dimanche 29 mars 2015

Frida Kahlo... "Un ruban autour d'une bombe"

Maud Guély & Rachel Viné-Krupa : 
"Un ruban autour d'une bombe, une biographie textile de Frida Kahlo"
(Ed. Nada, 2013, 128 p.)

Voici un ouvrage original pour qui s'intéresse à Frida Kahlo (comme moi !).
Il ne s'agit pas à proprement parler d'une "biographie textile" : le livre déroule la vie de Frida Kahlo par grandes périodes, chaque tête de chapitre étant illustrée par un portrait de Frida et chaque chapitre comportant plusieurs dessins de ses costumes mis en scène en noir et blanc :

Quelques têtes de chapitre du livre
  • 1907-10 / Ma naissance
  • 1910-17 / La révolution
  • 1918-21 / Frida jambe de bois
  • 1922-28 / Les cachuchas
  • 1929-33 / Frida Kahlo de Rivera
  • 1934-38 / La pelona
  • 1938-40 / New York-Paris
  • 1941-49 / Le cerf blessé
  • 1950-52 / Nature vivante
  • 1953-54 / Alas pa' volar
Frida Kahlo peignant alitée en 1954
La biographie est bien résumée, et met parfaitement en exergue les terribles douleurs qu'endurera Frida absolument chaque jour de sa vie. Terrifiant. Elle n'a que 47 ans quand elle meurt en 1954 et on frissonne en lisant comment son corps est cassé et rapiécé, le nombre d'opérations et de mois d'immobilisation clouée au lit. Mais toujours, même alitée, comme le présente l'ouvrage, Frida Kahlo aura à coeur d'être coiffée, maquillée, élégamment vêtue et parée de ses bijoux.
Le récit est en outre agrémenté d'extraits de la correspondance de Frida soigneusement choisis.
Frida :
"Mon Diego, Miroir de la nuit. (…) Tu t’appelleras AUXOCHROME – celui qui capte la couleur. Moi CHROMOPHORE – celle qui donne la couleur. Tu es toutes les combinaisons des nombres. La vie (…) Tu remplis et je reçois. Ta parole parcourt tout l’espace et parvient jusqu’à mes cellules qui sont mes astres et va jusqu’aux tiennes qui sont ma lumière." (p.87)
André Breton lors de son séjour au Mexique en avril 1938 : "Au mur du cabinet de travail de Trotski, j'ai longuement admiré un portrait de Frida Kahlo de Rivera par elle-même, en robe d'ailes dorées de papillons, c'est bien réellement sous cet aspect qu'elle entrouvre le rideau mental. il nous est donné d'assister, comme aux plus beaux jours du romantisme allemand, à l'entrée d'une jeune femme pourvue de tous les dons de séductions qui a coutume d'évoluer entre les hommes de génie". (p.58) 
Après sa rupture avec Frida (à l'initiative de celle-ci), Trotsky quittera la maison bleue en y laissant le tableau offert par Frida (pour voir ce tableau : "L'ultime secret de Frida K", pour voir le dessin correspondant dans "Un ruban autour d'une bombe" : "Viva").
André Breton : "L'art de Frida Kahlo est un ruban autour d'une bombe". (p.58)
Costume et cheveux coupés
"Un ruban autour..." p.67
Autoportrait cheveux courts
1940 (Moma New York)


Les dessins en noir et blanc sont agréables ; on n'a qu'une envie : sortir ses crayons de couleur ! 

Ils illustrent des moments de la vie de Frida avec ses tenues particulières, comme le costume masculin trop grand que Frida porte dans son autoportrait aux cheveux courts, alors qu'elle venait de se couper elle-même les cheveux par révolte contre les tromperies de Diego. 

Ou son "accessoire" fétiche : son petit singe adoré, Fulang Chang (voir ci-dessous).

Feuillages,  petit singe...
"Un ruban autour..." p76
Fulang chang et moi
1937 (MoMa NY)
En fait, les informations sur les codes vestimentaires de Frida sont plus fournies dans l'annexe de l'ouvrage intitulée : "Mon vêtement, c'est moi"
L'évolution des tenues que porte Frida au gré des événements de sa vie y est fort bien décrite, mettant en regard les tableaux où elle se peint arborant à dessein telle ou telle tenue. 

L'ouvrage comprend aussi un focus très intéressant sur
 ses coiffures et sur ses bijoux, également mis en scène dans ses différents autoportraits.

mercredi 25 mars 2015

Jacinthes et crocus tout de violet vêtus



Officiellement, c'est le printemps depuis cinq jours !

Les jacinthes sont de sortie, et bien belles.

Et elles embaument.

Mais j'en attends d'autres qui pointent leurs grappes de boutons.

J'ai aussi aperçu un embryon de bouton de tulipe !





Et puis, je me souviens avoir pleurniché (ou médit ?) sur l'absence de crocus dans mon jardin en cette année 2015...  C'était même le 22 février...

Eh bien, j'avais commis pêché d'impatience !
Car elle est là, ma petite (et unique) touffe de crocus violets. tout aussi beaux que l'an dernier, du reste.

En revanche, dans mon souvenir j'avais aussi planté des crocus jaunes, bel et bien portés disparus ceux-là.
Mais bon, comme le violet est ma couleur préférée, je ne vais pas chercher midi à quatorze heures.

--> Avec le printemps, ma chronique "jardin" va se réveiller !

Patrick Deville : "Viva" (Mexico !)

***** Réf. géogr. : France/Mexique (2014, Ed. Seuil, 220 p.)

Attention : livre compliqué, voire complexe !
Cela me fait penser au commentaire que j'avais écrit après la lecture de "Peste et choléra" du même auteur : "à lire si vous êtes téméraire (soit ouvert à un style neutre et doublé d'une construction déroutante sans aucune chronologie) et avez le goût des voyages lointains."

Il m'a fallu quand même un certain temps pour venir à bout des 220 pages de "Viva", tant le texte suit une construction aléatoire, et recèle de références à foison à des personnages tantôt liés à l'histoire de Trotsky et tantôt liés à la vie et l'oeuvre de Malcolm Lowry. Le tout s'enchaînant quasiment sans transition, basculant d'une époque à une autre et d'une histoire à l'autre. Il faut parfois s'accrocher dur.

Les toutes premières pages m'ont par exemple rendue perplexe : cela parlait du Trésor de la Sierra Madre de cet auteur allemand B. Traven / Ret Maru dont je n'avais guère entendu parler (si ce n'est par l'adaptation cinématographique de son roman). Une entrée en matière déroutante.

Donc "Viva" est un portrait alterné de deux figures "en exil" au Mexique : Trotsky "le proscrit" qui y est accueilli par le président Cardenas en 1937 et qui résidera dans les premiers temps (avant leur fâcherie) chez Diego Rivera et Frida Kahlo, et Malcolm Lowry, l'écrivain anglais alcoolique et instable qui s'attelle tant bien que mal à la rédaction de son futur chef d'oeuvre "Au-dessous du volcan".
Pas du tout de portraits croisés puisque ces deux hommes ne se croiseront jamais au Mexique. Alors quelle drôle d'idée que d'écrire un roman sur leurs destinées parallèles en terre mexicaine...
Ces deux-là, s'ils ne se croisent pas, croiseront la route de moult personnages qui seront égrenés au fil du livre : la photographe Tina Modotti, Antonin Artaud, André Breton et sa femme Jacqueline, Kotov et Caridad Mercader, mère de Ramon Mercader l'assassin de Trostky, Graham Green, le fantôme d'Oscar Wilde...

Il faut reconnaître à Patrick Deville un effort de recherches documentaires stupéfiant. Et d'accompagner ses références des souvenirs de ses déambulations sur les pas des personnages, dans les hôtels où ils ont séjourné de par le monde, ou les lieux qu'ils ont visité. Il a même emprunté l'Orient-Express pour rouler sur les rails de l'exil de Trostky. J'ai trouvé passionnante la rencontre avec le petit-fils de Trotsky, qui a fait sa vie au Mexique.

"Por Leon Trotsky con todo cariño
dédico esta peintura, el dia 7 de Noviembre de 1937
Frida Kahlo" (Guély/Viné-Krupa, p56)
Cela fait de "Viva" un drôle d'ouvrage : pas un roman, mais un catalogue d'anecdotes et d'histoires avec pour toile de fond le Mexique des années 30 et 40. Je dois dire que je l'ai lu avant tout pour sa référence à Frida Kahlo... L'aurais-je lu en entier sinon ? Euh, pas sûre... Mais je ne regrette pas cette lecture ! Et elle m'a mis l'eau à la bouche pour relire "Under the Volcano" ou revoir le film...
"Trotsky voit devant lui le sourire de la belle Frida aux sourcils très noirs, au merle sur le front, la blouse indienne multicolore, les lèvres rouges qui peut-être fredonnent. Il est jaloux déjà de Rivera. La jolie princesse et le gros crapaud. (...) Il a cinquante-sept ans et c'est bien la dernière chose à laquelle il s'attendait". (p.47)
"C'est la nuit et la tempête. Le Consul libère le cheval volé du pelado et frappe sa croupe. Les fascistes lui tirent une balle dans le ventre et il tombe. Le cheval emballé s'enfuit sous l'orage. au hasard de la forêt, il piétinera Yvonne partie à la recherche du Consul. Riders on the Storm. On jette le corps du Consul au fond de la barranca et un chien mort après lui. This is the End. Le vieux violoniste prie pour lui la Virgen de la Soldedad, abogada de los que no tienen a nadie." (p.199)
Frida Kahlo : "Fulang Chang and I"
(MoMa de New York, 04/08/2014)

Diego Rivera : Jeune homme au pull gris
/ Jacques Lipchitz (Moma, 04/08/14)

Sur Frida Kahlo, je commence à accumuler les portraits...:

- Gregorio Leon : "L'ultime secret de Frida K."
- "Frida Kahlo aimait tant la beauté des enfants chinois que..."
- Leonardo Padura : "L'homme qui aimait les chiens"
- M. Guély & R. Viné-Krupa : "Un ruban autour d'une bombe, une biographie textile de Frida Kahlo"
- Barbara Kingsolver : "The Lacuna"
- Gérard de Cortanze : "Frida Kahlo, la beauté terrible"
- JMG le Clézio : "Diego et Frida"

lundi 23 mars 2015

"La colère du tigre" (Clémenceau & Monet)

Pièce de théâtre de Philippe Madral, mise en scène de Christophe Lidon

Deux grandes figures, le politique Georges Clémenceau (1841/1929) et l’artiste Claude Monet (1840/1926) entretenaient une longue et belle amitié, admirablement restituée au théâtre par deux autres monstres de 78 printemps chacun : Claude Brasseur (Clémenceau) et Michel Aumont (Monet).

Dans sa résidence de bord de mer en Vendée, quasi reclus avec sa cuisinière et s’acharnant à faire pousser des fleurs sur une dune, Clémenceau s’énerve contre son vieux compère le peintre Claude Monet.

En effet, le sacré Claude n’a toujours pas fini sa série des nymphéas qu’il a offerte à la patrie au lendemain de l’armistice de 1918. Et dire que le (futur) musée de l’Orangerie est là, qui attend, avec ses deux salles dédiées aux futurs nymphéas…

Les échanges de lettres entre les deux compères sont nombreux...
Un panneau des Nymphéas au MoMa de New York (04/08/2014)

"Cher vieux fou"
"Vieux maboul"
"Vieux falempin"
"Cher bon vieux"

Monet est finalement invité en Vendée pour discuter sérieusement de ce projet. Il arrive chargé de godets de boutures et semis à repiquer pour les délires horticoles de son vieil ami, car ces deux-là partagent une passion sans bornes pour les fleurs et jardins.
Sophie Broustal, Claude Brasseur,
Michel Aumont, Marie-Christine Danede
Entre deux promenades sur la plage, à admirer les tonalités changeantes de la mer, Monet explique à son ami que sa cataracte le prive d’une vision « réaliste » des couleurs, et qu’il ne se sent plus en capacité de peindre les nymphéas. Du reste, il avoue avoir même détruit des tableaux. 
Clémenceau, le Tigre, en pique une colère noire !
Nymphéas (détail) au Musée Marmottan


Les décors de la pièce sont très beaux, avec des surimpressions de tableaux de Monet. Et des clins d'oeil comme ces carpes flottant au vent si chères à Clémenceau.
Beaucoup d'humour aussi (Clémenceau fumant des cigarettes en cachette de sa gouvernante, ou acceptant d'écrire une biographie de Démosthène pour les beaux yeux de son éditrice...).
Les quatre comédiens sont excellents. Une pièce belle et attachante.

Voir la bande annonce de la pièce :  http://youtu.be/_lbsPwCF_Hc
La dernière de la pièce, le 28 février 2015...

Lettre de Clémenceau après l'opération de la cataracte de Monet, le 26 Mars 1924 :

"En Vendée, anémones, giroflées, iris commencent à fleurir. Vos rosiers poussent vivement. J'avais pensé à me mettre peintre. Mais vous me suffisez. Je vous recommande seulement de ne pas trop taper fort sur l'ange. Je suis tout plein de courage pour vous. Aucun doute que les choses iront comme vous voulez. Mais ne déchirez pas vos toiles avant d'y mettre de la couleur. Je t'embrasse, vieux falempin." 
(Georges Clémenceau à son ami Claude Monet. Correspondance, Ed. de la Réunion des Musées Nationaux, 1993)

Ceci constitue le troisième billet de ma chronique "théâtre"... tout en devenir
--> voir aussi "Monet au musée Marmottan : éloge du jardinage"

jeudi 19 mars 2015

A l'an prochain, chers iris nains

Les iris nains sont à présent fanés : en voici deux photos souvenirs prises il y a exactement 10 jours.
Ce sont de vraies fleurs bijoux. on dirait de minuscules foulards en soie posés sur le sol.


Et une photo de groupe : c'est y pas une merveille d'élégance, de délicatesse, de froissé/défroissé de tissus de soie ??? 
Voilà, en fait je me suis fait un défilé de mode au jardin en même temps que les fashion weeks.


Pour d'autres photos de mes iris nains : billet du 5 mars 2012

mercredi 18 mars 2015

A nos amis tunisiens, aujourd'hui





 













La Tunisie nous avait accueillis à bras ouverts. Nous pensons très fort à eux aujourd'hui.

Quelle est cette chose ? un sarcoscypha coccinea...

En promenade dans les sous-bois près de Mandres-les-Roses, avec les chiens, j'ai découvert de drôles de choses par terre :

- intérieur rouge vif, extérieur rose saumoné...
- aspect "solide" de gros bonbon gélifié !

D'abord un, puis deux, puis au fur et à mesure de notre progression, tout un chapelet, disposés près de troncs d'arbres moussus et de branches pourries.

C'était bien la première fois que je voyais de telles "créatures" !
Il s'agit en fait du champignon "sarcoscypha coccinea" (pézize écarlate, dit Scarlet Elf Cup en anglais), qui pousse sur les bois pourrissants, et se trouve souvent dissimulé sous les feuilles mortes.
Il s'agit d'après mes lectures d'un champignon hivernal qui croit depuis décembre jusqu'aux premiers jours du printemps.

En tout cas, bien contente d'avoir fait cette jolie découverte : la nature recèle bien des trésors.

--> mes "zarbis" en tout genre !

Amanda Smyth : "Une sorte de paradis" (Trinité et Tobago)

***** "A kind of Eden" 2013 (Ed. Phébus, Trad. M-O. Fortier Masek, 266 p.)
Amanda Smyth est une jeune écrivaine de père irlandais et de mère originaire de Trinité-et-Tobago.
Elle dépeint dans ce roman le double visage de cette petite île caribéenne : une nature luxuriante, la mer turquoise, les plages (une "sorte de paradis" donc...), les groupes de touristes britanniques ou allemands, et la pauvreté des locaux, la misère des infrastructures, l'insuffisance des services publics à commencer par la police complètement démunie, la violence et la criminalité croissantes. Deux mondes.
Mais ce livre est aussi et avant tout peut-être un roman sur l'usure du couple, puis la résilience de la cellule familiale.

Martin a quitté Londres et son emploi dans la police à la suite d'un drame familial, la mort de sa fille aînée, qui a contribué à éroder son couple. Il laissé en Angleterre "à titre provisoire" sa femme Myriam et sa fille cadette Gloria. A Trinidad, il est consultant pour la police.
C'est un homme de 49 ans qui entame ce que l'on peut appeler une double vie aux Antilles : rattrapé par le démon de midi, il fréquente une jeune trinidadienne de 28 ans, Safiya, qui, elle, hésite entre un engagement plus profond au grand dam de sa mère ou la poursuite de cette relation adultérine.
Ce quinquagénaire anglais n'a pas grand chose d'un personnage sympathique. 
Cela se confirme quand il doit recevoir sa femme et sa fille en vacances sur l'île. Englué dans les mensonges de sa double vie, il emmène sa famille sur l'île voisine de Tobago où il loue une somptueuse villa. Martin est décidé à avouer à sa femme qu'il veut refaire sa vie à Trinité.
Mais il n'en a pas le temps, car la villa est sauvagement attaquée par de jeunes locaux, qui violentent les parents et violent la jeune fille.

En tant que collaborateur de la police de Trinidad, Martin va vite déchanter sur les moyens et les méthodes de la police locale. On assiste alors à la véritable mise en abîme des deux mondes. Les soins à l'hôpital, l'interrogatoire de police... Le retour à Trinidad où Safiya a pris la décision de le quitter. Qu'est-il vraiment aujourd'hui, cet homme ? Lui qui a choisi d'emmener sa famille sur cette autre île, et indirectement causé un drame épouvantable. Qui a perdu une première fille et ravagé sa seconde. Qui n'a aucune autorité sur la police locale. Qui se fait larguer par sa jeune maîtresse.
On assiste alors à la renaissance de Myriam, qui reprend les choses en main, s'affirme.

Un bon livre, qui décrit les deux réalités de ces îles dites paradisiaques. Une écriture simple mais fluide, que j'ai appréciée. Je compte livre son premier roman, "Black Rock"qui se déroule également à Trinidad-et-Tobago.

De Trinité et Tobago, j'avais adoré "Calypso de nuit" de Lawrence Scott (2004)...

--> Lectures "Amérique latine"

vendredi 13 mars 2015

"Magasin Général" : géniale BD québécoise

***** Régis Loisel & Jean-louis Tripp (+ Jimmy Beaulieu pour l'adaptation au parler québécois)
(9 tomes, Editions Casterman de 2006 à 2014)

Je pourrais consacrer des pages de louanges à cette fabuleuse série BD réalisée par des Français immergés au Québec et drôlement bien adaptée en québécois par un pur laine justement.

Elle décrit en neuf tomes la vie d'une petite communauté rurale dans le village (fictif) de Notre-Dame-des-Lacs à partir des années '20 jusqu'en 1936 (avec l'arrivée de l'électricité au magasin !).

Le Québec de cette époque a l'esprit encore très conservateur. Pourtant la BD va progressivement faire taire les figures de l'autorité (le maire meurt et personne ne le remplace, le curé s'émancipe et ne tolère une messe que tous les mois...).
Place alors aux sentiments plus libres, aux valeurs nouvelles : le village ne se formalise pas que Marie, la douce et belle patronne du magasin général, s'en revienne d'une escapade à Montréal (une virée Charleston !) enceinte d'un bébé de père inconnu.

La série aborde aussi l'homosexualité et l'amour naissant entre le beau Serge, qui a ouvert un restaurant dans le magasin de Marie, et le sympathique et peu orthodoxe curé.
Au fil des tomes, on devient proche de chaque famille, de chaque personnage, et c'est si bon de les retrouver dans le numéro suivant.


J'ai adoré de pouvoir lire les dialogues en québécois et découvrir encore de nouvelles expressions.














Une lecture que je recommande très chaudement.
Vrai vrai coup de coeur !


Les neuf tomes :

T1 Marie
T2 Serge
T3 Les hommes
T4 Confessions
T5 Montréal
T6 Ernest Latulippe
T7 Charleston.
T8 Les Femmes
T9 Notre-Dame-des-lacs


Un plaisir de lecture et un plaisir à offrir !


--> Chronique "BD/Romans graphiques"...








Paco Ignacio Taibo II : "La vie même"


*****  Mexique / "La vida misma" 1987 (Ed. Payot Rivages Noir, trad. Juan Marey, 1992, 224 p.)

Une idée de départ très originale : dépassé par les événements, l'ingérence du gouvernement fédéral et la corruption, le maire d'une ville "inventée" du nord du Mexique, marquée à gauche, propose le poste de chef de la police municipale à un célèbre auteur mexicain de romans policiers.

Et celui-ci, José Daniel Fierro, accepte... au péril de son mariage. Il adressera néanmoins très régulièrement des lettres passionnantes et pleines d'humour à son épouse, qui constituent un atout supplémentaire dans la construction du récit.

Ce roman est très agréable à lire, tant le style de Paco Ignacio II est original et son approche du Mexique l'est tout autant. Notre écrivain devenu chef de la police s'empresse de se coiffer d'une casquette et d'épingler un badge de Spiderman acheté au bazar en guise d'insigne. Cela plaît à ses nouveaux subalternes, qui chacun dans son genre est un personnage attachant. Le chef tâtonne un peu dans ses enquêtes mais apprend vite des méthodes de ses collègues, et finalement c'est toute l'équipe de la police municipale qui profite de la combinaison des trucs de romans policiers et de l'expérience terrain pour avancer dans les enquêtes. Le lecteur se laisse aussi gagner par le combat à la David et Goliath que mène cette petite municipalité rouge contre les sbires fédéraux.

Les descriptions de la petite ville sont réalistes et l'on s'y croirait.

--> Mes autres "lectures d'Amérique latine"...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...