Affichage des articles dont le libellé est LECTURES. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est LECTURES. Afficher tous les articles

mardi 17 août 2021

Caroline Deyns : "Trencadis", une pépite sur Niki de Saint-Phalle

Autoportrait (zoom)
Caroline Deyns a écrit une
Pink Nude in Landscape 1959 (zoom)
biographie romancée
de l'artiste Niki de Saint Phalle. Et le résultat est aussi passionnant qu'impressionnant. (Ed. Quidam Editeur, 2020, 354 p.)

Pour quelqu'un qui comme moi adore Niki de Saint Phalle et a eu l'occasion de savourer goulûment ses œuvres lors de la magnifique expo au Grand Palais en 2015 (cf. photos), ce roman est une pépite.

Car si l'on connaît l'histoire de Niki :
... sa jeunesse de bonne famille à New-York, l'enfance pétrifiée par l'inceste commis par son père, ses accès de mélancolie, ses débuts de mannequin, son premier mariage, le "renoncement" à ses enfants, ses internements en clinique psychiatrique et son apaisement par le dessin ou la peinture, puis sa découverte de l'univers de Gaudi au Parc Güell, les "trencadis" (mosaïques en catalan), la rencontre avec Jean Tinguely, les "tirs" à la carabine, cathartiques, la vie à deux, les sculptures, les mosaïques, les douleurs physiques liées à son art, les infidélités de Jean, la souffrance psychique, le deuxième mariage (avec Jean), le Jardin des Tarots, la Californie...

Donc, si l'on connaît déjà les grandes lignes de la vie de Niki de Saint Phalle, on ne saurait imaginer son quotidien. 

" J'ai eu la chance de rencontrer l'art parce que j'avais, sur le plan psychologique, tout ce qu'il faut pour devenir une terroriste."

Et c'est ce que comble Caroline Deyns, avec un talent de conteuse exceptionnel, qui passe par un souci du détail inouï : 

  • Le ballet des Nanas (scénographie envoûtante de l'expo)
    la façon dont Niki enfant ou ado est contrainte d'accompagner sa mère en visite auprès de ses amies de la bonne société new-yorkaise, s'ennuyant à mourir sur sa chaise... ou le regard soudain hypnotisé par la collection d’œufs de Fabergé de la mondaine insipide qui sert d'amie à sa mère...
  • Comment jeune mère, elle pèle à n'en plus finir une pomme...
  • Quand elle commence à collecter les instruments tranchants sous son lit...
  • Quand elle invite l'artisan forain à utiliser sa carabine pour une séance de ses bientôt fameux "tirs" : 

"(...) j'ai tiré. Du sang vert a jailli en gerbes molles. Ébahi, je l'ai interrogée du regard. Elle a éclaté de rire. Ce rire... Je m'en souviendrai toute ma vie, parce qu'il avait beau être aussi juvénile que sa silhouette, on le sentait quelque part creusé de sécheresses, comme des écailles de serpent. (...) Derrière le plâtre, Andréas, il y a des poches dissimulées, des poches avec de la peinture, et puis plein d'autres choses, des tomates, du café, du shampoing, des œufs, des spaghettis. voilà vous savez, maintenant tires encore, Go on ! J'ai obéi et du pus bleu a coulé de l’abcès blanc. C'était magnifique, c'était horrible (...)."

  • Ou que, femme mûre, elle attend désespérément Jean au restaurant le soir d'un de ses vernissages, et il arrive au bras de sa maîtresse...
  • Quand elle sombre dans la dépression... 

"Mais là aussi la vie a repris. Elle entent, elle voit : les piailleries des oiseaux et le jour qui force les stores. Le monde voudrait la lever à grands coups de pieds au cul qu'il ne s'y prendrait pas autrement. Se lever ? Elle referme les yeux pour dessiner mentalement les couleurs du corps posé sur le matelas, du corps à mouvoir. Son corps. (...) Se lever. La belle affaire."

La fontaine Stravinsky (Tinguely / Saint-Phalle, 1983)
à Paris/Beaubourg, avec en arrière-plan
la fresque "
Chuuuttt !!!" peinte par Jef Aerosol en 2011
 

Caroline Deyns imagine ainsi chaque pan de la vie de Niki, déroule ses crises de mélancolie ou ses accès de créativité, ses pensées, ses douleurs ("Oui j,ai mal, affreusement à me faire hurler toutes les nuits (...)", ses cataplasmes, le souvenir d'abord refoulé puis devenu béant des actes que son père commet sur l'enfant de onze ans qu'elle était, son amour pour un homme volage... Le lecteur vit en miroir la vie de cette femme libre, douée, artiste, blessée, résiliente, indépendante et aimante - ou amante.

Comme elle l'écrit dans les remerciements à la fin de son livre, l'auteure évoque son "double romanesque". Comme le dit Libé : "Blessée mais toujours debout".
Un roman vraiment incontournable pour qui admire cette incroyable artiste, la mère des Nanas. Mais attention, l'écriture de Caroline Deyns est extrêmement foisonnante, voire fourmillante, il m'a fallu un petit temps d’adaptation pour accepter de me laisser submerger et savourer.

jeudi 24 août 2017

Didier Decoin : Le Bureau des Jardins et des Etangs

***** Ed. Stock, 2017, 388 p.  💚
J'ai découvert Didier Decoin à l'adolescence grâce à ma mère. Dévoré "Laurence", "Un policeman", "Abraham de Brooklyn", "John L'Enfer", "Les trois vies de Babe Ozouf". 
Puis nous nous sommes éloignés, cet auteur et moi, jusqu'à il y a une paire d'années, quand "nous" avons renoué par le biais de notre passion commune pour les jardins ("Je vois des jardins partout" 2013).

Cette année, je n'ai pu résister à l'appel de la superbe couverture du "Bureau des Jardins et des Étangs", et j'ai bien fait. Didier Decoin nous livre une oeuvre poétique, douce, joliment écrite autour du personnage de Miyuki, jeune veuve contrainte de reprendre le flambeau de son cher époux Katsuro, pêcheur exceptionnel de carpes dignes des bassins de la ville impériale de Heiankyo, et qui s'est noyé dans sa foisonnante rivière.
"Après avoir préparé les baquets, Miyuki sélectionna les carpes qu'elle allait y transférer. Elle choisit d'abord celles dont la disposition des écailles formait un maillage uniforme et harmonieux, dont le nez, sans être trop allongé, n'était ni trop court ni trop trapu, dont les nageoires étaient symétriques et la couleur parfaitement homogène du museau à la queue. A partir de ce premier tri, elle préleva deux carpes noires (l'une d'un noir métallique et brillant, l'autre d'un noir de velours mat) et deux poissons d'un jaune assez terne mais dont la croissance et la longévité étaient souvent remarquables, puis deux sujets d'un bronze profond dont la luisance évoquait une coulée de miel brun, et elle compléta son florilège avec deux carpes presque dépourvues d'écailles et qui semblaient gainées de cuir." (p.41)
Nous allons cheminer aux côtés de Miyuki, les épaules ployant sous la palanche à laquelle sont suspendus deux viviers contenant huit magnifiques carpes, le legs si précieux de son époux.
"Tout de suite ce fut la forêt. Les volutes grises du brouillard matinal s'accrochaient aux ronces et aux arbustes dont les rameaux piquetés de fleurs d'un blanc cireux évoquaient des parterres de petites bougies votives. (...) Le soleil montant se divisait en autant de lames tièdes qui caressaient la nuque et les épaules de Miyuki." (p.72)
Nous traverserons ce Japon médiéval, par monts et forêts, peinerons sous les intempéries, nous blottirons pour échapper aux prédateurs, découvrirons certaine façon d'obtenir gîte et couvert en plaisant aux hommes. Mais inlassablement nous poursuivrons notre route, en haillons, dépenaillée et malodorante, tandis que nous veillerons avec tant de soin à nos huit protégées.
"Des racines noueuses avaient grossièrement cousu la sente d'un bord à l'autre du torrent disparu. Craignant de s'y prendre les pieds et de perdre l'équilibre, Miyuki progressait à tous petits pas, le regard fixé sur les affleurements, le front incliné, cassée en deux comme ce condamné à la cangue (...)." (p.73)
A la capitale, le chef du Bureau des Jardins et Étangs se soucie pour sa part du prochain défi impérial qui ferait appel à certaines odeurs particulières...
"Une rumeur courait selon laquelle, cette année, les joutes s'inspireraient des mutations odorantes provoquées par les fortes pluies de juin quand elles croulent sur les jardins; alors, à la façon d'un préparateur d'encens, elles hachent menu, pilonnent et broient les fleurs crémeuses, elles déchiquettent, tailladent, lacèrent les feuilles et les tiges pleines de sève, elles concassent, émiettent, triturent, pétrissent la terre, pulvérisent les coquilles désertées des escargots, la chitine des carapaces abandonnées, les lourds accords de l'humus soutenant la fraîcheur des émanations florales. Voilà du moins comment le directeur du Bureau des Jardins et des Étangs sentait les choses." (p.260)
"Nous imaginons un jardin, dit l'empereur, un jardin envahi par la brume matinale. Enjambant un cours d'eau, un pont-lune très escarpé relie le jardin de droite au jardin de gauche. Seule la partie surélevée du tablier émerge de la nuée. C'est alors que, surgissant du brouillard qui noie le jardin de droite, une demoiselle s'engage sur le pont. (p.261)
Pour se procurer les ingrédients idoines, le chef du Bureau se rend au magasin : "Les vigiles leur avaient expliqué succinctement selon quels critères les matières avaient été rangées : classées d'abord par familles (résines et gommes, racines et rhizomes, graines et fruits), elles se subdivisaient ensuite en variétés (douces, acides, chaudes, salines et amères), lesquelles se répartissaient en nuances selon qu'elles étaient boisées, animales, sensuelles, épicées, balsamiques, terreuses, résineuses, capiteuses, poivrées, camphrées, herbacées, etc." (p.285)
C'est grâce au concours bien malgré elle de Miyuki et son odeur entêtante que le Chef du Bureau remporte le concours. En dépit de ce succès et de son parcours, Miyuki ne cède pas aux promesses de richesse ou d'honneur et conserve sa simplicité :
"Elle se demanda ce que Nagusa entendait par "être", et toute sa méfiance de femme, de paysanne et de pauvresse lui revint. Etre, n'était-ce pas la chose la plus naturelle qui soit, que partageaient toutes les créatures vivantes, et, d'une certaine façon, les matières inertes aussi ? Alors, depuis quand cela valait-il deux cents rouleaux de taffetas de soie?" (p.316)
Après ce livre, je ne regarderai plus aucune carpe comme avant. J'y chercherai le reflet doré qui contentait Katsuro, et j'aurai une pensée pour la scène finale du livre, majestueuse.
Le talent de Didier Decoin est tel... qu'il n'a même pas eu besoin de fouler le sol japonais pour conter cette belle histoire. Que de recherches studieuses il a dû mener. Un travail d'orfèvre pour un petit bijou de lecture.

Une coïncidence : peu de temps auparavant, j'ai lu "Le jardin de la dame Murakami" de Mario Bellatin, qui met en scène une Dame, un bassin aux carpes dorées, dans une île de l'archipel nippon... mais sans cette belle histoire d'amour qui s'inscrit en filigrane du roman de Didier Decoin.

dimanche 8 janvier 2017

Henning Mankell : "Les bottes suédoises"

***** (Suède, 2015) Ed. fr. Seuil, 355 p.
Hum Hum, grande déception à la lecture de ce roman qui est la suite du fabuleux "Chaussures italiennes", qu'Henning Mankell avait écrit en 2006.
Voici le commentaire résumé que j'avais noté à l'époque sur "Les chaussures italiennes" : "INOUBLIABLE road movie senior - culte... humain...".

En lisant "Les bottes suédoises", j'enchaînais les déceptions à chaque page ou chapitre. 
Fredrik a désormais 70 ans (nous l'avions quitté à 66 ans). Et c'est un vieil homme antipathique, asocial, égoïste et même lubrique qui se découvre à nous. Je n'ai éprouvé aucune empathie, ni sympathie, ni intérêt pour ce bonhomme détestable. 
Les personnages secondaires ne m'ont pas non plus emballée, Lisa Moldin, la jeune journaliste que Fredrik rêve de mettre dans son lit, cache un secret dans son armoire ; la fille Louise est une pro du vol à la tire ; Mme O. chez qui Fredrik gare sa voiture quand il quitte son île, semble dissimuler aussi un secret, mais rien de tout cela, l'intrigue se dégonfle comme une baudruche. Quant au facteur...
Un roman fourre-tout.
H. Mankell insère tant bien que mal ici et là des commentaires sur l'augmentation de l'immigration et les réactions des insulaires, sur la mondialisation et le remplacement des chemises ou des bottes suédoises par des produits chinois... Mais cela sonne creux.
Voilà, ce roman que l'écrivain a écrit un an avant sa mort, m'a paru creux.

Fanny Britt : "Les maisons" (Québec)


***** Ed. Le Cheval d'Août, 2015, 226 p.

Le roman "Les maisons" de Fanny Britt concourait en 2016 parmi les trois finalistes du prix littéraire France-Québec, aux côtés du "Nid de pierres" de Tristan Malavoy et de "La femme qui fuit" d'Anaïs Barbeau-Lavalette. C'est ce dernier roman qui a remporté le prix... et je ne l'ai pas lu car F. qui l'avait commencé m'avait dit : c'est très mal écrit, laisse tomber... Comme quoi, d'autres ont dû le trouver bien écrit et intéressant !
Pour ma part, j'ai voté pour "Les maisons" de Fanny Britt !

Drôle de titre. De fait, Tessa est agent immobilier. Voilà. Mère de trois enfants, on la suit dans son quotidien, comme accompagner le gamin à l'expo des sciences de l'école pour laquelle il a construit une maquette en bâtons d'esquimaux.
Un jour, some day, Tessa doit s'occuper de la vente de la maison d'un couple qui se sépare. elle sympathise avec la femme, puis découvre que le mari est son ancien amour de jeunesse. La vie devient alors une bataille des souvenirs, un grand questionnement sur le quotidien, le bonheur, le couple, l'avenir... Tessa se sent vieille et en même temps rajeunir. Entre deux chaises, elle fixe RV à Francis, ils vont errer dans le froid jusque devant la maison de Leonard Cohen...
Et puis après ? A vous de lire ce joli roman !

--> Résultats du Prix littéraire France-Québec 2015 : ici
-->  et ma rubrique "Québec"... 

dimanche 1 janvier 2017

Robert Galbraith : "Career of Evil", et un peu de Blue Öyster Cult

"Career of Evil" ***** (Sphere, 2015, 582 p.) - En français : "La carrière du mal" (2016) - Réf. géogr : R-U

Palpitant roman ! 💗💙💚💛💜

J'étais bien triste de tourner la dernière page et de quitter notre duo d'enquêteurs, Cormoran et Robin, tant le roman m'avait captivée sans temps morts durant ces quelques jours.
L'histoire est encore meilleure que celle des deux premiers opus ("The Cuckoo s' Calling" et "The Silkworm").

Robin, l'assistante de Cormoran Strike, reçoit un colis anonyme contenant la jambe coupée d'une femme. Quatre hommes seraient susceptibles de commettre une telle horreur selon Cormoran.
L'enquête va nous mener tambour battant à la poursuite de trois de ces tarés : deux anciens soldats (Donald Laing, Noel Brockbanck) et l'ex-beau père de Cormoran, Jeff Whittaker. Un suspense intense.... Tandis qu'en parallèle notre jeune Robin n'en finit pas de préparer son mariage avec le pédant Matthew...
La fin... surprend ! J'ai dû relire la dernière phrase pour être sûre d'avoir bien compris !!! Sacrée J.K. Rowling (qui se dissimule derrière le pseudonyme de Robert Galbraith) : Vivement le prochain livre.... (elle a annoncé une série de 7 romans).

Le médiator '"pick" du bassiste Joe Bouchard (Paris, 1986)


J'ai aussi d'emblée su que le livre me plairait car chaque tête de chapitre, et l'histoire, font référence à des paroles de morceaux de Blue Öyster Cult.

Le morceau titre "Career of Evil" a été écrit par Patti Smith, qui côtoya le groupe plusieurs années au moment de son histoire d'amour avec le keyboardiste Allen Lanier.










Cette lecture m'a donné l'occasion de réécouter BÖC... que j'avais vu en concert lors de leur tournée Club Ninja Tour le 27 janvier 1986 à Paris (La Mutualité)... Réussi à avoir le médiator 🎸de Joe Bouchard.

- Astronomy
- Don't Fear the Reaper
- Burning for You
- Then came the last days of May
- Joan Crawford
- Fire Of Unknown Origin
- Cities on Flame With Rock'n'Roll
- Flaming Telepaths
- Veteran of the Psychic Wars
- Heavy Metal : The Black and Silver
- Before the Kiss, A Redcap
- Hot Rails To Hell
- Dominance and Submission
- The Revenge Of Vera Gemini
- Godzilla
- Career of Evil

--> Voir  ma chronique "musique" et la "page de mes concerts"

Paco Ignacio Taibo II : "Ombre de l'ombre" (Mexique)

***** Ed. Payot et Rivages (2004) - Trad. Mara Hernández & René Solis 

Le premier roman que j'ai lu de Paco Ignacio Taibo II, "La vie-même", m'avait bien plu, par son originalité et la facilité de lecture. 
Cet autre roman, "Ombre de l'ombre", s'inscrit dans un contexte historique moins familier, le Mexique des années 1920,  et fait justement référence à la vie politique très mouvementée de cette époque. Cela demande une attention particulière, mais apporte d'un autre côté un intérêt historique certain à la lecture. Notamment sur l'historique des premières convoitises nationales ET internationales pour les champs de pétrole du pays.
C'est donc là un roman de lecture moins facile que "La vie-même", mais tout aussi intéressant. 

Egalement originale : la structure de ce roman qui s'articule autour de parties de dominos jouées par les quatre amis protagonistes : "un chroniqueur criminel passionné par son métier, un fils de famille, traducteur d'écrits anarchistes, un poète, ex-cavalier de l'armée de Pancho Villa, génie du slogan publicitaire, et un Chinois anarchiste et syndicaliste". 
Remarquablement écrit... Humour, références historiques, intrigue policère...

--> mes autres lecture d'Amérique latine, et la chronique "polars"...

Darragh McKeon : "Tout ce qui est solide se dissout dans l'air" (Irlande/Ukraine)

***** "All That Is Solid Melts Into Air", traduit de l’anglais (Irlande) par Carine Chichereau, Ed. Belfond, 432 p.
Réf géogr : ex-URSS (lieu) / Irlande (auteur) 💗💙💚💛💜

Je mets 5 étoiles à ce roman car à la fois l'histoire, le style, les personnages, le message en filigrane... le méritent amplement.

Tout cela, ce s'est passé il n'y a pas si longtemps (pour ma génération) : URSS, 26 avril 1986, et pas si loin de nous (mais heureusement que les frontières faisaient miraculeusement barrage aux nuages radioactifs 😩). 
L'accident de Tchernobyl (située à 2500 km de chez nous) n'a été annoncé en France qu'à partir du 28 avril 1986 : on nous a bien recommandé de ne pas manger de salade. Et en Autriche, il était recommandé de ne surtout pas s'allonger dans l'herbe.

J'ai trouvé incroyable que le romancier soit... un Irlandais... écrivant là son premier roman : Darragh McKeon.

Tchernobyl vu sous l'angle méconnu des "liquidateurs", ces premiers hommes à porter secours, à colmater, à intervenir ici et là : des hommes sacrifiés, sans combinaison, oeuvrant parfois à mains nues. Sans conscience du danger extrême à l'exception de quelques-uns, comme Grigori le chirurgien, conscient mais totalement impuissant face au mur de silence des autorités.

"Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins. Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture, et tente de faire oublier son passé de dissidente. Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s'étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé. Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières de l'aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante. Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer. La vie de ces quatre personnages va changer. Le monde ne sera plus jamais le même..."
"Le garçon s'éveille, regarde la grande aiguille, suit son lent parcours circulaire jusqu'à ce qu'elle marque 5 heures, ce qui l'autorise à repousser ses couvertures et à sortir dans la lumière qui précède l'aube. Elle est différente aujourd'hui. Mélange de mauves et de jaunes, de tons d'un riche rubis qui au moment où il s'éveillait l'ont amené à se demander s'il n'avait pas dormi trop longtemps: l'aube était déjà là, c'était certain."
"Elles sont si curieuses les couleurs qui filtrent aujourd'hui à travers la vitre, si différentes des autres matins, elles donnent à chaque aspect de la pièce un air précieux, à croire que pendant son sommeil leur maison est devenue riche. Ses chemises usées paraissaient taillées dans du bois exotique. Il cherche le mot adéquat pour décrire cela à sa mère ce soir, au moment du dîner, mais il ne le connait pas encore.. Quand elle le lui apprendra plus tard, il le dessinera sur ses lèvres, se le répétera en silence, "lumineux", la forme des syllabes faisait ressembler sa bouche à celle d'un poisson." (p.64)
"Il ouvre les paupières et le ciel emplit ses rétines, un ciel d'un rouge profond. On croirait que la croûte terrestre s'est retournée, que la lave incandescente est en suspens au-dessus de la terre."  (p.65)
"Mais bientôt la forêt est devenue rouge, les feuilles rutilaient. Youri se souvenait que le père d’Artiom en avait ramassé une en déclarant : « Mère Nature saigne »."
"Au bout de trois jours, ils portaient en permanence des habits radioactifs. Après les deux premières semaines, les officiels ont décidé de ne pas remplacer les liquidateurs pour ne pas en sacrifier d'autres. Au cours des réunions d'organisation du travail de la journée, chaque matin, ils calculaient combien de vies ils avaient besoin pour telle tâche spécifique. Deux vies pour ceci, quatre pour cela. C'était comme un cabinet de guerre, quand les hommes se prennent pour Dieu. Le pire, c'est que cela n'a servi à rien.les premiers liquidateurs ont dû malgré tout être remplacés, car à la fin ils étaient trop malades pour continuer le travail." (p.361)
"Parfois, Maria relève la tête et une journée s’est écoulée, parfois, c’est un mois. Presque tous les soirs, Alina, sa sœur, lui demande comment ça s’est passé, aujourd'hui, et elle répond : « Rien de spécial. » Et ils s’additionnent, ces jours sans rien de spécial. Quand on se retourne sur eux, même deux semaines plus tard, on n’y découvre pas le moindre signe distinct."
Sur la catastrophe de Tchernobyl : le beau film "La terre outragée". Il y est aussi question d'un petit garçon de 9 ans, Valery, qui pour célébrer son anniversaire, le 26 avril 1986, plantait avec son père un petit pommier au bord de la rivière près de la centrale. Le père de Valery ? un ingénieur de la centrale...
Par ailleurs, il faut lire l'excellent roman d'Antoine Volodine "Terminus radieux" (mon roman préféré de l'année 2015...), où ce sont quasiment toutes les centrales nucléaires qui les unes après les autres explosent et irradient toutes les régions d'URSS.

--> mes lectures "Europe de l'Est Russie Ukraine"...

dimanche 13 novembre 2016

Guadalupe Nettel : "Après l'hiver" (Mexique)


***** "Después del invierno" (Mexique, 2014) - Ed. française Buchet-Chastel, 2016, Trad. François Martin, 304 p.

Un chassé-croisé entre deux exilés : Claudio, qui a fui Cuba pour New York, et Cecilia, native d'Oaxaca au Mexique, partie poursuivre de vagues études à Paris. 
Le roman alterne les chapitres consacrés à l'un et à l'autre, jusqu'à leur rencontre via une amie commune. L'auteure, Guadalupe Nettel, fait preuve d'une grande maîtrise pour dépeindre les pensées de ses personnages, tous deux un peu cabossés et perdus. Pourtant, j'ai eu beaucoup de difficultés avec le personnage de Claudio qui m'a d'emblée déplu par son opportunisme (avec Ruth, sa riche compagne "cougar") et son cynisme horripilant. Cecilia m'a davantage touchée, par sa mélancolie, sa rêverie, qui se manifestent au travers de son attachement pour les cimetières (ne vient-elle pas d'Oaxaca, où "el dia de los muertos" est une institution). 
Un troisième personnage très étrange, Tom, le voisin italien de Cecilia à Paris, m'a aussi interpellée...

En résumé, un livre qui m'a davantage plu pour le style et la puissance de narration de l'auteure, que pour l'histoire et le caractère des personnages principaux.

"Mon appartement se trouve sur la 87e Rue, dans l'Upper West Side, à New York. C'est un couloir de pierre qui a tout d'une cellule et où je n'ai mis aucune plante, car tout ce qui est vivant suscite en moi un dégoût inexplicable, comme certaines personnes en éprouvent devant un nid d'araignées." (incipit).

Merci à l'éditeur Buchet Chastel et à Babelio Masse Critique pour cette découverte.

--> Mes autres lectures d'Amérique latine...

samedi 10 septembre 2016

Emily St John Mandel : "Station Eleven" (Canada)

***** 2014 (Ed. française Rivages, traduit de G. de Chergé, 480 p.) 💙💛💜💚
Ovni...  (Ce n'est pas pour ça que j'ai entouré ma photo d'avions...).
De cette jeune auteure canadienne anglophone, j'avais lu "Last Night in Montreal" (2009) : bien écrit, un peu compliqué mais tout de même intéressant sauf la fin qui m'avait laissée sur ma faim.

J'ai voulu découvrir son dernier livre, et là coup de coeur ! J'ai trouvé qu'elle avait tant mûri entre ces deux romans, que je ne reconnaissais pas son style et n'aurais pas su lui attribuer ce titre en cas de devinette.

"Station Eleven" est un roman passionnant d'anticipation... alors que je déteste l'anticipation ou la SF. L'histoire est tout simplement si rondement menée qu'on s'y prend, c'est écrit de main de maître...

En condensé : tout tourne autour d'un célèbre acteur de cinéma reconverti dans le théâtre de Shakespeare. Ce soir-là, il est le Roi Lear, sur une scène de Toronto. Et il meurt sur scène. For real. 
Autour de lui, les autres comédiens, le staff, le public, les journalistes, la ville... On les côtoie de près, on se demande pourquoi, qui va jouer quel rôle dans la suite de l'opus... Et voilà que l'auteure assène au lecteur un premier "indice" : nombre de ces gens ne seront plus vivants d'ici quelques semaines...

S'ensuit une course folle contre ce que l'on comprend être une épidémie foudroyante, laissant peu à peu comprendre que l'on s'approche de la fin du monde. 
Plus rien.... Plus d'électricité, de transports, d'hôpitaux, d'Internet, de téléphone, de chauffage, de vivres, de... sociabilité. le silence absolu, la peur, l'ignorance, l'oubli du monde d'avant.

Et puis, de ci-de là, quelques survivants. Mais comme dans les scénarios de SF, les uns doivent prendre emprise sur les autres pour dominer. Aussi, dans un monde quasi-englouti ou disparu, la lutte pour la survie continue et Emily St John Mandel nous fait suivre un petit groupe de ces survivants : une troupe de théâtre baptisée "La Symphonie itinérante" ! Surréaliste (le cas de le dire).
In a lost world, une petite troupe de succédanés des la vie d'avant, réunis plus par les circonstances tragiques que par la passion des arts, s'en va de ville en ville présenter des pièces de Shakespeare ou des jouer des morceaux de Beethoven. Surréaliste (je me répète) mais tellement prenant. L'art comme lumière au bout du tunnel.
Magicienne Emily St. John Mandel.

Elle met en poésie la perte de tout chez les quelques survivants, de tous leurs repères, leurs habitudes, leur confort, la vie sociale, la sécurité, l'avenir... (le papi qui s'évertue à refaire marcher un ordi, ou le souvenir si prégnant du temps où des lumières existaient, où l'électricité fonctionnait, où les avions volaient ou les voitures roulaient... et surtout où les télécommunications existaient !!!, comment faire un musée avec une carte visa, un passeport, un téléphone etc.). L'auteur décrit si bien les souvenirs de ceux qui ont connu Internet et les téléphones portables, et sont quasi revenus à l'âge de pierre pour se faire entendre d'une distance à l'autre.

Nous lecteur, suivons cette troupe de survivants, en nous intéressant aux destins individuels de quelques-uns qui finiront par se croiser. Nous cheminons lentement, avec moult précautions car mécréants ou gourous sévissent encore hélas dans ce monde de fin du monde, aux côtés de ces pauvres troubadours jusqu'à leur saint Graal, un aéroport lambda de l'Ontario. 
Haletant. je recommande ! Merci aux Editions Rivages et à Masse Critique pour cette perle. Et les droits pour une adaptation ciné ont déjà été achetés : j'espère que ce sera à la hauteur du roman.

NB : En son temps, le roman "Ravage" de René Barjavel (1943) contait la survie d'une population confrontée à la fin de l'électricité, des moyens de transports... Livre culte.

--> Mes autres lectures d'Amérique du Nord...

jeudi 25 août 2016

P. Constant : "Des chauves-souris, des singes et des hommes" (Congo)

***** 2016 (Ed. Gallimard, 166 p.) 💗💙💚💛💜

"Olympe pleurait. Les garçons ne voulaient pas d'elle." (Incipit)

Ce roman de Paule Constant est l'une de mes plus belles découvertes de cette année. 
J'ai souvent pensé en le lisant au roman "Notre-Dame du Nil" de Scholastique Mukasonga (Rwanda), dont les thèmes sont absolument distincts, mais qui tous deux m'ont marquée par leur approche particulière du sujet et le style d'écriture.

Initialement, j'avais été attirée par le titre peu banal du livre de Paule Constant : "Des chauves-souris, des singes et des hommes"... Puis j'ai appris que le thème du roman était la propagation du virus Ebola, raconté sous forme de fable. Je me suis bien demandé à quoi tout cela pouvait ressembler. 

J'ai été conquise par ce livre qui aborde énormément de sujets de fond en filigrane : l'histoire bien sûr, le passé colonial évoqué ici et là, les ressources naturelles qui s'appauvrissent, la culture de l'hévéa et les saigneurs de caoutchouc, la présence chinoise (évoquée par la seule mention d'un paiement en yuan...), la mondialisation, les pratiques de l'industrie pharmaceutique, les médecins humanitaires...
Tout cela en contrepoint de la vie dans un village congolais sis près de la rivière Ebola. Quelques cases, quelques familles, une bande de garçons qui jouent les gros bras et se moquent d'Olympe la gamine. La visite du vendeur de pacotilles. Les pirogues qui vont et viennent pour transporter voyageurs, paquets... ou cadavres vers leur dernière destination. Les croyances et coutumes. Le White Spirit à tout faire. La suprématie de la gente masculine dans les fratries. Le dispensaire et ses religieuses belges, dévouées et pragmatiques.

En fait, le roman est structuré autour de deux histoires qui convergent à la fin. 

  1. Nous suivons donc la vie du village, les gamins qui font les fiers et disent avoir tué le gorille "dos argenté" qu'ils rapportent au village : de la viande de brousse, quelle aubaine royale ! Ce sera un vrai banquet, quasi orgiaque. La petite Olympe pour sa part se console de sa solitude en ramassant une petite chauve souris, qu'elle ne quitte plus. A chacun son trophée : le gorille pour les gars et la chauve-souris pour la gamine.
    "Olympe se résigna, les garçons étaient les plus forts. Ils l'avaient complètement éclipsée, elle et la chauve-souris qu'elle tenait dans la main comme un éventail dont elle ouvrait et fermait les ailes mécaniquement, une marionnette qu'elle agitait entre ses doigts, qu'elle déployait, qu'elle pliait, qui se soulevait et s'effondrait. Un animal devenu un jouet déjà un peu usé, un jouet qui allait casser." (p.45)
  2. Parallèlement, Paule Constant met en scène Agrippine, une Belge médecin sans frontière, désabusée par le monde actuel et cette course à tout et rien, qui part en Afrique faire une campagne de vaccination. Elle est stoïque devant les petits aléas, s'inquiétant pourtant de la bonne conservation de ses vaccins coincés à la douane. En attendant, elle partage la vie du petit dispensaire où elle est effarée d'apprendre qu'il n'y a pas de seringues jetables. Partage aussi temporairement la vie de ce dispensaire : Virgile, jeune français normalien parti "méditer" sur les traces de son grand-père jadis médecin des armées. 

Le récit est remarquablement bien écrit : à la fois éthéré et d'une grande puissance évocatrice.
Il y a du suspense, car le roman est construit autour du mystère des premières contaminations par le virus et de sa propagation. Nous ne connaissons pas la date des événements du récit, qui s'achève sur cette phrase : "Les jours suivants, le nom d'Ebola se répandit en lettres rouges dans la presse du monde entier."

Après ma lecture, j'ai consulté le site de l'OMS, selon lequel "le virus Ebola a été nommé ainsi en référence à une rivière passant près de la ville de Yambuku, dans le nord du Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo). C'est à l'hôpital de cette localité que le premier cas de fièvre hémorragique Ebola est identifié, en septembre 1976." Le virus avait alors touché aussi le Soudan. La nouvelle flambée du virus depuis 2014 touche l'Afrique de l'Ouest et en particulier la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia.
C'est en poursuivant mes recherches que j'ai appris que les chauves-souris frugivores sont les hôtes naturels ("réservoirs") du virus Ebola. "Celui-ci s’introduit dans la population humaine après un contact étroit avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques d'animaux infectés comme des chimpanzés, des gorilles, des chauves-souris frugivores, des singes, des antilopes des bois ou des porcs-épics retrouvés malades ou morts dans la forêt tropicale. (OMS)" 
Les populations humaines sont notamment infectées en consommant de la viande d'animal lui-même infecté.
J'ai fini par comprendre (ce n'était pas toujours explicite pour les néophytes) que la chauve-souris frugivore, qui est le "réservoir" du virus, contamine les mêmes fruits que mangent les gorilles. Eh non, les chauves-souris ne se mettent pas à chasser et mordre les gorilles... (pas encore du moins, dans un futur dystopique ?).

Le virus Ebola a fait plus de 11 000 victimes humaines et il a aussi particulièrement affecté la population de gorilles d'Afrique de l'Ouest, devenue espèce « en danger critique d'extinction ».

En conclusion : un roman passionnant, très bien écrit, qui nous interpelle sur un problème de santé publique sous un angle insolite mais instructif.

->> Mes lectures "africaines"...

mercredi 24 août 2016

Gisèle Pineau : "Fleur de Barbarie"

***** 2005 (Ed. Mercure de France)
Gisèle Pineau fait partie de mes écrivains incontournables : ceux dont je m'efforce d'essayer de lire tous les livres.
Je l'ai découverte ... parce qu'elle est guadeloupéenne et que la Guadeloupe est la terre de coeur de mes parents, et je suis tombée en amour de son écriture et de ses histoires.

Le roman "Fleur de Barbarie" surprend par son titre antinomique. Il raconte l'histoire de Josette, une fillette placée par sa mère dans une famille de la Sarthe à 4 ans, jusqu'à ses 9 ans où sa mère décide brutalement de la renvoyer au "pays", à Maire-Galante, chez grand-mère Théodora.
Ses plus beaux souvenirs d'enfance, Josette les tire de la vie à la ferme, en métropole, auprès de Tata Michelle ("la plus grande fan de Joséphine Baker", qui décide de surnommer Josette "Joséphine"), de Pépé Marcel et de Mémé Georgette.

"Je me souviens, Mémé Georgette a ouvert de grands yeux et elle est presque tombée à la renverse quand tu as retiré ta cagoule rouge et tes gants verts. Ça, pour être noire, t’es noire, ma Joséphine… Je te vexe pas, hein !… Je crois bien que c’était la première fois qu’elle voyait une Noire en vrai sous son toit, en chair et en os."
"Quand t’es sortie du bain, l’eau était si noire que Mémé a poussé un cri de stupeur, elle a pensé que c’était comme ça chez vous. Elle croyait que tu dégorgeais ton jus. Tu disais pas un mot tandis que je t’étrillais du mieux que je pouvais." "[Mémé] s’est habituée à toi et vous êtes de bonnes commères maintenant, pas vrai. Elle a aussi compris que c’était pas chrétien de t’appeler Bamboula ou la Noiraude et elle a plus recommencé, sauf une ou deux fois, ça lui a échappé…"
"Tata Michelle connaissait par cœur les chansons de la Baker. Et que j’avais bien été forcée de les apprendre pour les chanter avec elle. Et qu’elle m’avait déguisée en Joséphine Baker pour la fête du Mardi gras. J’étais vêtue d’un tricot blanc, d’un collant rose et d’une ceinture de bananes. Et elle avait cousu mon costume toute seule, juste en regardant la pochette d’un disque de Joséphine. Elle avait plaqué mes cheveux sur ma tête et sur mon front avec du blanc d’œuf, pour que je ressemble encore plus à la vraie."
Propulsée en Guadeloupe, coupée de ses liens avec sa famille d'adoption, Josette est d'abord une déracinée. Dans la maisonnette de la grand-mère, elle n'a pas de repères, il y a des non-dits, des mystères. La grand-mère va faire le ménage dans la demeure cossue d'une écrivaine célèbre, Margaret Solin, et ça aussi c'est tout un mystère. Mme Solin s'occupe d'enfants à distance, à Saint-Louis du Sénégal, tout comme Joséphine Baker s'occupait d'une grande bande d'orphelins. La suite du roman est la quête de Josette pour connaître le mystère de sa famille, et se construire une vie d'écrivaine, elle aussi, en s'efforçant de concilier ses racines antillaises et ses "régions" d'adoption, la Sarthe et Paris.

Un beau roman de Gisèle Pineau, comme tous ses autres livres 💗💙💚💛💜:

  • "La grande drive des esprits", 1993 
  • "L'espérance-macadam", 1995
  • "L'exil selon Julia", 1996
  • "L'âme prêtée aux oiseaux", 1998
  • "Chair piment", 2002
  • "Morne Câpresse", 2008
  • "Un papillon dans la cité" 1992
Je n'ai pas encore eu l'occasion de lire "Mes quatre femmes", 2007 ni "Folie, aller simple : Journée ordinaire d'une infirmière" 2010 (Elle a été infirmière psychiatrique), ni les plus récents depuis 2010.

--> Toutes mes lectures coups de coeur

Eric-Emmanuel Schmitt : "La nuit de feu"

***** 2015, Éd. Albin Michel, 183 p. 💗💙💚💛💜

Éric-Emmanuel Schmitt a attendu près de 25 ans pour écrire ce récit de voyage très particulier. En 1989, à 28 ans, jeune professeur de philosophie, il se joint à un groupe de Français pour partir en randonnée dans le désert du Hoggar, sur les traces du père Charles de Foucauld. Cette expédition au sein d’un groupe hétérogène l’inquiète dans un premier temps, on sent qu’il manque clairement d’esprit aventurier. 
Mes chameaux à moi : au marché aux chameaux de DawarEgypte (2010)

"(…) - même de trop loin, les dromadaires ont la gueule d’une photo prise de trop près. Ici, chez eux en Afrique, les dromadaires me procuraient une impression différente. Calmes, libres, nantis d’une élégance nonchalante, ils arpentaient le pâturage d’une démarche élastique. Tandis que certains reposaient à l’ombre des acacias, d’autres cueillaient le chardon, écrêtaient les buissons, tendaient le museau jusqu'aux branchages. Précautionneusement, ils se contentaient d’une fleur par-ci, d’une feuille par-là, respectant les végétaux pour que leur vie se perpétue. Silencieux, quasi-immobiles, ils devenaient de grandes plantes parmi les arbustes, empreints d’une sérénité végétative, leurs longs cils évoquant des pistils et des étamines qui voileraient un regard débonnaire." (p.32)

"Chaque pas prodiguait une victoire. Chaque effort annonçait une défaite. Abayghur, lui, progressait sans souffrir. Ses trois dromadaires aussi. 
À eux quatre, placides, plus lents qu'ils ne l'auraient été sans nous, ils nous démontraient à quel point nous restions étrangers, étrangers au désert, étrangers au climat, étrangers au sauvage dénuement. 
Je soupçonnais même les dromadaires de hausser les épaules en se gaussant de nous."






Toutefois, grâce à la gentillesse d’Abayghur, le guide touareg, il va découvrir le désert, le silence, la beauté de cette nature particulière, l’amitié… 
"Nous montâmes jusqu'à un promontoire.Devant nous s’étendaient des centaines de kilomètres, les uns plats, les autres occupés par des reliefs. La nature jouait une symphonie sur ses grandes orgues : pour accompagner le majestueux panorama, elle multipliait les irisations, colorait le ciel de teintes rares, depuis l’orange piqué de bleu jusqu'au violet épais, en passant par le turquoise et le parme." (p.163)
Un soir, il s’égare dans la montagne et se trouve séparé du groupe. Transi de froid, sans vivres et sac de secours, il s’ensevelit dans le sable pour passer la nuit. Ce sera sa « nuit de feu » au cours de laquelle il vit une « extase mystique » et découvre « Dieu ».
"Cette hygiène spirituelle, j’en éprouvais désormais le besoin. Et, pour la première fois, gêné, timide, je me suis mis à prier."(p.163)
"Mon pays… En avais-je un ? Je savais maintenant que je venais de nulle part et que je n’allais nulle part. Je vagabondais. Je visai le soleil au zénith. Mon pays ? Le désert est mon pays car c’est un pays d’apatrides. C’est le pays des vrais hommes qui se défont des liens. C’est le pays de Dieu." (p.169)
"La perspective de quitter le Hoggar me fragilisait. A mesure que le temps passait, que le mont Tahat s’éloignait, je portais un regard critique sur ma nuit étoilée… Ne m’étais-je pas emballé trop vite ? N’avais-je pas interprété de façon mystico-religieuse des phénomènes purement somatiques ? La soif, la faim, l’épuisement avaient affecté mon corps et m’avaient conduit au délire. Et ce bien-être absolu dont je gardais le souvenir, ne le devais-je pas à mon hypothalamus qui avait secrété des endorphines ? Cette « foi » que je croyais apercevoir en moi, n’était-ce pas l’habillage spirituel de la confiance que mon système nerveux avait chimiquement générée pour me permettre de dominer ma terreur et ma fatigue ?" (pp. 173-174)
 "Au retour du Hoggar, l’écrivain larvaire qui sommeillait en moi depuis l’enfance s’est assis à une table pour devenir le scribe des histoires qui le traversent. Je suis né deux fois : une fois à Lyon en 1960, une fois au Sahara en 1989. " (p.178)"Face au questionnement sur l’existence de Dieu, se présentent trois types d’individus honnêtes, le croyant qui dit : « Je ne sais pas mais je crois que oui », l’athée qui dit : « Je ne sais pas mais je crois que non », l’indifférent qui dit : « Je ne sais pas mais je m’en moque »." (p.181) 
J’ai aimé le livre non pas pour sa partie « quête initiatique » ou pour le récit de sa rencontre mystique, car j’ai la corde moins sensible sur les récits de conversion mystique. J'ai aimé le roman d’Éric-Emmanuel Schmitt pour le cheminement dans le désert, remarquablement décrit, poétique, envoûtant. 

J’ai eu l’impression de marcher à ses côtés dans cette randonnée, et cela m’a rappelé les souvenirs précieux de ma randonnée dans le désert du Sinaï il y a moult années. Pas d’expérience mystique pour moi à l’époque mais un sentiment de plénitude et de sérénité incroyables au réveil, à l’aube, en même temps que le point du jour, avec toute cette immensité sableuse alentour, et le silence, et la beauté incommensurable. Je n’ai jamais revécu pareille sensation. 
Avec sa « Nuit de feu », Éric-Emmanuel Schmitt a écrit un récit de voyage captivant. Comme en son temps Pierre Loti et son « Désert », un de mes livres de chevet préférés...

NB : Pour les puristes... : J'évoque le marché aux chameaux de Dawar en Egypte en légende de ma photo : ce sont bien des camelidés dromadaires ! Il n'y a que des camelius dromedarius (1 bosse) en Afrique, au Proche-Orient et en Arabie. Le camelius bactrianus (2 bosses) se trouve en Asie Centrale et Chine.

Jean-Christophe Rufin : "Checkpoint" (France/Bosnie)

***** 2015, Ed. Gallimard, 389 p.
Jean-Christophe Rufin nous livre un roadtrip humanitaire. Pendant près de 400 pages, le lecteur parcourt la Bosnie ravagée par la guerre (l'action se situe en 1995) au volant d'un des camions 15 tonnes du convoi organisé par une association humanitaire. Vers la fin, on se sent presque en plein tournage du film "Duel" de Spielberg (le camion fou) ou du "Salaire de la peur" de Clouzot.
Les cinq membres du convoi (Lionel, le chef qui ne voulait pas être chef, fumeur de joint à la masse, les deux anciens militaires Alex et Marc, le mécanicien fouineur Vauthier et Maud, la seule femme, obsédée à masquer son physique) obéissent à des motivations toutes différentes. Il n'y a dès le départ aucun esprit d'équipe, et l'ambiance va se plomber très vite. Le roman vire tout aussi vite au thriller. Jean-Christophe Rufin sait capter son auditoire. Il a pour lui le vécu de ces missions sans frontières.

L'histoire est intéressante en ce qu'elle pose la question de la teneur de l'aide humanitaire : apporter médicaments, vêtements, nourriture aux réfugiés ? Ou franchir une étape supplémentaire dans l'implication en fournissant des armes ?
"Le moteur ronflait mais n'avait pas l'air de faiblir et la pente restait régulière. Le ciel était énigmatique et ne laissait rien deviner de ses intentions. On y trouvait de tout, des paquets de nuages noirs, des trouées bleu pâle et, vers l'ouest, une lueur jaunâtre qui sentait la pluie." (p. 253)
Un roman prenant.
Sur le sujet de la guerre dans l'ex-Yougoslavie, je recommande :
- le très beau (et très dur) film réalisé par Angelina Jolie : "In the Land of Blood and Honey" (2011)
- le magnifique roman de Tea Obrecht "La femme du tigre" (qui relate l'histoire contemporaine de Natalia, médecin humanitaire partie vacciner des enfants dans un orphelinat d'une région bombardée)

mardi 2 août 2016

B. Kernel : "Agatha Christie, le chapitre disparu"

2016 (Ed. Flammarion, 283 p.)
Abandon à la page 28 tout simplement parce que j'ai trouvé ce roman fort mal écrit. Brigitte Kernel écrit à la première personne se glissant dans la peau d'Agatha Christie, et lui fait tenir des propos peu dignes de cette grande dame de l'écriture. Un style simpliste, des répétitions à foison, des réflexions à la limite de la vulgarité (quand Agatha parle par exemple de la maîtresse de son mari).
"J'étais de glace, déterminée." (p.23) - "L'objectif que je m'étais fixé me rendait glaciale." (p.27) : Voilà, c'est comme ça tout le long... Insupportable !
Vraiment une grosse déception car l'histoire m'intéressait : j'en avais eu un charmant avant-goût dans la BD "La vraie vie d'Agatha Christie", autrement plus passionnante et mieux écrite que ce "chapitre disparu" de B. Kernel.

vendredi 29 juillet 2016

Tristan Malavoy : "Le nid de pierres" (Québec)

***** 2015 (Ed. Boréal, 253 p.)

"Les trois femmes agenouillées dans des fourrures de sang échangeaient déjà des regards résignés." (Incipit)

Ce début ne m'a pas vraiment attirée, devinant que le roman alternerait entre chapitres de l'époque amérindienne et époque contemporaine.
L'un pour donner les clés de l'autre... Procédé qu'en général je goûte peu en littérature.

Alors j'ai procédé comme à mon habitude et lu en diagonale les chapitres "amérindiens" sachant que des développements proches de l'ésotérisme me guettaient au détour et que je ne supporte pas du tout ça.

Cela étant dit, j'ai aimé ce livre ! Je l'ai trouvé très bien écrit, tout d'abord.

Et, plus que l'intrigue, j'ai beaucoup apprécié la description de la vie dans ce bourg de Saint-Denis-de-Brompton en banlieue de Sherbrooke. Les forêts, le lac, les maisonnettes ou les beaux chalets, le cyclo-cross, le dépanneur...
"Il y a des années que je n'ai pas fait ça. Marcher pieds nus dans la rosée, me laisser gagner par le sentiment de fouler le premier matin du monde." (p.53)
L'intrigue est tout de même intéressante, mais on tombe de haut avec les personnages, je dois admettre. Ce qui n'est pas forcément négatif, mais laisse rétroactivement un goût amer (ah je n'aurais peut-être pas dû ressentir de l'empathie pour celui-ci... il m'a bien eue...).
En conclusion : un bon moment de lecture et mon mea culpa de ne pas m'être arrêtée sur les chapitres "amérindiens", étant peu portée sur les légendes quelles qu'elles soient.

NB : Livre lu dans le cadre du Prix littéraire France-Québec 2016... 
Résultats de l'édition 2015 : ICI

--> Chronique "Québec" de ce blog...

M. & J. Tamaki : "Cet été-là" (BD)


***** "This One Summer", scénario de Mariko Tamaki et dessin de Jillian Tamaki (sa cousine), 2014 (Ed. française Rue de Sèvres) 💗💙💚💛💜

Un joli roman graphique sur l'été de deux adolescentes, Rose (13 ans) et Windy (11 ans), qui chaque année se retrouvent à Awago Beach au Canada avec leurs familles respectives.

L'ambiance est sombre dans la famille de Rose, et cela pèse sur la jeune fille. Sa mère s'emmure dans le silence et l'isolement, son père essaie de recoller un peu les morceaux. Mais ce n'est plus comme avant, quand père et fille s'amusaient à ramasser les petits galets, aussi simplement que cela.
Windy pour sa part est encore gamine, pataude, se goinfrant H24, dansant sur le canapé...

Pour s'occuper, les deux filles traînent à l'épicier du coin, pour acheter des bonbons et louer en douce des films d'horreur (Vendredi 13, Les dents de la mer, Massacre à la tronçonneuse...) qu'elles regardent terrorisées le soir en cachette. Elles observent aussi le quotidien des adolescents plus âgés, la drague, les drames... encore trop jeunes pour tout saisir mais déjà curieuses de comprendre les "grands".

Un très bel ouvrage, beaucoup de poésie et d'expressions dans les dessins et les textes. On quitte avec nostalgie cet été-là au moment où se referme la porte du chalet jusqu'à l'an prochain.

--> Mes lectures "BD"

mardi 26 juillet 2016

Rhidian Brook : "The Aftermath"

***** Rhidian Brook : "Dans la maison de l'autre" (2013, Random House, 336 p.)
Réf géogr : Royaume-Uni (auteur) / Allemagne (lieu)
Lu en anglais (The Aftermath), bien écrit. Effectivement, ce roman se déroulant dans l'Allemagne vaincue est écrit par un romancier britannique dont l'aïeul servit à Hambourg au lendemain de la capitulation allemande.
Le contexte historique m'a fortement intéressée : en 1946, l'Allemagne vaincue est partagée entre troupes françaises, russes, américaines et britanniques. 

Le colonel Lewis Morgan est nommé  gouverneur de la zone de Hambourg, l'une des zones les plus bombardées et détruites, et on lui attribue comme à tous les gradés étrangers l'occupation d'une résidence cossue confisquée au Allemands. Sise sur les bords de l'Elbe, la demeure est habitée par un père veuf et sa fille de 15 ans.
Le colonel anglais décide alors de rompre avec le protocole et de laisser cohabiter la famille allemande, tandis qu'il fait venir son épouse et son fils. Rien que les retrouvailles maladroites entre les deux époux qui ne se sont pas vus depuis tant de mois semblent si réalistes et augurent de la suite.

Je ne raconterai pas l'histoire. Tous les personnages ont leur importance : le gamin anglais, Edmund, qui sympathise avec une bande de gamins des rues, orphelins, affamés, débrouillards, justement ces gamins sont fascinants dans le roman, et illustrent la grande misère de la population allemande mise au ban, dénutrie, frigorifiée, errante, dépouillée. Un couple de Britanniques, lui gradé et elle sans vergogne, sauront pour leur part mettre la main sur les biens, tableaux, argenterie des Allemands ruinés et se faire rapatrier ce butin de guerre illégal. 
Et le roman amène à ouvrir les yeux sur la dénazification menée tous azimuts. Avec cette prise de conscience subtilement amenée concernant les cours d'histoire géo du petit Edmund.
Côté anglais, le père, la mère, le gamin, le frère décédé... Côté allemand, le père veuf, la fille rebelle Frieda, la mère disparue, la bande de gamins qui squattent le pré derrière.

Une fin un brin convenue, un happy ending dans un contexte si douloureux. Mais le livre a vraiment le mérite de s'attarder sur une période et un environnement que peu de gens connaissent. Ensuite viendra quelques années plus tard le Plan Marshall...
Détail mineur : la couverture m'a fait belle impression...

vendredi 27 mai 2016

Sylvie Brien : "Spirit Lake"

***** 2008 - Réf. géogr : Canada / Québec (Ed. Gallimard/Scripto, 237 p.)

Une très belle découverte. A l'origine, "Spirit Lake" est un roman publié en littérature jeunesse, mais il est capital d'élargir son public aux adultes également. On découvre grâce à ce roman une page peu connue de l'histoire du Canada : l'ouverture entre 1914 et 1920 de 24 camps de détention dont 4 au Québec, pour y interner des immigrants de "nationalité ennemie" (dont une majorité d'origine ukrainienne).
Comme Sylvie Brien l'explique en post-scriptum, dans le camp de Spirit Lake, le seul considéré comme un camp de concentration, les prisonniers défrichèrent et essouchèrent 500 acres de terre pour implanter une ferme expérimentale.

Le roman narre les espoirs anéantis de Peter (14 ans), son grand frère Iwan et leur grand-mère arrivés en bateau depuis l'Autriche-Hongrie, et aussitôt arrêtés en tant qu'ennemis et traîtres. Les deux frères sont embarqués en plein hiver dans un train bondé de prisonniers, tous conduits au camp de Spirit Lake, au milieu de nulle part et par moins 40. L'optimisme du frère aîné et les dictons du jeune leur permettent de s'évader mentalement par petites touches, mais la répression brutale et l'acharnement de certains soldats sont terribles.
La structure du roman est intéressante, les chapitres alternant avec trois mois d'écart, seulement trois mois se dit-on pour un revers du temps aussi dramatique. Cela maintient tout du long un certain suspense, et je dois reconnaître que je ne pouvais lâcher le livre. Un coup de coeur.
"Le lundi qui suivit apporta enfin un redoux. Le soleil d'avril tapait si fort que la meringue croûtée de Spirit Lake fondait à vue d'oeil, happée et bue à grandes lampées par la terre d'argile. Un vent d'est nous apportait de capiteux parfums d'humus et d'excréments, annonciateurs du printemps. (p.163)"
"Soudain, frémissant, je reconnus la courbe, le rocher et ses trois épinettes." (p.236)
--> ma chronique "Québec"...

dimanche 8 mai 2016

Déjà la fin du 1er trimestre 2016 !

Un terrain en friche 19e/20e avec Clint Eastwood et Charles Bukowski...













(NB : message rédigé le 31/03/2016... même pas eu le temps de le publier !)


Mince, déjà un quart de l'année 2016 derrière nous. Et l'impression de n'avoir plus le temps de rien faire !!!
2016 année météorite peut-être.

Bon une paire de journées quand même ayant permis de mettre le nez en l'air à Paris. Et de compléter ma collection de vues de panneaux de signalisation CLET et de Space Invaders.

A part ça quand même beaucoup de choses, mais si peu de temps ! "Time is (not) on my side", sorry Mick & buddies.







* J'ai beaucoup lu mais peu eu le temps de chroniquer. Lu (hors ce qui a été chroniqué) :

  • "The Aftermath", de R. Brook (2013)
  • "Checkpoint", de Jean-Christophe Rufin (2015)
  • "La nuit de feu", de Eric-Emmanuel Schmitt (2015)
  • "Califormia Dreaming", de Pénélope Bagieu
  • "Vernon Subutex - 1 & 2" de Virginie Despentes
  • "Fleur de Barbarie" de Gisèle Pineau
  • et tous les magazines Rolling Stones, Inrocks etc. sur les disparitions "still stunned" des artistes musicaux de ces derniers temps. STILL STUNNED.


* Vu des films intéressants (souvent des films un peu datés...) :

  • 😁"Siete cajas" (stupéfiant film du Paraguay, une claque, deux jeunes acteurs exceptionnels. A VOIR !!! mais donne peu envie d'aller voyager là-bas...)
  • 😐"Queen of Earth" (j'adore Elizabeth Moss découverte dans "Top of the lake", toutefois ce film est quelque peu "spécial"... de la catégorie des "vais-je m'en souvenir d'ici quelques mois ?")
  • 😫"Trois souvenirs de ma jeunesse" (longuet..., pas mémorable car fouillis aussi : plutôt déçue)
  • 😃"The Good Lie" de Philippe Falardeau avec Reese Witherspoon, excellent film sur les migrants d'Afrique de l'Est, très bien interprété, Reese Witherspoon habitée par son rôle.
  • 😁"Un château en Italie", de et avec Valeria Bruni Tedeschi : prenant, envoûtant. J'étais pendue à chaque dialogue, à chaque cadrage, à chaque image : c'est comme si j'avais été une assistante du tournage, j'étais dans le film. Des acteurs (vraiment ? Valeria et sa mère jouant leur propre rôle, cela augmentait l'impression d'être "dans" le film aux côtés des "vrais" personnages). Le vieux palais décadent, Virgilio le frère tant aimé, le jardin et cet arbre... Un film magnifique.
  • Deux films traitant de la maladie d'Alzheimer :
    😁"Still Alice" avec Julianne Moore et Kristen Stewart,
    et 😁"N'oublie jamais"/"The Notebook" de Nick Cassavetes avec Gena Rowlands, Ryan Gosling et Rachel McAdams : excellents tous les deux. Appalling...
  • 😊"Sils Maria" avec Juliette Binoche et Kristen Stewart. Décidément, moi qui ne connaissais pas grand-chose de la jeune K. Stewart hormis les potins people (jamais vu les Twilights...), j'ai été bluffée par les deux films dans lesquels je l'ai vue jouer...
  • 😁"Le Nom des gens" avec l'incroyable et pétillante Sara Forestier et Jacques Gamblin. Ce film est une prouesse pour Sara Forestier au même titre que "L'esquive". Sara, tu es devenue une actrice incontournable du paysage cinématographique français.
  • 😊"Les garçons et Guillaume à table" : fallait le voir un jour, suis pas déçue !
  • 😐"17 filles" : très bon film sur un groupe de lycéennes en Bretagne qui décident de tomber enceintes en même temps, par accident, désoeuvrement, ennui, inconscience, imitation, malaise familial... d'après une histoire vraie s'étant produite aux Etats-Unis.
  • 😊"The Homesman" : de et avec Tommy Lee Jones, et Hillary Swank. Sorte de western crépusculaire, dur, il faut survivre, trouver un mari en jouant du clavecin, trouver un toit et échapper à la pendaison, trouver une issue à la folie, perdre ses enfants, perdre le sens de la vie. Même pas une pierre tombale.
  • 😊Revu "Furyo"...

* et diverses autres activités... :
  • Expo "Beauté Congo" à la Fondation Cartier : MAGIQUE !!!
  • Suis allée voir MUSE en concert à Bercy... Ouah ! quelle énergie et quel plaisir. Mais pas eu le temps de chroniquer !
  • Très peu de virées au jardin ce 1er trimestre... Shame.
Mais où donc s'en va mon temps ???

dimanche 20 mars 2016

Priscilla Laulan-Carret : "La mauvaise réputation" (Haïti)

***** Réf. géogr : France (auteure) / Haïti (lieu)
 Ed. Thot, 2015, 120 pages

Au tout début, il y a une couverture, absolument magnifique (qui me fait penser au Douanier Rousseau), et, en main, un bel ouvrage, d'une édition soignée : pour moi qui n'ai pas encore franchi le pas de la liseuse électronique, l'objet "livre" reste très important.

Puis, il y a le tout premier paragraphe... :
"A l'horizon du Cap-Haïtien,se profile une enfilade de mornes défigurés, lacérés de ravines dégoulinantes de galets. Sur leurs flancs, les broussailles ont progressivement pris l'ascendant sur les arbres. Une poussière crayeuse s'élève des routes dépourvues d'asphalte, pour mieux les engloutir. La nationale est cerclée de pentes raides sur lesquelles s'amoncellent des cases insalubres, faites de parpaings ou de bouts de tôles, défiant les lois de la gravité. Les anciennes mangroves, qui protégeaient les côtes et absorbaient l'énergie furieuse de la rivière, ont été remblayées à l'aide de déchets. (...)" (p.9)
J'ai de suite apprécié le style de l'auteure, sa maîtrise originale de la langue française : belle, riche, poétique, et en même temps très "parlante". Priscilla Laulan-Carret a réussi à amener la lectrice que je suis dans les pas de la bande de gamins des rues, se faufilant au milieu de la foule du marché, mendiant auprès de la boulangerie, se chamaillant sous des bouts de tôle, ou retournant au village voir "la mère". Le style de cette auteure contribue énormément au plaisir de lire son livre, cela revigore de constater que de si jeunes écrivains déploient une telle richesse de la langue.

Après, je me suis dit, étant complètement "téléportée" à Haïti au fur et à mesure de l'avancée du livre, que Priscilla L.-C. devait être une enfant du crû, ayant grandi et vécu l'histoire de l'île. 
Que nenni, Priscilla est une pépite humanitaire et sociale et environnementale... et littéraire et douée, et digne d'une admiration sans bornes. Toute jeune (elle m'en a l'air), et déjà si entreprenante, et si méritante et débordante de projets "qui visent à ré-enchanter le monde".... Je lui prédis un bel avenir littéraire si elle parvient à conserver un peu de son temps à l'écriture. En tout cas, chapeau bas pour aujourd'hui.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...