guêpes. Et puis, de toute façon, tout ce que je sais faire, c'est dessiner ..."
--> chronique "BD"

samedi 12 décembre 2015

Hundertwasser, la vie en couleurs et en courbes, pour l'écologie

La COP 21 sur les changements climatiques est à Paris.

C'est le moment de parler de Hundertwasser, dont nous avions visité la belle expo "Dans la peau d'Hundertwasser" en 2013 au Musée de l'herbe à Paris. Et sur lequel je viens de lire un agréable petit opuscule ("Hundertwasser, inventer la ville" de R. David et P. Sciot).

Friedrich Stowasser décide de changer de nom (en plusieurs étapes) pour devenir finalement "Friedensreich Hundertwasser Regentag Dunkelbunt", soit "royaume de la paix aux cents eaux, un jour de pluie aux couleurs sombres et multicolores".

Peintre de la nature, il considère qu'"en tant qu'artiste, je suis de plus en plus conscient que la créativité de la nature et celle de l'homme doivent être réunies".
"Mes lignes colorées sont comme les anneaux de la sève des arbres". 

A la quarantaine, et sans compétence dans le domaine, il décide de devenir "le médecin de l'architecture". J'ai eu l'opportunité de découvrir sa Hundertwasserhaus à Vienne peu de temps après son inauguration. Un HLM tout en courbes et en couleurs, détonant dans la Vienne ancestrale.
Hundertwasser développe des toilettes à humus, capitalise sur l'énergie solaire, installe des toits végétalisés en haut de ses constructions, des récupérateurs d'eau de pluie. Il participe à de nombreux combats écologiques, comme en témoignent ses magnifiques affiches "Save the Rain", Save the Wales", "Tomorrow's World"...

Totalement épris d'écologie, Hundertwasser va développer sa théorie de l'arbre locataire et du "droit des arbres". Il plante ses premiers arbres locataires en Italie en 1973.
Cette même année, il voyage pour la première fois en Nouvelle-Zélande et s'éprend du pays.  Il admire la relation du peuple maori à la nature et aux arbres en particulier. Il s'y installe dans une ferme où il demandera à être enterré nu et sans cercueil sous un arbre. Hundertwasser meurt d'une crise cardiaque en 2000 à bord du Queen Elizabeth 2, à 72 ans.

J'adore ses peintures, si colorées, et sans lignes droite, tout en courbes !

En savoir plus sur l'expo présentée au Musée en herbe en 2013 : ici . Les maquettes étaient époustouflantes.

--> billets "expos" ou "peinture"...

vendredi 11 décembre 2015

Valerie Geary : "Celles de la rivière"

*****  - ("Crooked River", 2014) - Ed. Mosaïc, trad. M. Beury, 395 p.

J’ai beaucoup aimé ce roman, présenté comme un thriller mais qui selon moi n’en est pas vraiment un. Je le décrirais plutôt comme un roman d’atmosphère, où les lieux et les personnages jouent un rôle important.
Nous sommes en effet à Terrebonne, une bourgade de l’ouest américain, dans l’Oregon. Au milieu de la campagne, coule une rivière, la Crooked River. Dans une prairie près de la rivière, un tipi, un potager, des ruches, les fleurs des champs butinées par les abeilles...
Un homme plutôt bourru, dénommé Ours, vit ici en pleine nature, il produit du miel et cultive ses légumes, louant ce morceau de terrain à un vieux couple voisin, Zeb et Franny, octogénaires absolument savoureux.
Ours est père de deux filles, Samantha (Sam) 16 ans, à l’esprit entreprenant, et Olivia (Ollie) 10 ans, silencieuse, accrochée à son roman Alice au pays des merveilles comme à une bouée. Ours les voyait rarement. Nous en saurons plus tard la raison. Leur mère venant de décéder d’une crise cardiaque, les deux filles rejoignent leur père en attendant qu’une solution soit trouvée avec les grands-parents partis en voyage.
C’est en jouant près de la rivière que Sam et Ollie découvrent le cadavre d’une noyée. Rentrant au tipi, elles y trouvent en l’absence de leur père une veste de femme en jean tachée de sang et des clés de voiture. Le doute s’installe sur la possible culpabilité de leur père, elles essaient de le balayer et décident de croire en lui et de mener leur propre enquête. Hélas en parallèle les regards convergent vers Ours le marginal solitaire qui campe un suspect idéal.
Pris à partie, Ours peine à se défendre et s’enfonce davantage. Les deux sœurs, en quête d’indices, retracent les faits divers de la région et découvrent un pan caché de la vie de leur père.

Je n’en dévoile pas plus sur l’intrigue. Les relations familiales au sein d’une famille « cabossée » comme celle-ci sont dépeintes d’une tonalité très juste et la relation entre les deux sœurs est aussi émouvante. Sam est rentre-dedans, Ollie plus calme et introvertie, est la proie de visions où apparaissent autour d’elle les fantômes de personnes décédées (sa mère, la noyée…) qui semblent lui conseiller la marche à suivre.
Mais la force de ce livre repose surtout à mon avis sur la description, empreinte de poésie, de la nature et de la relation des personnages à la nature.
Les pages sur les abeilles m'ont passionnée...

lundi 7 décembre 2015

Christine Angot : "Un amour impossible"

***** 2015, Ed. Flammarion, 218 p.
S'il n'y avait eu avalanche de critiques positives et de sélections pour les prix littéraires pour ce roman, je ne pense pas que je me serais risquée à lire un nouvel Angot... En effet, j'avais pourtant bien commencé ma relation avec cette auteure puisque son "Pourquoi le Brésil" m'avait bien plu. Mais cette lecture fut suivie de "L'inceste" et d'un autre titre dont j'ai oublié... le titre, qui m'ont coupé le souffle tellement le propos était cru et sans retenue. 

"Un amour impossible" m'a enchantée, tant la relation mère-fille est si touchante et bien rendue. Avec des mots justes, Christine Angot raconte la jeunesse de sa mère, Rachel Schwartz, en s'arrêtant sur la rencontre avec l'Homme, Pierre Angot. Rachel travaille à la Sécurité sociale à Châteauroux, Pierre est diplômé, cultivé, sa famille est d'un milieu aisé et vit dans les beaux quartiers du 17e à Paris.
S'il apprécie la compagnie de Rachel, Pierre lui trouve rapidement des limites, la corrige quand elle parle : la différence sociale est trop forte et il ne se gêne pas pour la prévenir que jamais il n'envisagerait de l'épouser. Mais elle pourrait néanmoins s'installer dans un petit appartement à proximité, juste pour la compagnie...
Voilà donc le personnage horripilant dont Rachel tombe folle amoureuse. Avec qui elle aura un enfant, Christine, qu'elle élèvera seule tandis qu'il se mariera avec une femme de son milieu.

Les chapitres suivants décrivent la vie tranquille qui s'écoule à Châteauroux, l'enfance de Christine autour de sa maman, de sa Mémé, de la tante et du tonton et des cousines... Le petit tricycle rouge. J'ai trouvé ces pages tellement naturelles... Et ce qui m'a littéralement conquise, ce sont les échanges entre Christine et sa Maman, qui transpirent d'amour, du bonheur tout simple d'être ensemble. Le repas du soir dans la petite cuisine, endives au jambon, gratin de pâtes...
"T'es gaie toi maman.Tu trouves ?Oh oui ! Tu danses, tu chantes, tu ris. Oh oui maman. T'es gaie."  
"J'étais toujours avec elle, ou sur le point de la retrouver. Soit j'étais assise à côté d'elle. Soit je marchais à côté d'elle. Soit je l'attendais." (p.87)
Rachel est une mère courage, elle change de travail, passe son permis pour ça, gagne en responsabilités. Plus tard elle envisagera de déménager à Reims, si elle est retenue pour un poste sur concours, et le remporte. Elle ne se laisse pas abattre.
Jusqu'à ce que le père refasse surface et s'invite ici et là auprès de la mère et de la fille. Rachel est heureuse, flattée. La réaction de Christine, qui de plus en plus fréquemment est invitée seule le weekend chez son père, est moins transparente. Elle rentre en adoptant un comportement mesquin envers sa mère, lui jetant à la figure qu'elle n'a pas l'érudition de son père. Elle devient distante. Ou bien elle rentre avec le cafard.
Ce n'est qu'incidemment que Rachel apprend, par un ami, que le père de Christine la viole depuis des années. Cette annonce la rendra malade, mais elle choisira cependant de ne pas aborder alors ce sujet avec sa fille. Qui, elle, se sentira encore plus seule. Et cherchera la raison de l'aveuglement de sa mère.
La deuxième partie du livre met en scène les deux femmes, Christine devenue adulte, Rachel vieillissante mais toujours aussi douce et aimable, et la relation difficile que l'une entretient avec l'autre. Rachel ne cille jamais quand sa fille lui raccroche au nez ou lui interdit de rester dormir ou souper chez elle. Tout à la fin, Christine entreprend de mettre les points sur les "i" avec sa mère, âgée maintenant de 83 ans mais encore alerte, et de lui énoncer l'interprétation qu'elle fait de l'inceste commis par son père. Ce long dialogue sur le tard entre la mère et la fille m'a moins touchée. Mais je n'en reste pas moins subjuguée par la personne de Rachel et la relation mère / fille superbement retranscrite dans ce livre.


"POURQUOI LE BRÉSIL" ***** - 2002 (lu le 28/10/2002)
Pour moi : une très bonne découverte. Le premier livre que je lisais de Christine Angot.
 «  Il avait constamment besoin de réaffirmer qu’il était libre. Qu’il pouvait faire ce qu’il voulait. Qu’il avait le droit d’aller et venir qu’on n’était pas obligés d’être collés. Comme des escargots, comme des limaces, qu’on n’était pas voués à la collitude. »
« On est passés par la rue Saint-Sulpice, il y avait un dépôt-vente, quand j’en vois un il faut toujours que je m ‘arrête, il m’attendait sur le trottoir en fumant. »
« Et que moi en particulier je voyais la paille dans l’œil de mon voisin mais pas la poutre dans le mien »
« Il est revenu, ça a pété encore. Il m’a dit : tu m’as manqué au cinéma. Je lui ai répondu : ça ne m’intéresse pas de te manquer quand je ne suis pas là. Ce qui m’intéresse, c’est que tu sois bien avec moi quand je suis là. »
« (…) je lui avais parlé, je lui avais dit que je ne pouvais plus rien supporter y compris la réflexion désagréable d’un type qui m’avait tenu la porte une heure plus tôt dans l’immeuble, une réflexion parce que j’avais oublié de dire merci, mais je n’avais pas vu qu’il me tenait la porte, je ne m’en étais pas rendu compte. Mathieu m’avait dit : tu es sur la ligne de crête, le moindre coup de vent t’abat mais c’est aussi ta force .
« Je me rappelais juste qu’en pleine nuit, alors qu’il occupait une bonne moitié du lit, moi je ne dormais pas, il s’était dressé sur le lit, il s’était assis, en me disant : allume la lumière, je veux que tu voies. Regarde. Je dors sur quinze centimètres. Ce qui était faux, il en avait la preuve sous les yeux »

dimanche 29 novembre 2015

Les trois finalistes du prix France-Québec 2015 : Roxanne Bouchard, Biz, Julie Hêtu


Voilà, j'ai lu les trois finalistes du prix France-Québec 2015. Mes lauréats sont les suivants : 
N°1 : "Nous étions le sel de la terre" de Roxanne Bouchard
N°2 : "Mort-Terrain" de Biz
N°3 : "Mot" de Julie Hêtu

Le jury a rendu son verdict : BIZ et son "Mort-Terrain" a été désigné lauréat 2015...

Roxanne BOUCHARD : "Nous étions le sel de la terre" ***** 2014 (Ed. VLB, 353 p.)

"Quand O'Neil Poirier a vu la coque du voilier se profiler à travers le hublot de sa cabine, il s'est dit que la journée commençait vraiment mal."...
Catherine débarque à la Baie des chaleurs, en Gaspésie. Pensant retrouver sa mère biologique, après une rupture avec son compagnon. elle a comme largué les amarres. Elle prend ses habitudes à l'auberge, se prétend touriste, rencontre les habitants, plus ou moins accueillants mais plutôt plus que moins car ils sentent en elle une fille du pays.
Elle découvre la vie des marins, leur désarroi tandis que l'activité de pêche se délite. Toute leur vie pourtant. Elle sympathise avec un ancien, Cyrille.
Tout cela est remarquablement transcrit. L'intérieur des maisonnées de bois, le déjeuner à l'auberge avec le cuistot si fier de ses couteaux aiguisés et de son tablier.
Et puis, en filigrane une intrigue policière : un des pêcheurs a retrouvé dans ses filets une femme noyée. Que tout le monde a reconnu. S'en vient un inspecteur de police de Longueuil qui vient juste d'être muté là, et qui démarre sur cette affaire. Lui aussi, nous parvenons à bien le connaître grâce à la prose de Roxanne Bouchard, on s'attache à lui et à son couple qui se délite comme tout dans cette baie des Chaleurs.

Un roman sublime, gros coup de coeur, avec une écriture puissante et du cru, qui est un ravissement.

"Le ciel a craché, ce jour-là, une bruine ennuyante, glaciale, qui détrempait les os et donnait un frisson d'octobre. Je me suis enveloppée dans un fauteuil et j'ai ouvert un livre d'images de voile qui traînait. Mauvaise idée. Les blues me pendaient au bout des bras et dégoulinaient autour de moi. le soleil commençait à débarbouiller tout ça quand je me suis pointée, en fin d'après-midi, au comptoir à Renaud." (p.36)

"Il m'a détaillée des pieds à la tête et vice-versa pendant que moi, mon sac, ma robe voyante, mon collier creux dans le décolleté et mes talons, on se diluait en flaque de honte sur le tapis de la porte." (p.42)

"Au passage, il m'a jeté un regard vide d'homme dépouillé qui n'a plus d'endroit où échouer sa peine. J'ai pris ce regard et l'ai logé au fond de mes pupilles, là où il restera longtemps rangé comme l'image du désarroi. (p.69)

"J'en voulais à l'amour de m'avoir déçue, à ma mère d'être allée en voile, à mes parents d'être morts. J'en voulais à mon travail de m'ennuyer, à ma ville d'être impersonnelle, à ma vie de n'être pas à la hauteur de mes rêves." (p.241)

"Marie Garant, l'eau aurait dû la garder, lui gruger la peau et les os, l'avaler pis la sédimenter, en faire du beau corail. Hiiiii... Y veulent toujours qu'on soit le sel de la terre ! Hiiiii... Pourquoi, nous autres, on serait pas le sel de la mer ?" (p.259)


BIZ : "Mort-Terrain" ***** (2014, Ed. Leméac, 240 p.)

"Dans sa suite de l'hôtel Sheraton au centre-ville de Toronto, John Smith exulte."

Le roman, écrit par un rappeur québécois (du groupe Loco Locass), est présenté en 4e de couverture comme un "thriller d'horreur" mâtiné de fantastique : j'ai bien failli renoncer à le lire tant cela correspond à tout ce que je n'aime pas. Heureusement que j'ai passé outre : voilà une bonne lecture où j'ai de plus craqué pour la rédaction en "québécois". Le Québec vraiment comme si j'y étais, au bord du lac, au fil des saisons. Sans les mouches à boeufs.
L'histoire est bien menée et bien contée : un jeune médecin de Montréal s'en vient s'installer en Abitibi, dans le village de Mort-Terrain, à proximité de la réserve indienne de Mézézac. Ça fait deux camps : les Blancs et les Indiens. 
Adopté dès son arrivée par les "purs laines", il parvient néanmoins à se rapprocher des Indiens, et se retrouve petit à petit pris en tenailles entre les deux camps.
"La voix chaude et calme de Johnny Cash filtrait de la cabine. Sylvain m'a donné un coup de coude  en hurlant dans le vent. - On est-tu ben, doc ! Ostie qu'on est ben ! T'essaieras ça, de te promener en divan avec de la bière à Montréal ! pis on peut pas se faire arrêter par la police. Est ici la police !" (p.43)
Un projet d'exploitation minière va diviser les villageois et briser une solidarité qui souvent n'était qu'apparente (ceux qui veulent de l'emploi, ceux qui redoutent les conséquences de la mine et l'expropriation) et les deux camps : les Indiens algonquins veulent faire valoir la propriété ancestrale sur ces terres tandis que la majorité des Blancs ne jurent que par le développement économique promis par la Wendigo Mining Company.
L'élément fantastique m'est passé complètement au-dessus. Ouf car ce n'est pas mon fort.

La peinture de la vie dans les régions loin des grandes agglomérations paraît juste et réaliste. L'accent est aussi mis sur la misère dans les réserves où sévissent l'alcoolisme, le chômage, le manque de perspectives. Biz fait aussi référence aux placements au début du siècle des enfants amérindiens chez les pères blancs où on les forçait à oublier langue et culture et où ils étaient violentés.
"Il fallait absolument que je retrouve mon char. Le soleil cuisait la rue Principale déserte. Ne manquait que la boule de brindilles roulante du Far West." (p.20)
Ce qui m'a perturbée : la rupture dans le rythme du roman, où tout s'accélère trop trop vite dans le dernier quart alors que les trois premiers quarts suivent leur rythme tranquille. Du coup, la fin m'a parue fouillis et précipitée. Dommage, sinon j'aurais mis 5 étoiles...


Julie HÊTU : "Mot" ***** 2014 (Ed. Triptyque, 204 p.)
Réf. géogr : Québec (auteur) / Liban / Espagne (Majorque)

" Dhour Choueir, Liban, 1966. Maman est toute petite. Je lui ressemble. Elle s'appelle Anat."...

Un court roman, bien écrit, mais jalonné de morts et de tragédies, du Liban jusqu'en Espagne.
Je n'ai pas réussi à m'attacher à la famille Baal, peut-être parce que les événements allaient trop vite.
"Mot", le titre du roman, fait référence à un petit garçon que l'on a peine le temps de voir grandir, et qui de toutes façons n'est pas le personnage principal avant la quasi-fin du roman. Ce sont les femmes de la famille qui occupent le terrain.
La mère Cybèle répond à l'appel de la guérilla au Liban et laisse la famille en plan. La petite dernière se découvre une passion pour la tauromachie dès son plus jeune âge. Elle en mourra à peine adolescente. Cela signera la descente aux enfers de son frère Mot qui massacre leur père de 300 coups de carabine, va en prison, correspond avec sa mère qui a connu aussi la prison mais au Liban. A la fin, la mère rejoint son fils en Espagne à sa sortie de prison, pour mourir dans l'arène... des mains de ce fils devenu fou.

Spéciale comme histoire.
D'aucuns apprécient les références à la mythologie. Je dois reconnaître que n'étant pas du tout portée sur la tauromachie, le sujet qui est traité de façon approfondie m'a assez intéressée, l'auteure ayant pris également soin de développer la progression du courant anticorrida. Et chapeau à l'auteure Julie Hêtu pour sa connaissance de l'Espagne.
La fin du roman laisse tout de même un goût amer. Je ne le recommanderais pas.
"J'ai cueilli quelques cerises pour les manger et j'ai mis les noyaux dans ma poche, j'étais incapable de les jeter. Tout ce qui possédait même la plus infime parcelle de poésie, était devenu trop précieux pour que je puisse m'en défaire."
«Tu sais ce que c’est le duende, mon amour, c’est avec lui que je lutte en ce moment, c’est avec lui que toujours on lutte, mon ange. C’est une lutte terrible, qui brûle le sang comme une pommade d’éclats de verre, dirait Lorca, et qui s’appuie sur la douleur humaine qui n’a pas de consolation.» 
--> chronique "Québec"

mardi 24 novembre 2015

Novembre au jardin

Echinacée purpurea - sauge jaune
Solidago verge d'or fanée - plumbago bleu
geranium Rozenna - chaton
Un bien triste mois de novembre 2015 compte tenu de l'actualité.

Pour décrocher un peu des chaînes en continu et du stress, courte virée au jardin où l'hiver a commencé à s'installer depuis hier, avec des températures en chute, près de 0° le matin et 5 ou 6° l'après-midi. Il a fallu rentrer des potées.

Mais, ô surprise, ce dimanche qui devait être aussi gris que l'ambiance actuelle... nous avons eu du soleil et de la froidure tout-à-fait supportable.

Certaines plantes portent encore des fleurs, aucune n'a encore subi un coup de gelée.

Contempler chaque jour mes deux magnifiques fleurs d'échinacée purpurea, plantées en septembre dernier, me procure un grand bonheur, même si avec le temps elles commencent à faner. Je suis stupéfaite de leur beauté et de leur charisme.
Ce sont de petites choses comme ça qui me réchauffent le coeur en ces temps bousculés.

Les sauges ont profité aussi du redoux pour relancer une floraison assez spectaculaire. J'ai même vu un oeillet en fleur (une seule fleur, mais courageuse pour un 22 novembre).

Le bergera m'a aussi offert une grappe de fleurs roses, mais lui est coutumier de cette période de l'année.

En ce mois de novembre jusque-là exceptionnellement doux, il nous a été donné de croiser encore quelques abeilles ici et là.
Ci-dessous, dame abeille mellifère s'intéresse aux fleurs de mon jasmin d'hiver.
On la voit à l'approche, puis s'enfoncer jusqu'au cou dans le coeur de la fleur.


En attendant le grand froid, j'ai bien profité de ce répit dominical.

--> Chronique "jardin" et "insectes"...

Emily St. John Mandel : "Last Night in Montreal"

***** (Unbridled Books, 2009, 247 p.). Traduit en français sous le titre : "Dernière nuit à Montréal"

Un livre que j’ai en partie aimé, et qui m’a en partie laissée sur ma faim.
L’auteur, Emily St. John Mandel est canadienne anglophone, de la province de Colombie-Britannique, et c’est son 1er roman. 
Coup de chapeau pour son style d’écriture, fluide, réaliste et poétique à la fois.

L’histoire commence par l’enlèvement au Québec d’une petite fille de 7 ans, Lilia, par son père américain. Démarre alors un road trip de plus de dix ans à travers tous les Etats-Unis, d’un motel à l’autre, d’une ville ou d’une bourgade à l’autre, d’un camping à l’autre, d’un « diner » à l’autre… Une carte routière élimée dépliée sur les genoux.
Lilia et son père sont deux êtres en cavale, privés de la perspective d’un point d’attache, et qui finissent par ne plus pouvoir envisager de s’arrêter pour vivre quelque part…
Sauf que le père, un jour, dit « stop » et s’installe au Nouveau-Mexique, avec une nouvelle compagne, Clara. Quant à Lilia, elle poursuit sa route, car partir c’est la seule chose qu’elle sache faire,  c’est son modus vivendi, ce qu’elle a toujours connu. Elle n’a que seize ans, et toujours « on the road », vivotant de petits boulots ici et là, prenant des photos des rues, des parkings, des bâtiments : photographier est bien son seul hobby…

Trois autres personnages entrent en scène à différentes époques de cette cavale.

Tout d’abord, Christopherun détective privé anglophone de Montréal chargé par la mère québécoise de retrouver sa fille. Détective lui-même père d’une fille du même âge (Michaela), et qui peu à peu se détache totalement de la vie de sa fille pour ne servir qu’un but : retrouver Lilia. Même au bout de quelques années, il ne renonce pas et reste obnubilé par cette chasse. Le tableau de famille de ce détective n’est guère réjouissant : sa femme le trompe, le méprise et l’abandonne tout comme elle se soucie comme d’une guigne de sa fille. Lui-même s’englue dans sa quête obsessionnelle de Lilia au point d’effacer aussi sa propre fille Michaela de sa vie. La jeune Michaela se retrouve livrée à elle-même, à Montréal. C'est assez hallucinant. 
Je dois admettre que j’ai trouvé cette situation (l’indifférence puis l’abandon de Michaela par ses deux parents) trop extrême pour pouvoir y croire. C’est l’un des bémols que j’ai trouvés dans ce roman.
Alors que Lilia est une solitaire, Michaela subit la solitude sans la choisir, sa famille l'a délaissée, mise de côté. Elle survit comme elle peut, dort dans un cagibi de dancing sur un matelas d'enfant, se nourrit de pilules. Michaela est le personnage perdu de ce roman, sans aucune perspective.

Le 4e personnage, c’est Eli, un jeune homme de Brooklyn, sempiternel étudiant étouffé par sa thèse, sorte de loser se présentant lui-même comme un usurpateur, un "fake" qui ne fait rien de concret de sa vie et prétend connaître et savoir et pouvoir tout commenter... Eli fréquentait Lilia quand elle est arrivée à NY, à 22 ans. Lilia s’est installée chez lui, puis, un jour, sans crier gare, elle est partie poursuivre sa route comme elle a toujours fait. Plus tard, Eli, déboussolé, reçoit une mystérieuse lettre de Montréal, signée Michaela, lui donnant RV à Montréal s’il désire revoir Lilia…

Ce roman n’est pas vraiment un polar, pas du tout d’ailleurs à mon sens. Un roman d’atmosphère, simplement.

Je m'en viens à la fin là. A Montréal donc. Ce qui m'a fortement agacée, c'est la campagne anti-francophone/français de l'auteure, qui ose dépeindre une sorte d'isolement total d'Eli, malheureux voyageur américain qui se sent piégé par la langue française, les Québécois francophones, comme en apnée dans un monde totalement alien. Petite référence trop facile de l'auteure à la loi 101.
Et deuxième source d'agacement : la description hallucinante de Montréal en ville glacée, glaciale, inhospitalière, grise et limite moche, une enfilade de restos junk food ou Macdo ou autres du genre, les boites à striptease aux néons flashy qui sont la seule présence dans la nuit glacée. Le métro Bonaventure désincarné, l'hôtel Queen Elizabeth tel un vestige soviétique, etc. etc. Bon, ce fut un peu too much pour moi de la part d'une anglo. Non mais alors quoi, le Eli qui vient de New York, il ne se tape pas de temps en temps des blizzards et des froids glaciaires dans la Big Apple aussi ? Et s'il partait en voyage au Cambodge ou dans le Yunnan, il se sentirait peut-être pour le coup vraiment piégé par la langue ? Mince 'y a des limites...
Enfin, la façon dont le roman se termine m'a de fait laissée sur ma faim. Je ne vais pas raconter pour ne pas dévoiler.

Morceaux choisis :
Déliquescence des relations familiales dans la famille du détective :
"Once the dinner was laid out on the table, each one less dinner-like than the one before, once Michaela and her father were seated, her mother glanced expectantly from one to the other until they started eating. then she brought out the newspaper and proceeded to ignore both of them.
"Elaine", Christopher said.
"I'm sorry, am I being rude ?" She put the paper down. "How was work, darling?" She was an actress impersonating a wife. (...)
"Very productive", her father said. He no longer recognized this as the life they'd left the circus for, and he felt that there'd been some kind of a bait and switch.
"Good", her mother said, and picked up the paper again.
In the silence after that moment, Michaela tried to eat as quickly as possible, or as little as possible, or both; she wanted to leave the table as fast as she could. Her mother put the paper down.
"But no one asked me about my day!" she said. Don't you want to know what I did?"
"Please" said her father, "not in front of the kid". He didn't look at Michaela, although she stared at his face.
"Well", she said, "never mind, then. It doesn't matter what I did." (pp.151-116)
Petite ville au Nouveau-Mexique :
"Clara in the mornings: she came down the stairs in a bathrobe, yawning, the stairs creaking under her feet. In the kitchen she stood for a moment by the open back door. She lived on the edge of town, and all the backyards on her side of the street opened out into the desert, a landscape of cacti and dry grass and scrubby blue-grey sagebrush that kept going until it met the hazy outlines of the mountains far away. The collapsed wreckage of an ancient fence marked a rectangle behind the house, but the lawn had been overtaken two decades ago before by the desert." (p.190)
Clara had never traveled, and was perfectly serene. She'd lived alone for years in her small desert town and enjoyed her independence, although now her face lit up when Lilia's father entered the room."(p.191)
A Montréal :
"The cold was agonizing: he'd never imagined this quality of wind. It was possible to imagine his blood freezing under his skin, and there was ice in his eyelashes. It was eleven P.M. on a Sunday, and Rue Ste-Catherine was all but deserted. Neon signs flickered from behind the barred windows of clubs. Girls Girls Girls. Danseuses nues" (p.226)
--> Chronique "Québec"...

dimanche 22 novembre 2015

Jo Nesbo : "Le fils"

***** 2015 pour l'édition Gallimard / Série noire,
Tout est dans le titre, mais passe par un long cheminement d'un fils vers le souvenir de son père.
Le roman fait découvrir au lecteur un vision assez glaçante d'Oslo, entre traite de femmes asiatiques, trafic de drogue, policiers et politiques corrompus, squats, SDF, criminalité...
Premières pages : on est en pleine immersion dans une prison norvégienne de haute sécurité, mais dans une scène insolite : un prisonnier "mature" se fait absoudre par un autre prisonnier, junkie hippie aux cheveux longs d'une trentaine d'années, héroïnomane condamné pour meurtre à 18 ans mais qui semble ne pouvoir faire de mal à une mouche, et qui passe pour un guérisseur mystique. 
Son nom : Sonny (le fiston) Lofthus
Sa généalogie : fils d'un policier que les ripoux ont "suicidé" avant qu'il ne parle trop, et d'une mère qui n'a pas tenu le coup et s'est laissé sombrer jusqu'à la mort. Orphelin. Complètement camé, au point d’accepter d'endosser les crimes d'autrui en échange de ses doses d’héroïne. Ce petit jeu se répétant sans cesse, il embraie sur des peines de prison sans fin.

Jusqu'au jour où un autre taulard lui confie que son père était un flic intègre qu'on a "suicidé" en le faisant passer pour une taupe dans la police d’Oslo.
Cette découverte redonne vie à Sonny qui s’évade. Dans une ville et une société qui ont tant changé depuis plus de 10 ans, il trouve refuge chez les paumés et commence son opération de nettoyage. Tout en prenant sur lui pour lutter contre le manque.

Le lecteur assiste alors à la métamorphose du junkie hippie qui, enfin, ose se remémorer ce père qu’il en était venu à haïr et se pose en vengeur, décimant les ordures qui ont émaillé sa vie ou celle de son père. On l’appelle le Bouddha à l’épée…

Deux autres personnages clés dans ce roman : un inspecteur proche de la retraite, désabusé mais toujours compétent, fou amoureux de sa femme qui est en train de perdre la vue. Et une jeune femme flic qui devient sa partenaire. Tous deux traquant ce jeune justicier solitaire qui dame le pion à la police.

Un très bon roman policier. Du Nesbo bon cru.

--> Voir aussi "L'homme chauve-souris" - "Les cafards" - "L'étoile du diable" - et mon chouchou "Le léopard"

lundi 9 novembre 2015

S. Wenger : "Jours tranquilles à Tunis"

***** Chroniques, 09/2015, Ed. Riveneuve éditions, 232 p.

L’auteur de ce petit recueil est une journaliste française correspondante à Tunis de plusieurs journaux, qui a tenu les chroniques de son séjour en Tunisie entre l’été 2012 et l’été 2015. Elle avait auparavant vécu 7 ans au Caire comme correspondante en Egypte. Elle connaît également la Syrie où elle a séjourné entre 2004 et 2007, à Alep.

Le titre ("Jours tranquilles...") ne manque pas de surprendre pour qui ne connaît pas cette collection, car de quiétude il est rarement question.

J’ai de suite été intéressée par le regard que la journaliste portait sur la société tunisienne, un regard influencé, comme elle le souligne, par ses dix années de vie et de reportages en Egypte et en Syrie. En ce qui me concerne, je n'ai qu'une vision raccourcie à trois semaines de la Tunisie, à l'occasion de vacances familiales en 2003.

La construction du livre est linéaire, suivant l’ordre chronologique et entrecoupant les chroniques ou « instantanés » du quotidien d’entrefilets de presse portant sur l’actualité du moment (procès, incidents, assassinats, campagne électorale etc.). Cette alternance de sujets légers et d'informations tragiques surprend, mais montre aussi que la vie suit son cours.

L'ourvrage (re)plonge le lecteur dans l’histoire agitée et exceptionnelle de ces dernières années. La journaliste évoque bien entendu les événements qui ont précédé son arrivée en Tunisie. La mort du marchand de légumes de Sidi Bouzid en décembre 2010, à qui l’on avait confisqué sa charrette. La fuite de Ben Ali en janvier 2011… Exactement à la même période, fin décembre 2010 début 2011, nous étions en vacances en Egypte à descendre le Nil en famille sur une petite felouque, ignorant les événements parallèles en Tunisie, mais sentant croître la tension en Egypte notamment au regard de la population copte.. 

Dans ses chroniques, Stéphanie Wenger nous fait part de ses découvertes des spécificités de ce petit pays de 10 millions d’habitants appelé à devenir « l’exception tunisienne ».
Au quotidien, elle nous fait partager la cuisine (le pain bagnat, le lableli qui fait l’objet d’une chronique savoureuse…), le dialecte et ses adaptations de mots français, la séance chez le coiffeur habitué à couper les nonnes « à l’italienne », le mauvais œil qu’une amie lui a ôté et qui la faisait bailler à n’en plus finir. Elle décrit la tristesse des cinémas d'aujourd'hui (j’ai repensé au récit de Joël Alessandra évoquant l’ancien cinéma municipal de Constantine) et nous emmène dans « l’empire de la fripe ». S’agissant du foot, S. Wenger s’arrête aussi sur le soutien de la Tunisie à l’équipe d’Algérie en lice contre l’Allemagne pendant la coupe du monde, et commente la rivalité des deux clubs de foot, l’Espérance de Tunis et le Club africain.
Ces "instantanés" aident à connaître la société tunisienne bien mieux qu'un guide touristique ne le ferait.

Tout au long de son récit, l'auteur aborde aussi les sujets politiques, commentant les assassinats d'opposants, l'emprisonnement d'un rappeur, le viol d'une jeune femme, les manifestations, la campagne électorale, la menace terroriste qui a frappé au musée du Bardo, et sur la plage de Sousse. quelques jours avant son départ de Tunisie. On y sent une Tunisie déchirée sur certains sujets et désemparée des suites de la révolution de jasmin, mais qui envers et contre tout met en place en octobre 2013 un "dialogue national" orchestré par quatre syndicats (des travailleurs, du patronat, des avocats, et la ligue des droits de l'homme) qui ont eu à coeur de relancer le processus démocratique et de parvenir à des élections libres.
Le récit du vote de la nouvelle Constitution tunisienne en janvier 2014, résultat d'un compromis historique, est passionnant.

Le 9 octobre 2015, le Prix Nobel de la paix est décerné à ce quartet du "dialogue national" tunisien. Le livre de Stéphanie Wenger, publié en septembre 2015, aide à comprendre le cheminement de la Tunisie et des Tunisiens jusqu'à ce résultat. Puisse ce printemps durer toutes saisons toutes années.

Quelques instantanés de notre voyage familial en Tunisie en 2003 (cliquez sur le diaporama) :


A titre plus anecdotique, vers la fin de son ouvrage, Stéphanie Wenger nous fait part de ses questions non résolues, alors qu'elle s'apprête à quitter la Tunisie :
« - Qui achète les coffres forts qui sont exposés au bord de la route- Pourquoi le voyant des taxis signifie « libre » quand il s’allume au rouge ?- Pourquoi les œufs s’achètent par quatre ?- Pourquoi appelle-ton métro léger ce qui n’est après tout qu’un tramway ? Qu’est-ce qu’un métro lourd ?- Qui a noué les rubans autour du cou des pigeons de la mosquée Al Fath ? Je pense que c’est le vieux mendiant en fauteuil. J’ai toujours voulu lui poser la question… » (p.221)

mardi 27 octobre 2015

C'est l'automne au jardin...

Plein automne, et températures douces cette semaine comparée à la semaine précédente !

L'arbre à pompons s'est paré de son beau feuillage orange jaune et rouge : pour le coup, il brille de mille feux !
Le néflier du Japon (Eriobotrya japonica) a fait le régal des dernières abeilles aperçues qui butinaient ses belles fleurs blanches. Cet arbre a la particularité de fleurir à l'automne et en début d'hiver.


Acanthe - Arum
Rudbeckia et asters
Des vivaces qui perdurent : les gauras, rudbeckias et gaillardes en particulier. Et les sauges surtout, en pleine forme !
D'autres qui s'installent : asters, chrysanthèmes, marguerites... et le formidable plumbago rampant avec ses fleurs de couleur quasi bleu klein et ses tiges rouges : magnifique...

Et d'autres qui me font la surprise, après avoir disparu tout l'été à cause de la sécheresse, de produire de superbes feuillages bien verts et structurés, comme l'arum que je n'avais plus vu depuis la fin du printemps ou l'acanthe qui me fait deux belles et énormes feuilles.. En regardant ce qui se passait l'année passée, eh bien j'avais pris en photo mon arum et son feuillage bien développé... le 25 décembre 2014 !

Sinon :
- les plumbagos dentelaires se fanent
- une primevère ainsi qu'une silène ont fleuri chacune de leur côté !
- une petite achillée rose a daigné faire une fleur dans la baignoire rocaille, très tardivement : je ne l'attendais plus.
- la grande agapanthe est toujours en fleurs, de même que mes deux pieds d'anémones du Japon plantés le mois passé.
- l'impatience de balfour (impatiens balfourii, que j'ai longtemps pris pour une impatiens glandulifera) est toujours en fleurs, et ses gousses éclatent et éjectent les graines de toutes parts.
- la potentille arbustive a refait une petite floraison !
- le houx à feuilles de châtaignier se pare de ses boules oranges/rouges, et les mahonias ont mis leurs colliers de boules bleues comme des myrtilles
- en revanche, pas de floraison en vue pour la sauge de Jerusalem, que j'ai dû tailler trop tard, et pour le convolvulus.

--> Chronique Jardin...

mercredi 21 octobre 2015

Agatha Christie : une vie rêvée en BD

***** "Agatha, la vraie vie d'Agatha Christie"
A. Martinetti, G. Lebeau & A. Franc, Ed. Marabout, 128p., 2014

J'ai beaucoup aimé cette BD. Le personnage d'Agatha Christie est fascinant et cette BD fort bien faite nous la rend éminemment sympathique. (NB : une excellente idée de cadeau...)

Avis aux amateurs de planches colorées, ou surchargées ou remplies de somptueuses aquarelles : le dessin est ici très simple. Cela surprend au début, mais on se fait vite à la silhouette peu apprêtée d'Agatha et de ses comparses de création Hercule Poirot, Miss Marple ou Tommy et Tuppence Beresford. Car c'est là une des trouvailles du livre : faire intervenir avec moult humour les personnages créés par Agatha tout au long de sa vie. 

Agatha Christie (1896-1976) et moi avant cette BD ?
Eh bien, on a passé des moments formidables toutes deux durant toute mon enfance ! J'étais addict des intrigues de Lady Agatha, qui m'ont fait voyager dans tant de pays.  "Le Train Bleu" (1928), "Le Crime de l'Orient-Express" (1934), "Pourquoi pas Evans ?", "A.B.C. contre Poirot" (1935), "Meurtre en Mésopotamie" (1936), "Mort sur le Nil" (1937), "Dix petits nègres" (1939), "N. ou M. ?" (1941), "Cinq petits cochons" (1942), "La maison biscornue" (1949), "Le miroir se brisa" (1962)...

Diaporama "Souvenirs du Nil en felouque" (cliquez pour faire défiler les photos)


Quelle magie plus récemment d'avoir descendu le Nil en felouque avec la petite famille et croisé le fameux bateau "Steam Ship Sudan" sur lequel voyagea Agatha en 1933, et qui lui inspira "Mort sur le Nil"...
Cela fait partie des moments exceptionnels dans une vie, isnt'it ?
Ci-joint le diaporama de notre dérive sur le Nil en felouque, et un aperçu des diverses embarcations croisées.
Quels gens souriants et chaleureux nous avons rencontrés.


Grâce à cette bande dessinée, j'ai découvert le cheminement d'Agatha Miller, de son enfance dans un manoir victorien du Torquay (Devon), sa passion pour la lecture, les voyages qu'elle effectue avec sa mère après la mort de son père, en Egypte (euh ben oui... c'est désarmant, mais Agatha semble s'ennuyer à mourir face à la Grande Pyramide de Gizeh !!!), en Italie...

Passionnante aussi son expérience d'infirmière pendant la première guerre mondiale, où elle s'intéresse aux remèdes et potions, et s'initie aux effets de poisons biologiques comme le curare ou chimiques comme l'arsenic, et autres poisons qu'elle utilisera ensuite dans ses romans. Elle aurait même obtenu un diplôme de pharmacienne...

Agatha et son mari auront une fille unique, Rosalind, en 1919. Il ne m'a pas semblé qu'Agatha débordait d'amour maternel, elle si prompte à laisser sa fille chez sa mère dès qu'un voyage se profile...
Déjà une femme de forte tête, un premier mariage, où, se découvrant trompée, elle organise sa propre disparition et jubile que les soupçons se portent sur son époux adultère. 


On est abasourdi d'apprendre combien elle est une femme exceptionnelle. En voyage en Australie, elle aurait été la première européenne à faire du surf, sur la plage de Waikiki.

Puis Agatha rencontre un archéologue de 15 ans son cadet, qu'elle épouse en 1930, Max Mallowan, et se passionne pour les fouilles, elle participe à ses côtés à la découverte d'Ur en Irak, et développe un procédé personnel pour nettoyer les vestiges : avec sa crème pour le visage !
(cf. Meurtre en Mésopotamie -1936)

Gourmande et potelée, Lady Agatha ne se formalise pas du regard d'autrui et profite de ces petits plaisirs.

Elle apparaît dans cette BD biographique surprisingly dépendante des rentrées financières de ses oeuvres. Et l'enjeu me semble énorme : "A Christie for Christmas", soit un rythme d'écriture d'un roman par an !!! Ce qui explique une bibliographie plus que prolifique avec 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre.

Agatha Christie par O. Kokochka
J'ai aussi appris que son petit-fils avait sollicité le peintre tchèque Oscar Kokochka pour faire son portrait (en mai 1968), moyennant un cachet de 15000 livres !

Actuellement, je suis plongée dans la lecture de la biographie de Daphné du Maurier ("Manderley forever"). 11 ans d'écart avec Agatha mais je vois de nombreuses similitudes dans la vie et la personnalité de ces deux femmes. Toutes deux éprises de littérature, elles ont fait leurs Finishing Schools en France. Elles ont commencé à publier à une paire d'années près : "La Mystérieuse Affaire de Styles" (starring Hercule Poirot) en 1920 à 30 ans pour Agatha et "The Loving Spirit" en 1921 à 24 ans pour Daphné.
Toutes deux ont un penchant pour les intrigues à suspense, mais sous un habillage plus romanesque et historique chez Daphné du Maurier (bien qu'en milieu de parcours, elle souhaite s'émanciper de cette étiquette), tandis qu'Agatha s'en tient à la résolution de son intrigue policière sans marivaudages ou galanterie. La palme du voyage revient toutefois sans conteste à Lady Agatha, qui a parcouru le monde tandis que Daphné s'en est tenue à la proche Europe.
Se seraient-elles jamais croisées ?

--> voir la chronique "polars" et "voyages"...

jeudi 15 octobre 2015

L'Argentine à Paris

[de gauche à droite et de haut en bas : Catalina León : "Angel" (2004-09)
Elisa Strada - Luis Terán - Martin Cordiano et Tomas Espina
Martín Legón - Roberto Aizenberg "Pintura" 1978]
Dans la délicieuse petite galerie La Maison Rouge à Paris, visite de l'exposition "My Buenos Aires, portrait d'une ville" (20/06 au 20/09/2015). 65 artistes argentins brossent le portrait de la ville de 3 millions d'habitants qui s'étend sur 200 km2, et dont le "Grand Buenos Aires" englobe 15,5 millions d'habitants.
Des visions éclectiques de la ville, au travers de l'histoire mouvementée de l'Argentine, de la dictature aux crises économiques les plus récentes.

M'ont particulièrement interpellée : 
- la vidéo d'Ana Gallardo qui trimballe dans une charrette de fortune tirée à vélo les quelques objets et meubles qui lui restent de sa vie d'avant son expulsion
- la peinture de Catalina León qui intègre des déchets, objets trouvés, tissus, bout de palissade...
- le tableau ô combien surprenant réalisé par Elisa Strada à partir de prospectus apposés sur les poteaux, les murs, ou dans les lieux publics : cela "illustre la fugacité urbaine" : offres de services les plus divers (de la promenade des chiens à la compagnie féminine), promos de politiciens, restaurants, attractions etc.
La cabane d'Eduardo Basaldo
- la cabane d'Eduardo Basaldo ("L'île") calcinée dans laquelle on pénètre assez inquiet, un par un, avançant en tâtonnant dans une sorte de labyrinthe onirique et déroutant
- l'installation de Martin Cordiano et Tomás Espina  ("Dominio", 2013) : une pièce d'apparence a priori ordinaire mais quand on y pénètre, on constate que chaque meuble ou objet a été brisé et rafistolé. Tout est cassé et rescotché ou réparé "comme si de rien n'était, les failles demeurent moins apparentes"
- les totems de Luis Terán moulés à partir de bouteilles et bidons en plastique
- le lit d'enfant de Gabriel Chaile ("L'oraison efficace", installation, 2011) dont les pieds sont composés de livres, objets personnels, et qui fait aussi office de table et d'autel de prière : "l'ingénierie de la nécessité"
- les vidéos de Gabriela Golder qui montrent la violence aussi économique et sociale, montée au ralenti ce qui duplique l'angoisse

CINEMA ARGENTIN :

Plus récemment, nous avons également vu deux films argentins très forts, extrêmement bien interprétés, et caractérisés tous deux par une lenteur bienvenue (mais qui peut perturber certains): 
  • l'un politique, "KAMCHATKA" (réalisé en 2004 par Marcelo Pineyro, avec Ricardo Darín, Cecilia Roth, Héctor Alterio...) : un film tout en retenue qui relate la fuite d'une famille d'intellectuels au moment du coup d'Etat militaire de 1976. Les parents installent la petite famille dans une maison recluse, tout le monde doit choisir un nouveau prénom. Les enfants ne comprennent pas la situation, mais la complicité et la grande tendresse des parents pallient. on joue au jeu de société Risk, l'enfant conquiert le monde tandis que le père n'a plus qu'un bastion à défendre, le Kamchatka...
    Un film qui surprend par son traitement du sujet de la dictature sans montrer aucune image de violence ni réflexion politique, sinon une vision indirecte des affres qu'elle infligera à cette famille à l'image de tant d'autres.
  • et l'autre plus sous forme de chronique sociale désabusée, "LA CIENAGA" (réalisé en 2001 par Lucrecia Martel, avec Mercedes Morán, Andrea Lopez , Fabio Villafane...) : dans la petite ville  de La Ciénaga ("le marécage"), province de Salta, à la saison des pluies tropicales, deux familles passent ensemble les vacances en deux camps, les parents, affalés près de la piscine à l'eau stagnante dans une langueur et une torpeur alcoolisée, et les enfants, quasi livrés à eux-mêmes, désoeuvrés parfois, alanguis aussi par la chaleur, et d'autres fois remuants et en quête de bêtises. Cousins cousines, frères, soeurs livrés à aux-mêmes, ne sachant que faire de la journée dans cette chaleur étouffante, souvent allongés sur les lits, sentant naître un désir interdit.
    La promiscuité est omniprésente, pourtant personne ne se sent vraiment proche (à part la petite Momi qui s'obsède pour la jeune bonne) : la mère s'affale ivre au bord de la piscine et se taillade la poitrine sur un plateau de verres, le sang gicle, personne ne réagit vraiment. 

Pour finir ce post sur Buenos Aires et l'Argentine, voici quelques-uns des livres chroniqués sur ce blog et consacrés à ce beau et passionnant pays :
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...