jeudi 31 décembre 2015

Aude Picault : "Parenthèse patagone"

***** (Ed. Dargaud, 2015)
Voici un très bel album graphique, illustré de très jolies aquarelles.
Patagonie chilienne (Seb, avril 2015)

Son auteur, Aude Picault s'est rendue en Patagonie à bord d'un "voilier charter" avec son ami il y a un an. 
L'album relate cette traversée et les excursions sur les îlots, au cours d'une "parenthèse patagone" de dix jours. 

Le texte et le dessin ne sont pas ampoulés et restituent très bien le climat sauvage de ce bout du monde. Mon fils s'étant rendu cette année en Patagonie (Argentine et Chili), j'ai découvert dans les aquarelles d'Aude Picault l'exact reflet des paysages que Seb avait photographiés. En zoomant, j'aurais pu apercevoir la texture de la mousse...
Quelle mousse ? ...
Aude Picault nous régale en effet de petits commentaires sur les variétés de mousse (spagnum magellanicum) qui poussent dans cette contrée désolée.

On ne s'ennuie pas durant cette croisière, et contrairement aux passagers, on aurait un peu le mal de mer quand la mer se déchaîne, que la pluie frappe les hublots et que voguent les bouts de glacier au milieu du canal. Nous sommes tout de même dans les quarantièmes rugissants et les cinquantièmes hurlants.

Patagonie argentine (Seb, avril 2015)
A l'occasion d'une halte, nous faisons la connaissance de José, éleveur de vaches et de chevaux retournés à l'état sauvage depuis la fermeture de l'estancia initiale, sur un bout de terre envahi par les castors.
Nous apprenons alors le projet du milliardaire américain Tompkins d'offrir une réserve naturelle au Chili interdite aux espèces non-endémiques. A cet égard, je ne connaissais pas le nom de ce milliardaire militant écologiste quand j'appris la nouvelle de son décès dans un accident de kayak en Patagonie chilienne. Il était le fondateur des marques The North Face et Esprit, et avait acheté 30000 hectares au Chili pour protéger ces terres de l'exploitation minière.

Pour terminer mon commentaire sur la "Parenthèse patagone", j'avoue avoir été déroutée durant ma lecture par la représentation des personnages : j'ai cru que le récit mettait en scène un voyage effectué il y a longtemps par Aude, qui m'apparaissait comme une fillette, limite ado, accompagnée par son père ! Ce n'est qu'en jetant un oeil à sa biographie que j'ai découvert que ce voyage était récent et entrepris avec son compagnon...

--> voir mes "Lectures d'Amérique latine" et la chronique "BD/romans graphiques"...

mercredi 30 décembre 2015

Une dernière semaine de décembre ahurissante au jardin !

Au 1er plan : énorme bouton de pavot !!!
En arrière-plan, une échinacée purpurea en fleur !
Ce réchauffement climatique fait peur... comme l'illustre la vision ahurissante d'un énorme bouton de pavot d'Orient dans ma plate-bande, cette dernière semaine de décembre !

Ce pavot fleurit normalement entre mai et juin. Quand je me suis rendu compte que mon pied de pavot portait ce gros bouton, j'ai cru à une hallucination.

Un refroidissement des températures étant annoncé pour le 1er janvier, je me demande ce qu'il va advenir de ce bouton de pavot... Cela m'étonne qu'il ait le temps ou l'heur de s'ouvrir pour mes beaux yeux d'ici là.

Et en arrière-plan sur cette même photo, voilà un bouton d'échinacée purpurea qui a fleuri la semaine dernière, alors que cette plante fleurit traditionnellement de juin à septembre-octobre.

Le reste du jardin est un peu à l'avenant : un oeillet est toujours en fleur, quelques roses aussi, des gauras s'agitent toujours au vent et les sauges jaunes et roses pétillent toujours (pas les bleues et les violettes)... Le chèvrefeuille arbore aussi quelques fleurs. Sans compter les géraniums en jardinières qui continuent de fleurir.



Et mon pied d'arum est plus somptueux que jamais, alors qu'au printemps il a tôt fait de disparaître sous les assauts des gastéropodes et en été de la sécheresse. 

Tous les arbustes viburnum (lauriers tins) du jardin ploient sous leurs petits bouquets de fleurs, et attirent du coup quelques insectes butineurs ici et là. Leurs fleurs exhalent un parfum délicat. Le jamsin d'hiver ets tout aussi en forme

Ont posé pour la photo ci-contre :

- fleurs roses du cognassier du Japon (ok : c'est sa période, ouf !)
- primevères blanches et une fougère couverte de spores
- un trèfle aux couleurs d'automne
- ma première fleur de rose de Noël blanche (hellébore)
- un bergenia et sa grappe de fleurs roses
- le feuillage superbe de l'arum
- le chèvrefeuille en fleur.

--> Chronique "jardin"...

Doris Lessing : "The Fifth Child"

***** - "Le cinquième enfant" (Royaume-Uni, 1988)
Un livre très dur, qui laisse complètement KO.

Et pourtant cela commence si joliment... Harriet et David sont de jeunes mariés dans l'Angleterre des années '60, bien décidés à s'envoler pour une vie idéale. Le conte de fées commence par l'achat d'une immense maisonnée en banlieue de Londres, destinée à résonner des babils d'enfants et à accueillir à tour de bras les amis et la famille pour de fastueux banquets.
Les enfants justement naissent à tour de bras aussi ! Harriet enchaîne les grossesses et ce sont bientôt quatre enfants qui égaient la maisonnée. Heureusement que la famille de David est plutôt fortunée, mais tout de même...
A peine remise de son quatrième, Harriet se trouve à nouveau enceinte. Toutefois, rien ne se passe comme les grossesses précédentes, ce cinquième enfant à naître lui tord le ventre de douleur et la vide de son énergie. Harriet se gave de sédatifs pour calmer cette chose qui déchire tout en elle. La naissance n'est pourtant pas un soulagement : le bébé, Ben, est énorme, sa tête semble difforme, et l'appétit de ce bébé est incommensurable. Il est d'une voracité telle qu'Harriet a la poitrine meurtrie et les biberons doivent s'enchaîner quasi sans pause.

Ben grandit tandis que le doux cocon familial commence à s'effilocher. L'enfant abrite une violence terrible. Le petit chien et le chat sont retrouvés morts. Les parents installent des verrous sur les portes des chambres, angoissés à l'idée que Ben puisse s'introduire dans les chambres de ses frères et soeurs.
Bientôt, il n'y a plus de joie, plus de désinvolture, moins de réceptions, même la famille appréhende cet enfant. Ben petit à petit a cassé la bonne humeur du couple, qui se distend, et la vie de famille. 
Son père est persuadé que Ben est une sorte d'alien, et décide de remédier par les grands moyens en le faisant interner dans un établissement psychiatrique. L'instinct maternel d'Harriet la pousse cependant à récupérer son enfant, dans une scène dont la lecture est terrible : Ben est enfermé nu dans une pièce, attaché par une camisole de force, baignant dans sa saleté. Ce sont les années soixante / soixante-dix, les traitements par électrochocs sont encore très utilisés et Ben en a eu son compte.

Le retour de Ben à la maison vire au cauchemar. Ne communiquant pas avec ses parents, il apprécie cependant de traîner avec une bande de jeunes d'au moins 10 ans de plus que lui, et fait comme eux les quatre cents coups. D'asocial, il sombre dans la délinquance. La vie de famille a éclaté, les autres enfants s'échappent de la grande maison pour l'internat ou rejoindre les grands-parents. Cette immense bâtisse n'abrite plus aucun sourire, mais une immense angoisse. Une maison vide, surdimensionnée, et que David et Harriet n'ont plus les moyens ni le goût d'entretenir. Le conte de fées a viré au cauchemar. Chaque once de bonheur s'est disloquée.

Je dois admettre avoir lu ce roman avec une grande naïveté : j'ai cru tout ce que je lisais, la grossesse infernale, hors normes, de Harriet, la scène de l'internement qui m'a fait penser à "Vol au dessus-d'un nid de coucou", la monstruosité sourde qui habite Ben. J'ai tout pris au 1er degré ! Ce n'est qu'en discutant avec d'autres lecteurs que la dimension fantastique de ce roman m'a été révélée. Mais quand même, Doris Lessing a écrit un récit cauchemardesque, autour d'un enfant "différent" qui meurtrit son entourage et détruit tout autour de lui. On ne peut jeter la pierre à sa mère, qui s'accroche à la parcelle d'amour maternel qui subsiste en elle. Le restant de la famille a fui devant le "monstre". Personne n'a pu ou su s'adapter, mais à leur décharge, comment réagir devant la violence extrême de ce cinquième enfant, qui ne cherche aucune forme de communication affectueuse mais sème la terreur.

Il existe une suite à ce roman : en ce qui me concerne, la lecture du "Cinquième enfant" m'a laissé un tel goût amer que je ne suis pas capable d'embrayer sur la suite de la vie de Ben.

mardi 29 décembre 2015

Lynda La Plante : "Clean Cut"

***** 2007 (Pocket Books, 503 p.)
Un bon roman policier, dont je ne connaissais pas l'auteure, britannique.
Le titre français "Entre coeur et raison" résume bien la philosophie derrière cette intrigue, mais sonne cucul la praline et ne donne pas forcément envie de lire le roman. (Ce titre m'a fait penser aux romans de Slaughter, plus trop en vogue de nos jours même si je les ai goulûment lus fut une époque...!).

"Clean Cut", publié en 2007, met en avant la question des migrants qui secoue le Royaume-Uni. Pas le plombier polonais qui est libre de venir travailler dans l'UE (même si des personnages du roman font parfois allusion aux "Poles" trop présents ici et là en Angleterre), non, il s'agit de la problématique de l'immigration clandestine en provenance d'Afrique en particulier (Somalie, Ghana...).
Des immigrants arrivant via des filières illicites, sans le sou, exsangues, à la merci des trafiquants qui leur confient diverses basses oeuvres, les prostituent, séquestrent et violent leurs enfants, et se livrent avec eux à des pratiques vaudoues immondes.

S'agissant d'un roman policier, le lecteur chemine donc aux côtés de deux policiers,  l'inspecteur chef Langton d'une part, une pointure de la police londonienne, et l'enquêtrice qui fut son assistante et sa compagne, Anne Travis. 
Langton remontait justement la piste d'une filière d'immigration clandestine quand il est tombé dans un piège et a failli mourir sous les coups de machette de l'un des pontes. Hospitalisé, il se voit contraint de délaisser son enquête mais jure vengeance. Sa cible : les filières d'immigration clandestine, qui passent aussi par des délinquants mis sous les barreaux pour tel ou tel délit (y compris agression pédophile ou meurtre) et qui se voient octroyer une remise de peine ou se retrouvent en liberté conditionnelle, sans tarder à disparaître dans la nature.

L'intérêt du livre tient à l'évolution de la relation entre Langton et Anna, le premier animé par la haine et la revanche et la deuxième tentant de suivre autant que faire se peut les rouages de la justice et de la loi. Ce hiatus aura raison de leur relation, et tiendra également le lecteur en haleine jusqu'à la toute dernière page.
Le roman pousse aussi à la réflexion sur l'immigration, sur les crimes et délits commis par des immigrants clandestins qui sont alors emprisonnés, et que le commun des citoyens ne comprend pas qu'ils soient ainsi nourris logés aux frais de la princesse pour des années et des années. L'auteure aborde aussi la problématique de la liberté conditionnelle et du manque de moyens (ou de conscience professionnelle) des personnels chargés de les encadrer.
"He'd gone apeshit, like he was seeing monsters or something coming through the walls. He was screaming and shouting that they'd come for him and he was trying to remove his clothes ; said they were eating him. He was really crazed and his eyes were rolling back in his head, mouth frothing, really crazy." (p. 484)
--> mes "polars"...

lundi 28 décembre 2015

Noël 2015 à Paris


Le 25 décembre 2015, nous décidons de passer le jour de Noël à Paris.
Peu de monde, il est vrai, mais c'est Noël. Bon, il est vrai qu'il y a un mois je ne me serais pas vue déambuler en famille sur le parvis de Notre-Dame le 25 décembre. But life still goes on.

Nous avons été récompensés par une superbe pleine lune au-dessus de Notre-Dame.

Et pour vraiment faire la fête à Paris le soir de Noël, nous embarquons tous pour le ROCKY HORROR PICTURE SHOW !!!

Dans la salle du Studio Galande, un public clairsemé (c'est Noël...) mais passionné, français, tous bardés comme nous de leurs sacs de riz et bouteilles d'eau, et deux américains de New York, et notre nièce du Québec !

Qu'est-ce qu'on s'est amusés !!! Trempés et couverts de riz.
Pour ma part, c'était un replay de mon 1er Rocky Horror Picture Show il y a 30 ans... "Janet ! Dr Scott ! Brad !"
Et ce pauvre Meatloaf qui finit en plat de viande à la table de fête... Like a bat out of hell (bon, c'est pas dans le RHPS, mais c'est tellement bien aussi !)

Bon les petites visites parisiennes furent l'occasion de découvrir...

Space Invader pingouin
Sens interdit ciseaux
- un nouveau Space Invader, en forme de gros pingouin à l'angle de la rue de la Huchette et de la rue du Petit-Pont. Il était temps, ce n'est que le 13e Space Invader dans ma besace...

- et un nouveau panneau sens interdit customisé, flanqué d'une paire de ciseaux/ CLET (je suppose !) rue Saint-Jacques dans le 5e.

Alors What else pour ce Noël ? C'était très bien.

"Au revoir là-haut" adapté en BD

***** Pierre Lemaitre & Christian De Metter (Ed. Rue de Sèvres, 2015

J'ai été comme tant d'autres estomaquée par la lecture du roman "Au revoir-là-haut" de Pierre Lemaitre, prix Goncourt 2013. 
L'adaptation graphique est à la hauteur, Pierre Lemaitre gérant le scénario et Christian de Metter mettant le tout en images. C'est remarquable, et épouvantable à la mesure de l'histoire.

J'avais terminé ma chronique du 30 décembre 2014 sur le roman de P. Lemaitre ainsi : 
"Un roman coup de poing, effrayant dans ses descriptions de la guerre, des faux héros encensés et des soldats brisés abandonnés à leur sort. Ce roman est la mise en mots du tableau "Les joueurs de skat" d'Otto Dix.
Après l'avoir lu, on pose un regard appuyé sur les monuments aux morts.
En tout cas, il faut l'avoir lu. On ne peut y rester indifférent."

Le seul bémol que je mettrais à l'adaptation graphique tient à la difficulté de comprendre l'histoire pour qui n'aurait pas lu précédemment le roman. Les dessins m'ont parfois paru confus, et il m'a fallu par exemple m'arrêter plusieurs fois sur la planche du soldat tombé au fond du trou pour parvenir à distinguer aussi la tête du cheval. Je n'aurais lu le livre, ce détail important m'aurait échappé.

--> de Christian de Metter, voir "Piège nuptial"*** et "Rouge comme la neige" ****

Ulli Lust raconte son terrifiant roadtrip ado en Italie... (BD)

"Trop n'est pas assez" ***** - Ulli LUST / "Heute ist der letzte Tag vom Rest deines Lebens" - 2009
(Edition fr. "Ca et Là", Trad. Jorg Stickan, 464 p.)
Le thème m'a interpellée : Ulli, jeune autrichienne de 17 ans, punkette désoeuvrée vivotant dans un squat à Vienne en 1984, se laisse convaincre par une autre punkette cependant bien plus délurée, Edi, de partir comme ça pour l'Italie, jusqu'à la plage.
Comme ça, oui : sans passeport, sans argent, sans bagages... L'Autriche n'a pas encore adhéré à l'UE, les frontières sont encore des frontières. Qu'à cela ne tienne, les deux filles passeront par la montagne! et vaille que vaille, elles verront bien ce qu'il y a au bout.

Quand elle publie ce roman graphique en 2009, Ulli Lust a 43 ans. Elle se sert de ses carnets de voyage pour relater cette période hors normes de deux mois de son adolescence. A la fin du roman, elle dit son soulagement que son fils soit quelqu'un de raisonnable.

L'histoire qu'elle dessine se regarde comme un mauvais film, en ce sens que l'héroïne, naïve, émerveillée et stoïque, ira de déconvenues en déconvenues. Entraînée par sa copine Edi qui ne recule devant aucune concession ou tabou, Ulli va faire les frais de sa jeunesse et devenir la proie des regards concupiscents de quasi toute la gente masculine italienne. Si encore il ne s'était agi que de regards... Le pire est à venir en Sicile. Ah oui, elles auront aperçu un bout de plage, mais l'auront payé cher, tombées entre les mains de la mafia. L'Italie des années '80 n'est pas ce coin de paradis.

Ce n'est donc pas un roadmovie sympathique et convivial. C'est le voyage jusqu'au bout de l'enfer de deux ados germanophones paumées qui rêvaient d'un bout de plage et se retrouvent à faire le tapin pour trouver à manger. Et l'une décroche dans la drogue, abandonne l'autre. Plus question d'amitié, chacun sa m..., c'est flagrant à la fin du livre où Edi, pourtant la meneuse, renie totalement Ulli.
Donc on ne peut même pas dire que ce récit soit une ode à l'amitié de deux adolescentes. Cela reste un récit glauque de la descente en enfer de deux gamines au fin fond de l'Italie machiste et concupiscente, racontée 25 ans après par l'une d'elles, sans complaisance, brut de fonderie : on tremble en se mettant à la place des parents.

--> chronique "BD/Romans graphiques"

Margaux Motin : "J'aurais adoré être ethnologue"

***** 2009, Ed. Marabout
Hélas, j'ai lu "J'aurais adoré être ethnologue" (2009), premier opus de Margaux Motin, après m'être déjà régalée de "La tectonique des plaques" (2013), que j'avais littéralement adoré... Et j'avais bien apprécié aussi "La théorie de la contorsion" paru en 2010.

Alors, je fus plutôt déçue par le premier ouvrage, qui ne m'a pas tant fait rire, et que j'ai même par moments trouvé vulgaire et inintéressant. Les dessins sont certes déjà là, avec cette patte personnelle, et attachants, je le reconnais, mais les historiettes ne sont pas à la hauteur des deux opus suivants.
Il fallait bien que Margaux Motin fasse ses gammes, et elle réalise le sans fautes avec "La tectonique des plaques" que je recommande chaleureusement !
"J'aurais adoré être ethnologue ... j'aurais étudié la symbolique de la chaussure à talon chez les pygmées, observé la fréquence d'épilation des femmes en Amazonie, établi une typologie du bébé morue dans les sociétés inuit, j'aurais même probablement appris à construire une pirogue avec une bretelle de soutif et une tong, et pris des cuites à l'alcool de manioc. La vie aurait été une course folle, une nuit d'ivresse interminable, un vaste champ de possibles ! Mais je suis une grosse feignasse, je vomis quand je suis soûle et j'ai peur des guêpes. Et puis, de toute façon, tout ce que je sais faire, c'est dessiner ..."
--> chronique "BD"

samedi 12 décembre 2015

Hundertwasser, la vie en couleurs et en courbes, pour l'écologie

La COP 21 sur les changements climatiques est à Paris.

C'est le moment de parler de Hundertwasser, dont nous avions visité la belle expo "Dans la peau d'Hundertwasser" en 2013 au Musée de l'herbe à Paris. Et sur lequel je viens de lire un agréable petit opuscule ("Hundertwasser, inventer la ville" de R. David et P. Sciot).

Friedrich Stowasser décide de changer de nom (en plusieurs étapes) pour devenir finalement "Friedensreich Hundertwasser Regentag Dunkelbunt", soit "royaume de la paix aux cents eaux, un jour de pluie aux couleurs sombres et multicolores".

Peintre de la nature, il considère qu'"en tant qu'artiste, je suis de plus en plus conscient que la créativité de la nature et celle de l'homme doivent être réunies".
"Mes lignes colorées sont comme les anneaux de la sève des arbres". 

A la quarantaine, et sans compétence dans le domaine, il décide de devenir "le médecin de l'architecture". J'ai eu l'opportunité de découvrir sa Hundertwasserhaus à Vienne peu de temps après son inauguration. Un HLM tout en courbes et en couleurs, détonant dans la Vienne ancestrale.
Hundertwasser développe des toilettes à humus, capitalise sur l'énergie solaire, installe des toits végétalisés en haut de ses constructions, des récupérateurs d'eau de pluie. Il participe à de nombreux combats écologiques, comme en témoignent ses magnifiques affiches "Save the Rain", Save the Wales", "Tomorrow's World"...

Totalement épris d'écologie, Hundertwasser va développer sa théorie de l'arbre locataire et du "droit des arbres". Il plante ses premiers arbres locataires en Italie en 1973.
Cette même année, il voyage pour la première fois en Nouvelle-Zélande et s'éprend du pays.  Il admire la relation du peuple maori à la nature et aux arbres en particulier. Il s'y installe dans une ferme où il demandera à être enterré nu et sans cercueil sous un arbre. Hundertwasser meurt d'une crise cardiaque en 2000 à bord du Queen Elizabeth 2, à 72 ans.

J'adore ses peintures, si colorées, et sans lignes droite, tout en courbes !

En savoir plus sur l'expo présentée au Musée en herbe en 2013 : ici . Les maquettes étaient époustouflantes.

--> billets "expos" ou "peinture"...

vendredi 11 décembre 2015

Valerie Geary : "Celles de la rivière"

*****  - ("Crooked River", 2014) - Ed. Mosaïc, trad. M. Beury, 395 p.

J’ai beaucoup aimé ce roman, présenté comme un thriller mais qui selon moi n’en est pas vraiment un. Je le décrirais plutôt comme un roman d’atmosphère, où les lieux et les personnages jouent un rôle important.
Nous sommes en effet à Terrebonne, une bourgade de l’ouest américain, dans l’Oregon. Au milieu de la campagne, coule une rivière, la Crooked River. Dans une prairie près de la rivière, un tipi, un potager, des ruches, les fleurs des champs butinées par les abeilles...
Un homme plutôt bourru, dénommé Ours, vit ici en pleine nature, il produit du miel et cultive ses légumes, louant ce morceau de terrain à un vieux couple voisin, Zeb et Franny, octogénaires absolument savoureux.
Ours est père de deux filles, Samantha (Sam) 16 ans, à l’esprit entreprenant, et Olivia (Ollie) 10 ans, silencieuse, accrochée à son roman Alice au pays des merveilles comme à une bouée. Ours les voyait rarement. Nous en saurons plus tard la raison. Leur mère venant de décéder d’une crise cardiaque, les deux filles rejoignent leur père en attendant qu’une solution soit trouvée avec les grands-parents partis en voyage.
C’est en jouant près de la rivière que Sam et Ollie découvrent le cadavre d’une noyée. Rentrant au tipi, elles y trouvent en l’absence de leur père une veste de femme en jean tachée de sang et des clés de voiture. Le doute s’installe sur la possible culpabilité de leur père, elles essaient de le balayer et décident de croire en lui et de mener leur propre enquête. Hélas en parallèle les regards convergent vers Ours le marginal solitaire qui campe un suspect idéal.
Pris à partie, Ours peine à se défendre et s’enfonce davantage. Les deux sœurs, en quête d’indices, retracent les faits divers de la région et découvrent un pan caché de la vie de leur père.

Je n’en dévoile pas plus sur l’intrigue. Les relations familiales au sein d’une famille « cabossée » comme celle-ci sont dépeintes d’une tonalité très juste et la relation entre les deux sœurs est aussi émouvante. Sam est rentre-dedans, Ollie plus calme et introvertie, est la proie de visions où apparaissent autour d’elle les fantômes de personnes décédées (sa mère, la noyée…) qui semblent lui conseiller la marche à suivre.
Mais la force de ce livre repose surtout à mon avis sur la description, empreinte de poésie, de la nature et de la relation des personnages à la nature.
Les pages sur les abeilles m'ont passionnée...

lundi 7 décembre 2015

Christine Angot : "Un amour impossible"

***** 2015, Ed. Flammarion, 218 p.
S'il n'y avait eu avalanche de critiques positives et de sélections pour les prix littéraires pour ce roman, je ne pense pas que je me serais risquée à lire un nouvel Angot... En effet, j'avais pourtant bien commencé ma relation avec cette auteure puisque son "Pourquoi le Brésil" m'avait bien plu. Mais cette lecture fut suivie de "L'inceste" et d'un autre titre dont j'ai oublié... le titre, qui m'ont coupé le souffle tellement le propos était cru et sans retenue. 

"Un amour impossible" m'a enchantée, tant la relation mère-fille est si touchante et bien rendue. Avec des mots justes, Christine Angot raconte la jeunesse de sa mère, Rachel Schwartz, en s'arrêtant sur la rencontre avec l'Homme, Pierre Angot. Rachel travaille à la Sécurité sociale à Châteauroux, Pierre est diplômé, cultivé, sa famille est d'un milieu aisé et vit dans les beaux quartiers du 17e à Paris.
S'il apprécie la compagnie de Rachel, Pierre lui trouve rapidement des limites, la corrige quand elle parle : la différence sociale est trop forte et il ne se gêne pas pour la prévenir que jamais il n'envisagerait de l'épouser. Mais elle pourrait néanmoins s'installer dans un petit appartement à proximité, juste pour la compagnie...
Voilà donc le personnage horripilant dont Rachel tombe folle amoureuse. Avec qui elle aura un enfant, Christine, qu'elle élèvera seule tandis qu'il se mariera avec une femme de son milieu.

Les chapitres suivants décrivent la vie tranquille qui s'écoule à Châteauroux, l'enfance de Christine autour de sa maman, de sa Mémé, de la tante et du tonton et des cousines... Le petit tricycle rouge. J'ai trouvé ces pages tellement naturelles... Et ce qui m'a littéralement conquise, ce sont les échanges entre Christine et sa Maman, qui transpirent d'amour, du bonheur tout simple d'être ensemble. Le repas du soir dans la petite cuisine, endives au jambon, gratin de pâtes...
"T'es gaie toi maman.Tu trouves ?Oh oui ! Tu danses, tu chantes, tu ris. Oh oui maman. T'es gaie."  
"J'étais toujours avec elle, ou sur le point de la retrouver. Soit j'étais assise à côté d'elle. Soit je marchais à côté d'elle. Soit je l'attendais." (p.87)
Rachel est une mère courage, elle change de travail, passe son permis pour ça, gagne en responsabilités. Plus tard elle envisagera de déménager à Reims, si elle est retenue pour un poste sur concours, et le remporte. Elle ne se laisse pas abattre.
Jusqu'à ce que le père refasse surface et s'invite ici et là auprès de la mère et de la fille. Rachel est heureuse, flattée. La réaction de Christine, qui de plus en plus fréquemment est invitée seule le weekend chez son père, est moins transparente. Elle rentre en adoptant un comportement mesquin envers sa mère, lui jetant à la figure qu'elle n'a pas l'érudition de son père. Elle devient distante. Ou bien elle rentre avec le cafard.
Ce n'est qu'incidemment que Rachel apprend, par un ami, que le père de Christine la viole depuis des années. Cette annonce la rendra malade, mais elle choisira cependant de ne pas aborder alors ce sujet avec sa fille. Qui, elle, se sentira encore plus seule. Et cherchera la raison de l'aveuglement de sa mère.
La deuxième partie du livre met en scène les deux femmes, Christine devenue adulte, Rachel vieillissante mais toujours aussi douce et aimable, et la relation difficile que l'une entretient avec l'autre. Rachel ne cille jamais quand sa fille lui raccroche au nez ou lui interdit de rester dormir ou souper chez elle. Tout à la fin, Christine entreprend de mettre les points sur les "i" avec sa mère, âgée maintenant de 83 ans mais encore alerte, et de lui énoncer l'interprétation qu'elle fait de l'inceste commis par son père. Ce long dialogue sur le tard entre la mère et la fille m'a moins touchée. Mais je n'en reste pas moins subjuguée par la personne de Rachel et la relation mère / fille superbement retranscrite dans ce livre.


"POURQUOI LE BRÉSIL" ***** - 2002 (lu le 28/10/2002)
Pour moi : une très bonne découverte. Le premier livre que je lisais de Christine Angot.
 «  Il avait constamment besoin de réaffirmer qu’il était libre. Qu’il pouvait faire ce qu’il voulait. Qu’il avait le droit d’aller et venir qu’on n’était pas obligés d’être collés. Comme des escargots, comme des limaces, qu’on n’était pas voués à la collitude. »
« On est passés par la rue Saint-Sulpice, il y avait un dépôt-vente, quand j’en vois un il faut toujours que je m ‘arrête, il m’attendait sur le trottoir en fumant. »
« Et que moi en particulier je voyais la paille dans l’œil de mon voisin mais pas la poutre dans le mien »
« Il est revenu, ça a pété encore. Il m’a dit : tu m’as manqué au cinéma. Je lui ai répondu : ça ne m’intéresse pas de te manquer quand je ne suis pas là. Ce qui m’intéresse, c’est que tu sois bien avec moi quand je suis là. »
« (…) je lui avais parlé, je lui avais dit que je ne pouvais plus rien supporter y compris la réflexion désagréable d’un type qui m’avait tenu la porte une heure plus tôt dans l’immeuble, une réflexion parce que j’avais oublié de dire merci, mais je n’avais pas vu qu’il me tenait la porte, je ne m’en étais pas rendu compte. Mathieu m’avait dit : tu es sur la ligne de crête, le moindre coup de vent t’abat mais c’est aussi ta force .
« Je me rappelais juste qu’en pleine nuit, alors qu’il occupait une bonne moitié du lit, moi je ne dormais pas, il s’était dressé sur le lit, il s’était assis, en me disant : allume la lumière, je veux que tu voies. Regarde. Je dors sur quinze centimètres. Ce qui était faux, il en avait la preuve sous les yeux »
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