lundi 28 mai 2012

Fausse alerte rouge - Invasion de "fausses chenilles"dans le pin : des tenthrèdes

Dégueu à regarder ... Repoussant... des créatures visqueuses qui dansent la danse de Saint-Guy...
VOUS DEVEZ ABSOLUMENT REGARDER LA PETITE VIDEO CI-DESSOUS :
C'est hallucinant ! Ces larves, on dirait mues par l'une d'entre elles, la "chefchenille", entament un drôle de mouvement : elles se recroquevillent quasi toutes en même temps et l'on croirait voir des pieuvres ouvrir et refermer leurs tentacules.
Mais, voici tout d'abord l'intro bucolique à ce mini-reportage hideux et angoissant :
En bas à gauche : pauvre branche dénudée
après la razzia des chenilles
Je me baladais le 1er mai dans le jardin avec mon appareil pour capturer quelques instants magiques, et peut-être me dénicher un brin de muguet porte-bonheur...
"Tiens le pin a poussé, il fait de petites pommes de pin"... je m'approche pour prendre en photo un bébé pomme de pin, cherche la lumière, et voilà que quelque chose gesticule sur la branche, je m'approche davantage : oh une petite chenille !
Sympa, j'en vois pas souvent de près : "Salut toi, je vais te prendre en photo pour la peine..."
Et là, ça gesticule encore autour : mince une colonie de chenilles sur cette pauvre branche !!!

Et là je regarde attentivement mon pin : ça pullule de partout, il est colonisé, envahi, dévoré : y'en a partout.
Et je remarque que les chenilles entament régulièrement une gestuelle particulière : une chenille gigote comme une pieuvre, et toutes les autres suivent : ça m'a fait penser à Davy Jones, le pirate maudit à tête de pieuvre ennemi de Jack Sparrow dans Pirates des caraïbes !!

Dégueu à regarder... et une plaie pour tout jardinier.

Au début, j'ai vraiment cru que notre beau pin de 2,5 m de haut subissait une attaque de la chenille processionnaire du pin, et elle semblait avoir également colonisé et en partie ravagé le conifère bas aux pieds de l'escalier.

MAIS NON, MES EXCUSES : après enquête diligente, et merci le world wide web (que ferait-on sans le web aujourd'hui pour trouver réponse à TOUTES nos interrogations ?), je pense pouvoir corriger mon erreur, point de chenilles processionnaires du pin chez nous (ouf !). Mais des fausses chenilles groupées en colonies qui ne sont autres que des larves de TENTHREDE (OUF !!! vous êtes soulagés aussi !).
OUF, vraiment... car les vraies chenilles processionnaires commettent des ravages en un rien de temps dans le jardin : elles détruisent un conifère sans façons. Mais cette chenille est aussi dangereuse pour l'homme et les animaux domestiques... Cet insecte ravageur était auparavant limité au Sud de la France, il a franchi la Loire en 1990, et serait selon les experts attendu à Paris en 2025. Sa progression est due au réchauffement climatique.

Ce que l'on ignore, c'est que cette chenille est redoutable, notamment pour les animaux domestiques.
Elle dispose d'un fort pouvoir urticant, qui demeure jusqu'à 2 ans après la disparition des bestioles (les poils s'envolent dans l'herbe, sur le linge qui sèche dans le jardin, se dispersent sur les fleurs, les arbres...).
Un animal domestique qui se lèche le dos ou mange de l'herbe et entre en contact avec un poil urticant, aura sous peu sa langue sclérosée, il ne pourra plus boire et devra être euthanasié.
Il est même recommandé d'arroser l'herbe quelques jours avant de tondre afin d'entraîner les poils dans le sol.
(Voir le très bon site sur les chiens colleys et ses explications sur le danger de cette chenille : "Chez le chien, le contact avec une chenille processionnaire vivante ou morte, ou avec les débris d'un nid, constitue une urgence vétérinaire")
Je peux vous dire que je me suis occupée comme il se fallait de ces prédateurs terribles.

Avis aux personnes souhaitant lire un bon livre de l'auteur mozambicain Mia Couto : "La véranda au frangipanier" : des vieillards reclus dans un asile désaffecté se régalent de chenilles hallucinogènes...

Et retrouvez les chroniques de mon jardin en cliquant ici

Antonio Skarmeta : Nouvelles du Chili

La Rédaction par SkármetaLa rédaction (La composicion) *****
Réf. pays : Chili
Antonio Skarmeta est né au Chili en 1940. Partisan de Salvador Allende, il fut contraint de s'exiler en 1973 (avec Raoul Ruiz) après le coup d'Etat militaire de Pinochet.
"La rédaction" a reçu le Prix du livre de jeunesse sur la tolérance décerné par l'UNESCO en 2002.
 C'est une nouvelle qu'on n'oublie pas, écrite avec des mots simples, réalistes, sur la prise de conscience politique d'un petit garçon qui joue au foot, qui entend l'inquiétude de ses parents et des autres adultes, qui ne comprend peut-être pas bien la situation mais qui en mesure la gravité des enjeux. Vous vous souviendrez de la dernière phrase : "Il va falloir acheter un jeu d'échecs, on sait jamais."
Un jour que Pedro joue au foot dans la rue avec son copain Daniel, le fils de l'épicier, des soldats arrivent et embarquent brutalement le père de Daniel. Pedro demande à Daniel pourquoi son père a été arrêté :

"- Mon papa il est de gauche, dit-il.
- Et ça veut dire quoi ?
- Qu'il est antifasciste.
Pedro avait déjà entendu ce mot le soir quand son père était près de la radio, mais il ne savait pas encore ce que ça voulait dire, et surtout il avait du mal à le prononcer. Le « f » et le « s » s'embrouillaient sur sa langue et ça faisait un bruit plein d'air et de salive quand il le disait.
- Ça veut dire quoi anti-fasciste ? demanda-t-il.
Son ami regarda la rue vide à présent et lui dit comme un secret
- C'est quand on veut que le pays soit libre. Que Pinochet s'en aille.
- Et c'est pour ça qu'on les met en prison ?
- Je crois."

Pedro se rend compte que ses parents sont rivés le soir aux nouvelles de la radio, qu'il leur arrive même de pleurer.
Un jour à l'école, un homme couvert de médailles militaires vient dans la classe demander aux enfants d'écrire une rédaction, et le gagnant recevra un beau prix. Le sujet de la rédaction : "Ma maison et ma famille", càd ce que font les enfants et les parents après l'école et le travail, les amis qui viennent, de quoi on parle ensemble...
Quelle terrible manipulation d'enfants...
Le petit Pedro réfléchit un peu, et se lance dans sa rédaction. Vous devez absolument lire ce petit texte pour découvrir la fin. NB : le texte en français est en ligne sur le site de l'Académie d'Aix-Marseille.


Couverture de Le cycliste de San CristobalLe cycliste de San Cristobal (El ciclista de San Cristobal) ***** 1980
Six nouvelles regroupées en 3 parties, l'une de ces nouvelles est la fameuse rédaction, voir ci-dessus. Les deux dernières nouvelles  qui traitent de l'exil d'un jeune homme à Paris ("Noces"), et à New York ("Au milieu des sables"), m'ont un peu moins touchée.
- "Du poisson" (les vieux) : J'ai bien aimé la nouvelle consacrée à la vieillesse, aux grands-parents d'un jeune garçon n'ayant plus toute leur tête et en lutte avec leur belle-fille qui règne à présent (et avec bonne volonté pourtant) sur la maisonnée. Mais les vieux ont du ressentiment, de la fierté, et la mémé décide d'empiler leurs possessions d'un autre âge sur le fauteuil roulant du pépé, et de partir loin, pour habiter en ville. Le garçonnet les accompagne un bout de chemin sous un soleil infernal jusqu'à ce que la mémé s'arrête acheter un énorme poisson (un congre...). Et comme si tout rentrait dans l'ordre de façon naturelle, l'équipée sauvage (fauteuil roulant encombré d'ustensiles, pépé ahuri, mémé contente de son beau poisson, gamin qui tient le poisson) s'en rentre à la maison donner le poisson à cuire à la mère. et celle-ci de s'exclamer gaiement sur ce beau repas en perspective.

- "Le coup de téléphone" : Une nouvelle où sourd le climat d'angoisse sous la dictature. un professeur âgé est interpellé devant le lycée et questionné par deux jeunes soldats. Il a beau dire qu'il a déjà été arrêté il y a un mois et relâché... les deux soldats s'amusent à le retenir et à le voir transpirer et prendre peur. Finalement, ils l'abandonnent-là, et lui va se réfugier dans un café, il doit passer un coup de téléphone... Son instinct heureusement lui conseillera de ne pas passer ce coup de fil. il est toujours surveillé.

- "Le cycliste de San Cristobal" : Un très joli récit, plein d'énergie et poignant à la fois. Un jeune garçon doit participer à une compétition cycliste alors que sa maman est au plus mal, veillée par le papa. Le garçon manque de renoncer à la course, anxieux pour la santé de sa mère. Il n'a pas le coeur du tout à faire les derniers entrainements, et ne dort pas de la nuit.
"Alors je me suis empli le visage de cette main-là, j'ai giflé la sueur et fait voler la trouille ; ris, imbécile, je me suis dit, ris, moitié d'homme, éclate de rire ;... que je gagne cette course... que je pourrais... Contre mon père, contre mes copains du lycée et mes profs... contre mes propres os, contre ma mort et celle de ma mère, contre le président de la République, contre la Russie et les Etats-Unis, contre les abeilles, les poissons, les oiseaux, le pollen des fleurs... contre la galaxie..." Sauve qui peut de la folie du monde, de la tristesse de l'exil, de l'ennui de la famille. "Le guidon s'est envolé comme une tête d'oiseau, aigu contre le ciel, et les rayons des roues ont brisé le soleil en mille morceaux et les ont jetés aux quatre vents..."
(Ed. Points/Virgule, Trad. Laure Bataillon)

Couverture : T'es pas mort !Antonio SKARMETA - T'es pas mort (No paso nada) ***** 1980
Réf pays : Chili/France & Allemagne
Un joli roman sur l'exil et l'intégration dans un nouveau pays.
Lucas a 14 ans quand sa famille fuit la dictature chilienne et s'installe à Paris. Première difficulté : apprendre le français. Deuxième écueil : trouver un peu de soleil pour se réchauffer dans ce pays froid, mais là ça va à peu près : Lucas est le meilleur "preneur de soleil du monde". Autre difficulté : manger correctement. D'ailleurs, comment se fait-il que la France dite pays de la gastronomie ne connaisse pas quelque chose d'aussi délicieux que les enchiladas ? Et puis il faut s'habituer à vivre dans un petit appartement froid, avec les parents sans travail et toujours inquiets.
Et l'école : on l'a vite baptisé "le Chilien"... Heureusement, Lucas va s'adapter assez rapidement, il est jeune comme les jeunes, écoute la musique à la mode, a une copine... et deux super copains, Homère et Socrate, qui rentreront en Grèce à la fin de la dictature grecque. Ah s'il avait des sous, il les rejoindrait !

Parallèlement, nous suivons les efforts du père de Lucas pour apprendre le français, sans grands résultats. Et les parents puisent leur énergie dans la petite communauté exilée, à coller des affiches et manifester contre la dictature qui accable leur pays, le pays où ils rêvent de retourner rapidement. Pendant ce temps, leurs deux garçons s'adaptent, Lucas rencontre Edith...

La deuxième partie de ce petit roman se concentre sur une bêtise de Lucas, qui s'est battu et a envoyé un garçon à l'hôpital... Le frangin du blessé, "un grand", n'aura de cesse de venger son frère et de ficher une trouille telle à Lucas, que celui-ci ne vit plus que dans la peur. Jusqu'au règlement de comptes entre les deux garçons, match nul, respect, début d'une amitié.
(Ed. Points/Virgule, Trad. Laure Bataillon, 90 p.)
Nota Bene : Sur le site web de l'auteur, le roman  "No paso nada" ("T'es pas mort") est présenté comme se déroulant en Allemagne et non en France. Antonio Skarmeta en effet a longtemps vécu en Allemagne, où il fut ambassadeur du Chili à Berlin de 2000 à 2003.
Découvrir des textes d'Antonio Skarmeta, notamment sur le Berlin qui l'a accueilli au moment de l'exil : http://www.clubcultura.com/clubliteratura/clubescritores/skarmeta/obra_textos04.htm

Retrouvez la page Lectures d'Amérique latine sur ce blog

dimanche 27 mai 2012

De l'art contemporain dans la cité : Street art'ifice 2012

Sur la grille du musée
dans le centre-ville
(recyclez vos gants de travail!)
Le coq croque l'artiste à la médiathèque
La ville de Montgeron a organisé  une belle expo "art'ifice" avec des oeuvres d'artistes contemporains et des réalisations collectives des écoles et centres aérés, exposés dans différents lieux de la ville et même dans la rue.
Street art
!
Super : la ville est art !

C'est en roulant en voiture dans l'avenue principale, sous un crachin déplaisant, que mon regard a été happé par cette grosse araignée rose pétant, puis ces gants de toutes les couleurs accrochés aux grilles, les tableaux, et les mains géantes... Quelle oasis de gaité sous ce temps pluvieux et froid d'un mauvais printemps.
Puits de lumière et Miss "plénitude"
dans le hall de la médiathèque :
MAGNIFIQUE !!!


Quelque jours plus tard, c'est, dans le hall de la médiathèque, cette sublime poupée géante au large sourire et aux yeux rieurs qui nous accueille; sa robe colorée lui va comme un gant, sa paire d'ailes aussi : elle me fait penser à une Miss Plénitude.
Et derrière elle, un "puits de lumière" suspendu, réalisé par les enfants des écoles sur des papiers transparents, peints gaiement, créant des jeux de lumière comme les vitraux colorés des cathédrales. Très beau.

Message de l'association partenaire de l'expo :
"L’art contemporain à pleines mains ?



C’est quoi encore ce défouloir, ce dépotoir ?
Déjà qu’il a fallu accepter Monet : Peindre des dindons à Montgeron, a-t-on idée !
Mais nous n’irons pas plus loin, nous ne nous laisserons pas polluer.
Buren et sa toile à matelas, pas la peine !
Basquiat graffiti, n’importe quoi.
Yves Klein trempé dans du bleu, c’est enfantin
Niki de Saint Phalle, qu’elle se fasse la malle
Louise Bourgeois, une araignée, de quoi, de quoi ?
Arman, et ses tubes de peinture, on en fait autant.
Villeglé, papiers lacérés, sont complètement givrés !
Et ce tas de gants pour nous conduire jusqu’à “l’arbre musical ”, Imaginé pour se débarrasser de tuyaux peinturlurés !


Avec de la récup, de la simple récup, on prétend faire de la musique. On aura tout vu, tout entendu.
Ras la casquette ! Nous appelons le public à manifester.
Nous voulons des paysages solitaires
Avec un cerf et des biches fiers et gracieux,
Des jolis couchers de soleil, des clairs de lune romantiques ou encore des nudités coquines.
Ça au moins, ça se comprend. (...)"
(voir : www.assoartmontgeron.com)

Très bel effet et belle idée : peinture sur gros rideaux de plastique

Sur les grilles : des mains, une araignée rose
un tableau style Basqui
at...
Ah si j'avais eu 6 ou 8 ans à nouveau : j'aurais adoooooré participer avec la classe à une telle expo. Bravo les artistes grands et petits qui ont transformé la ville en un petit Beaubourg !

En savoir plus : découvrir le dossier de l'expo et connaître les artistes qui ont participé à cette exposition si réussie...





vendredi 25 mai 2012

Street Art : mon premier Space Invader !

Depuis 1996 que l'artiste fantôme colle ses Invaders en mosaïque sur les murs de Paris , il était temps que j'en découvre un !

Celui-ci se trouve près de Beaubourg, à l'angle des rues Rambuteau et Saint-Martin. Et il y aurait même un Space Invader sur le centre Pompidou (pas vu ! mais ce n'est que partie remise).

Il y aurait 1000 mosaïques Invaders dans la capitale, et 3000 en tout dans le monde (dont Tokyo, Istanbul, Ljubljana, Los Angeles).

Le phénomène a même fait l'objet d'une page de reportage dans "Elle" !

mardi 22 mai 2012

Métro, Tram, Décor, Couleurs, Vieille Ville, Zarbi : Lisbonne !

(métro, Lisbonne 2005)
(Tram, Lisbonne 2005)
Décors et couleurs en folie !  Les publicitaires s'amusent à ... Lisbonne.

lundi 21 mai 2012

Le silène, fleur des champs, s'épanouit au jardin

Le silène est en fleur.
Il s'agit dans le jardin du silène latifolia "compagnon blanc" que l'on trouve sur les chemins de rocailles, au bord des champs, et que je laisse s'épanouir à son aise dans le jardin. Y pousse aussi un autre silène, plus "miniature" (cf. photo du bas).

A noter que la coquelourde des jardins (silene coronaria) appartient au même genre "silène", mes coquelourdes ne sont pas encore en fleurs, mais leurs pieds me paraissent prometteurs.

Silène fané
(Ah le plaisir d'éclater la capsule !)
Il existe aussi en France le silène enflé (ou silène commun, ou silène vulgaris), "communément appelé "pétard" au Québec puisqu’il est amusant de le faire éclater en pinçant son orifice, pour emprisonner l'air, avant de le frapper brusquement sur le dos de l'autre main.
Blanche araignée (crabe) sur silène blanc

Pour la même raison, on l'appelle usuellement "pétarel" dans tout le sud de la France, ou cette salade est très régulièrement consommée au printemps, avant qu'elle ne fleurisse."

Ci-contre, une harmonie de blancs : araignée blanche sur blanc silène... (Cette petite araignée est une araignée crabe "misumena vatia" appelée ainsi en raison de la forme de ses pattes qui lui servent à capturer ses proies)

Le nom du genre est certainement lié au personnage de Silène, père adoptif et précepteur de Dionysos, toujours représenté avec un ventre enflé semblable aux calices de nombreuses espèces. (source : Wikipedia)

A noter : Le Silene nutans est localement menacé par l'anthropisation des paysages : l'urbanisation et la disparition des chemins ruraux, des sentiers pierreux, des zones herbeuses ou des fourrés au bord desquels le silène se plait à pousser.

Fut un temps où moi-même je considérais cette fleur comme une vilaine herbe, et lui réservais donc un vilain sort (shame on me)... avant de réaliser qu'elle était belle, solide, rustique et naturelle !
Chaque fin d'été, j'éclate les capsules et disperse les graines. Les silènes du jardin se marient particulièrement bien avec les grandes achillées ou le fenouil vaporeux, qui lui servent aussi de tuteur car c'est une fleur à très longue tige, qui finit souvent à terre au moindre coup de vent. (Gare cependant aux colonies de pucerons...)
  • Retrouvez toutes mes chroniques JARDIN sur ce blog



dimanche 20 mai 2012

L'araignée qui habite dans une pince à linge au jardin

Une araignée a élu domicile dans une pince à linge, sur la corde à linge : pas pratique pour accrocher le linge... mais on fait attention à elle !
Elle a tissé une belle toile géométrique. Et elle se pelotonne dans une des cavités de la pince à linge, devant ou au milieu, à sa guise. C'est sa pince maintenant.

Elle s'est ensuite occupée à tricoter un petit cocon (planche de droite): je ne pense pas qu'elle ait capturé un insecte et l'emprisonne ainsi pour le déguster à loisir, je crois plutôt qu'il s'agit d'un cocon pour la progéniture...
Mais... suis loin d'être une spécialiste, même si le déplaisir à regarder ces arachnides (qui ne sont pas des insectes !) est un lointain souvenir.
Depuis l'expo visitée en famille au muséum d'histoire naturelle, nous portons un autre regard sur les araignées. 

Regardez la page "ARACHNOPHILIE" du blog...
Retrouvez tous mes billets/photos sur les araignées en cliquant ICI...

samedi 19 mai 2012

Ancolie jolie : la star du moment au jardin


Qu'elles sont belles cette année ! Immenses, colorées, gracieuses...
Est-ce parce que je les ai choyées l'automne dernier, en recueillant chaque éclat dans le gravier, et en les replantant soigneusement ?
Et j'avais même dressé un rempart de coquilles d'huîtres contre les escargots, leurs redoutables prédateurs...
Je n'ai en tout cas jamais vu d'aussi belles ancolies qu'en ce printemps 2012.

Ces fleurs élégantes, dressées sur une longue hampe (je les accroche à un petit tuteur pour orchidée), auraient pour étymologie le mot aquila : aigle en latin, car leurs fleurs portent des cornets qui ressemblent aux serres de ce rapace.
Vague de pucerons sur l'ancolie

Le mot a évolué en "ancolie" eu égard au port de tête plongeant de ses fleurs.
Une fleur mélancolique, que le photographe a bien du mal à photographier de face puisque la belle penche toujours la tête. Cette jolie fleur ne vous fait-elle pas penser à une certaine princesse anglaise ?

Nb : en anglais, on les appelle European columbines, en espagnol : pajarillas.

En revanche, c'est en regardant les photos que j'ai remarqué que les fleurs étaient pleines de pucerons : voir la photo ci-contre...
Je vais regarder ça de plus près en espérant que toutes les coccinelles hébergées cet hiver au jardin vont me débarrasser rapidement de ces indésirables...

jeudi 17 mai 2012

Mia Couto : "La véranda au frangipanier" (Mozambique)

(Piekfrosch/All.Wikipedia)
***** 1986
Réf pays : Mozambique
Type : Roman/Conte sur la guerre, la vieillesse, l'héritage oublié des anciens, les traditions perdues, la vie et la mort, et la sagesse du pangolin...

Un roman empreint de poésie, de philosophie, écrit d'une écriture vivante et novatrice, que l'on se plaît à relire aussitôt pour en apprécier encore davantage les subtilités.
En arrière-fond, les séquelles et souvenirs de l'histoire du Mozambique, la guerre d'indépendance (1964/74, indépendance en 1975), et la guerre civile (1976/1992) qui fit 900.000 morts.

Coïncidences en lisant le roman / à propos du PANGOLIN et des chenilles:
  • J'ai lu il y a quelques jours que les douaniers de Roissy avaient saisi 52 kilos d'écailles de pangolin. Je me suis demandé ce qu'était que le pangolin...
    C'est un petit fourmilier couvert d'écailles, sauf sur le ventre, et menacé de disparition en raison du trafic dont il fait l'objet, pour les soit-disant vertus aphrodisiaques de ses écailles. Les saisies opérées sont souvent à destination de l'Asie, des Philippines notamment, et les écailles sont dissimulées dans des sacs de croquettes pour chiens, ou de céréales petit-déjeuner...
    Et dans le livre de Mia Couto, nous apprenons que le pangolin "s'enroule sur lui-même afin de dissimuler son ventre où il n'a pas d'écailles. Il ne se déroule qu'à la nuit, protégé par le noir".
Chenille de mon jardin  (vilaine !)
  • Les chenilles / matumanas : Mia Couto écrit que les troncs des arbres (en l'occurrence notre fameux frangipanier) après fortes pluies se couvrent de chenilles, dont les vieillards de l'asile se régalent ! le suc de ces chenilles leur procurant même des sensations proches des hallucinogènes.
    Or c'est ma deuxième coïncidence en lisant ce livre : mes conifères ont été il y a peu envahis de chenilles, je n'avais jamais vu ça ! (mais c'étaient des chenilles processionnaires du pin, je les ai vite empêchées de ruiner mon jardin... sans les manger !).


Citation en début d'ouvrage :
"Le Mozambique : cette immense véranda sur l'océan indien
(Eduardo Lourenço, lors de ses adieux au départ de Maputo, 1995)"


LE ROMAN :
Un frangipanier occupe la véranda d'une ancienne forteresse coloniale, devenue après l'indépendance un asile pour vieillards.
Fleur de frangipanier (Guadeloupe)
Un homme est enterré au pied de l'arbre : c'est Ermelindo, qui fulmine de n'avoir pas eu droit aux funérailles rituelles, et qui tempête plus encore quand son compagnon le pangolin (halakavuma) lui apprend qu'il va être déterré pour des funérailles de héros national ! Lui qui n'a jamais eu rien d'un héros. Ah non ! Plutôt mourir ! Pardon, Ermelindo l'est déjà...
Le pangolin lui suggère de se réincarner temporairement dans un vivant qui soit au seuil de la mort... Ce sera donc dans la peau d'Izidine, un inspecteur de police...

En effet, Izidine a débarqué dans la forteresse pour enquêter sur la mort du directeur de l'asile, le vile mulâtre Vasto Excelêncio.
Le policier essaie de commencer ses interrogatoires auprès des personnes vivant sur place (mais des presque morts !): Navaïa Caetano l'enfant-vieux, Domingo Mourao le vieux Portugais, Nhonhoso le vieux noir qui titille Domingo le vieux blanc,  Man Nenni la sorcière, Marta Gimo l'infirmière... Chacun déclare avoir commis le meurtre, pour ses raisons propres...

- "Le coupable que vous cherchez, cher Izidine, n'est pas quelqu'un. C'est la guerre. C'est la guerre la coupable de toutes les fautes. C'est elle qui a tué Vasto. C'est elle qui a déchiré ce monde où les gens âgés avaient jadis lustre et légitimité. Ces vieillards qui pourrissent ici, avant le conflit on les entourait. Il y avait un monde qui les aimait, les familles se mettaient en peine pour les vieux. Après, la violence a entraîné d'autres urgences. Et les vieillards ont été expulsés, hors du monde, hors de nous-mêmes."

Ce roman traite des ravages de la guerre, la guerre d'indépendance, la guerre civile, toutes les guerres. Les populations après ces excès de violence ont perdu leurs repères d'humanité. Les petits vieux du roman de Mia Couto, isolés dans leur asile, "sont les gardiens du temple".
L'arrivée du policier les perturbe, mais finalement au fil de leurs récits, de leurs confessions, de leurs élucubrations aussi, la réalité point. Et le policier, humain, compréhensif (interpellé aussi par les écailles de pangolin qu'il ne cesse de découvrir dans ses affaires), qui devait être éliminé par les forces adverses (les trafiquants d'armes d'après-guerre) sera sauvé grâce à l'intervention des éléments de la nature (un orage formidable qui foudroiera l'hélicoptère ennemi), des croyances (le serpent des orages), et de l'amitié d'Ermelindo, le mort qui l'habite temporairement.
(Ed. 10/18, 205 p., trad. Maryvonne Lapouge-Pettorelli)

Extraits choisis:

Le vieux portugais :
- "Tout a toujours eu lieu ici, sur cette véranda, et sous cet arbre, le frangipanier. Ma vie s'est enivrée du parfum de ses fleurs blanches au coeur jaune. (...) c'est qu'ici, dans votre pays, il est le seul qui perde ses feuilles.  De tous les arbres le frangipanier est le seul qui se dénude, il fait comme si allait survenir un Hiver."
- "Aujourd'hui je sais: l'Afrique nous vole notre être. et elle nous vide a contrario: en nous remplissant d'âme."
- " Je vous le dis avec tristesse: le Mozambique que j'ai aimé se meurt. il ne reviendra jamais. il me reste seulement ce tout petit espace où je me tiens à l'ombre de l'océan. Ma nation est une véranda."

L'infirmière :
- "Regardez ces vieillards, inspecteur, ils vont tous mourir. - Cela fait partie de notre destin à tous - Mais il ne s'agit pas que de cela, vous comprenez ? Ces vieillards ne sont pas que seulement des gens. - Que sont-ils alors ? - Ils sont les gardiens d'un monde. Et c'est tout ce monde-là qui se meurt."
(...) Ces vieillards sont le passé que vous refoulez au fond de votre tête. Ces vieillards vous font vous souvenir d'où vous venez...

Nhonhoso au vieux Domingo:
- " Toi Blanc, tu me feras toujours rire. Tu es une bonne personne. - C'est là que tu te trompes, Nhonhoso: je ne suis pas bon. Ce que je suis, c'est ralenti dans les méchancetés."


Bio express de l'auteur :
Mia Couto est né au Mozambique en 1955, de parents portugais ayant émigré au milieu du 20e siècle. Il a débuté sa carrière comme poète et journaliste, et dirigea l'Agence d'Information nationale. Par la suite, il décida de reprendre les études de biologie qu'il avait abandonnées, et travaille actuellement, comme biologiste dans le Parc Transfrontalier du Limpopo (grande réserve naturelle à la frontière avec l'Afrique du Sud).

Voir sur ce blog :    Mia Couto : "La pluie ébahie" -  Lectures d'Afrique

Arlette Cousture : "Ces enfants d'ailleurs" (Québec/Pologne)

Ces enfants d'ailleurs par Cousture ***** 1992
Réf. géographique : Canada / Québec / Manitoba / Pologne / R-U
Genre : Saga de l'exil depuis la guerre en Pologne vers l'espoir au Canada

Un roman de 565 pages, au style classique, qui se lit aisément, agréablement, et qui nous plonge au coeur de la Pologne durant la deuxième guerre mondiale, et du Canada des années 50.
L'auteur, Arlette Cousture, québécoise, explique avoir choisi une famille polonaise parce que la Pologne est francophile, et l'immigration polonaise est importante au Canada.

J'ai de fait beaucoup apprécié dans cette lecture de vivre la description des années polonaises précédant la guerre, d'une famille soudée, aimante, cultivée, artiste, humaniste. Et de les accompagner avec un oeil de plus en plus compatissant dans un quotidien terrible partagé par les Cracoviens pendant la seconde guerre mondiale.
L'ouvrage est très bien documenté, et les références historiques émaillent le récit sans trop l'alourdir.
L'exil vers le Canada est tout aussi richement détaillé, et l'on découvre en même temps que les personnages, ce Canada des années 40 et 50, la campagne manitobaine d'une part et la ville de Montréal d'autre part, sans que la question des langues qui distinguent les deux provinces ne soit d'ailleurs vraiment abordée dans ce roman.
J'ignorais tout des grandes inondations au Manitoba en 1950, de l'évacuation des populations et des retours douloureux dans leurs fermes ou maisons dévastées. Puis une invasion de sauterelles qui décima complètement toutes les cultures. La solidarité est mise à l'épreuve.
Le roman met aussi l'accent sur les "néo-Canadiens" (terme qu'utilise Arlette Cousture) issus de la précédente vague d'immigration lors de la première guerre mondiale : des Polonais qui ont francisé leur nom comme l'épicier Vavrow/Favreau, ont totalement adopté leur nouvelle terre d'accueil, mais gardent le souvenir de leurs racines et entretiennent un réseau de solidarité pour faciliter l'arrivée des nouveaux immigrants.

Le roman :
La première partie du roman nous décrit la vie d'une famille polonaise cultivée de Cracovie, le père est professeur à l'université, la mère musicienne, et les quatre enfants Jerzy, Elisabeth, Jan, et bébé Adam, jouent aussi merveilleusement bien du violon. La famille termine souvent la soirée par un petit récital, la musique les transporte et les soude. On a plaisir à partager ces moments d'une autre époque, d'un raffinement certain. Pourquoi cela m'a-t-il fait penser aux récits de la Comtesse de Ségur, pourtant d'une autre époque ? (Mon enfance s'est rassasiée de ces récits, je dévorais les "Comtesse de Ségur" en bibliothèque rouge et or !).

Puis survient la guerre, mais avant cela, la montée du national-socialisme en Allemagne, l'épisode si marquant pour le papa professeur d'université des autodafés allemands de 1933 : des milliers de livres brûlés car jugés hérétiques, dérangeants, non conformes à la pensée du national-socialisme aryen (par exemple : Brecht, Freud, Döblin, Einstein, Hasek, Kafka, H. et K. Mann, Marx, Musil, E-M Remarque, J. Roth, A. Schnitzler, S. Zweig, A. Gide, M. Proust, R. Rolland, H. Barbusse, E. Hemingway, U. Sinclair, J. London, J. Dos Passos, M. Gorki, I. Babel, Lenine, Trotsky, Maïakovski ...source : wikipedia).


Les personnages :
- Jerzy 17 ans s'engage, et rejoint l'Italie sous les ordres d'un commandement britannique, et bientôt faute de nouvelles, on le croira mort. Jerzy a été grièvement blessé au Monte Cassini, puis rapatrié sur Londres...
- Elisabeth et Jan, âgés d'une dizaine d'années, ne comprennent que par à-coups la menace de la guerre, mais l'arrestation de leur père, les restrictions, la faim, le froid les confrontent à une dure réalité. Jan cache dans ses chaussures des bouts de charbon ramassés dans la rue, et rentre les pieds en sang. Quasiment rien à manger à la maison. Pour ses 13 ans, Elisabeth se prend à rêver d'un bon repas (l'an passé, elle avait eu droit à une pomme ratatinée pour son anniversaire) et d'une belle robe...
- Le papa, arrêté lors d'une rafle à l'université, est libéré mais à présent sans illusions quant à l'avenir. Il est devenu un être triste et sans ressort aux yeux de qui le côtoie, mais en son for intérieur, il reste un Polonais patriote. Patiemment il retranscrit sous le manteau, devant l'ennemi, les cartes de la Pologne d'avant l'invasion, dans le but d'éclairer les jeunes et entretenir le patrimoine historique.
- Zofia, la maman, est tellement occupée : musicienne, elle donne des cours de violon pour gagner sa vie, en accordant à chaque élève une attention particulière. Maman de 3 enfants, à 40 ans, en pleine menace de guerre, puis pendant rationnements et arrangements difficiles de la vie quotidienne, elle tombe enceinte d'un quatrième, Adam.
- Adam, joyeux bambin, est partout ! Il est fripon, dégourdi, expressif, et si bien pris en charge par Elisabeth et Jan.


L'horreur de la guerre :
Cet équilibre familial maintenu autour des petits concerts, des arrangements avec un cultivateur pour quelques viandes et légumes, la concierge pour les visites, les leçons de violon etc. se trouve fragilisé par la réquisition soudaine d'une partie de l'appartement pour un officier allemand, Herr Schneider.
Personnage à la fois inquiétant et sympathique, qui se joint aux récitals en accompagnant la famille avec sa flûte, dont il joue excellemment. Mais quelle idée d'offrir au petit Adam un mini uniforme allemand... Et que signifie cette séquence des photos... Et je ne suis pas sûre d'avoir compris son véritable rôle dans la tragédie qui guette la famille : est-ce lui qui les a dénoncés ? Est-ce par remords qu'il leur conseille de quitter immédiatement la ville ?
Mais il est trop tard, les soldats allemands investissent l'appartement et massacrent le père, la mère et le petit Adam. Elisabeth et Jan avaient eu le temps de s'enfuir. Et commencent pour ces deux adolescents une longue marche à travers les Carpates, la peur au ventre, la faim qui les ronge, mais leurs violons toujours avec eux, ponctuée par une rencontre avec un autre jeune Polonais en fuite aussi, Marek. Marek et Elisabeth ont à peine le temps de tomber en amour, que le jeune homme meurt tragiquement, en sautant sur une mine alors qu'il cueillait des fraises pour Elisabeth.
Douleur incommensurable, la jeune fille devient mutique, son frère craint pour sa santé mentale et physique. Heureusement, il se rappelle le prêtre canadien ami de leur père qui leur avait rendu visite, aux jours heureux. Et, le frère et la soeur recueillis dans un camp de réfugiés, demandent à rejoindre le Père Villeneuve. Une nouvelle vie va commencer pour eux.


Le Canada :
Au Canada, Elisabeth est accueillie par une famille sympathique où elle peut poursuivre sa formation musicale et donner des cours de violon. Jan, confié à un fermier sadique, est maltraité, affamé. Son entêtement à demeurer chez ce fermier alors que le père Villeneuve pourrait le changer de point de chute, est surprenant (expliquez-nous, Madame Cousture !).

Parallèlement, le lecteur suit le chemin de Jerzy, soldat démobilisé mais claudiquant, orphelin puisqu'il a appris le massacre de sa famille et pense tout le monde mort, et qui entame lui aussi son exil vers le Canada, muni du violon de sa soeur. Jerzy tombe rapidement sous le charme d'une manitobaine d'origine polonaise, dont le père est fermier. Et dans cette petite communauté d'immigrés polonais, le père Villeneuve aura tôt fait de réunir les trois frères et soeurs.

J'ai un peu moins apprécié la suite du roman, car une fois la famille réunie, tous habitant dans la maison de Jerzy, Arlette Cousture a choisi de mettre en avant des dissensions fortes entre les deux frères. ces deux-là vont se chicaner sur tout et rien, pour finalement se fâcher et rompre toute relation.
Après tout ce qu'a vécu chacun de ces adolescents/jeunes adultes maintenant, leur survie, la séparation familiale, j'ai trouvé que jouer la carte de la dissension était "surfait" de la part de l'auteur, et peu crédible. Toujours est-il que Jan part s'installer à Montréal chez M. Favreau l'épicier "néo-canadien" de la première vague. Et que, ô surprise aussi, Elisabeth pourtant sur le point de se fiancer au Manitoba, décide de suivre son frère à Montréal... Là encore, j'ai eu du mal à suivre le scénario de l'auteur. Ou bien la relation entre Elisabeth et Jan est-elle devenue fusionnelle au point que le frère et la soeur ne peuvent plus se séparer, quitte à abandonner l'autre frère, Jerzy ?

Je vous laisse découvrir la fin du roman. Qui reste un bon roman, même si les choix de l'auteur quant à l'évolution de ses personnages m'ont semblé parfois insolites...

à Voir mes "Lectures d'Amérique du Nord" ou les pages plus spécifiques "Québec" et ma chronique d'un autre roman d'Arlette Cousture : Tout là-bas *** (qui inspira le "feelgood" film La Grande Sédurtion…)

mardi 15 mai 2012

Titi zarbi, titi parisien

Dans le RER, le regard qui erre et balaie sans attention la rame d'en face, les voies... Une chose jaune insolite.

Vision fugace d'un Titi ...
... un doudou lâché de la fenêtre par un enfant ?

Le Titi sera certainement récupéré par les agents pendant l'interruption nocturne du trafic.

Quand même pas tous les jours que je vois un Titi dans le RER parisien.
C'était un titi parisien, donc.

dimanche 13 mai 2012

Le Cri de Munch : vente record aux enchères


Dessin d'école de l'un de mes enfants
Une des quatre versions du Cri de Munch a été adjugée à New York à près de 120 M$ (91,29 M€).

"Ce chef d’œuvre d’Edvard Munch (1863-1944) symbolise le cri existentiel, universel et intemporel d’un homme. Un cri dans lequel toutes les tragédies humaines peuvent se refléter : de la crise d’angoisse personnelle jusqu’à la guerre ou une éventuelle catastrophe climatique à venir…"

"Dans son journal, Munch avait écrit le 22 janvier 1892 :

Je me promenais sur un sentier avec deux amis - le soleil se couchait - tout d'un coup le ciel devint rouge sang, je m'arrêtai, fatigué, et m'appuyai sur une clôture - il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu noir et la ville - mes amis ont continué à marcher, et je suis resté là tremblant d'anxiété - et j'ai entendu un cri infini déchirer la Nature."
(d'après RFI.fr )


Cet hiver, nous étions allés au centre Pompidou en famille.
Je fus seule à aller voir l'expo de Munch. Quelle exposition !...
Il s'agissait de ses oeuvres de la période moderne,"post-Cri", dont nombre de photos.

Je ne connaissais guère Munch avant cette rencontre au musée.
Belle découverte, inoubliable à présent.

Regardez mon billet du 20 mars dernier : Du Edvard Munch fait maison

Le Cri en littérature... Ma vision du roman de Michel Tremblay : L'homme qui entendait siffler une bouilloire (cliquez)

Lien vers son oeuvre :

- l'excellent Dossier pédagogique réalisé pour l'Exposition 2011/2012 au centre Pompidou : Edvard Munch, L'oeil moderne 1900-1944

mardi 8 mai 2012

Le zarbi : Au-delà des apparences...

Que voyez-vous ?

Bien sûr...
Une belle araignée, installée au coeur d'une tulipe fanée...

Regardez-y de plus près, ajustez vos lunettes : point d'arachnide ici !

il s'agit d'une fleur fanée du prunus voisin, tombée dans la tulipe, et mimant vraiment une araignée (j'y ai cru moi aussi quelques secondes... mais la bestiole ne se sauvant pas, j'y ai regardé à deux fois!). L'habit ne fait pas le moine.

Petits trouillards ! Le jardin regorge de faux-semblants !

Cela me rappelle qu'après la tempête de 1999, j'avais vu pendre au-dessus de la route un écureuil électrifié sur un câble EDF. Je l'ai incidemment mentionné à l'agent EDF qui vint ensuite relever les compteurs, et celui-ci de me rassurer que la compagnie se devait de retirer la dépouille de l'animal, et de noter la route pour s'y rendre...
Mon mari et moi reprenant aussi cette route, je lui montre la dépouille qui pendouillait tristement au-dessus de la route... Que nenni, qu'il a ri mon mari : c'était une branche d'arbre imitant parfaitement une silhouette d'écureuil, qui avait atterri sur le câble suite à la tempête... No comment !

Rendez-vous mardi 16 mai 2012 pour le prochain Zarbi !

dimanche 6 mai 2012

Sous les pavés, la plage : Expo "Tube Safari" Métro Concorde !

Une expo éphémère de photos "Tube Safari" dans le couloir du métro Concorde, repérée dans un journal gratuit du métro :

Coïncidence, je me rendais à Paris précisément station Concorde le lendemain, comme quoi le hasard fait bien les choses !
La RATP a permis à l'artiste Ariane Michel d'exposer ses photos géantes dans les cadres publicitaires du métro.
De fait, quel bienfaisant dépaysement en arpentant les couloirs souvent grisouillatres du métro...








Cette artiste avait eu comme un flash en regardant les pubs dans le métro : des bouts d'affiche représentaient à eux seuls des visions idylliques, des paysages grisants, un dépaysement fabuleux... Alors Ariane a photographié uniquement ces extraits d'affiches, recadrés, qui sont devenus à eux seuls des morceaux d'évasion et de rêve, de nonchalance: bruit du ressac des vagues sur la plage, ondulation des palmiers, chatoiement des lumières sur la montagne, mouvement léger et apaisant des nuages...

NB : si je n'avais pas connu malgré moi un tel changement dans la vie de tous les jours, je n'aurais certainement pas eu la connaissance, l'opportunité, la disponibilité ou l'envie d'aller admirer ces affiches.
Tant de gens pressés couraient dans le couloir sans pouvoir prêter attention aux photos d'Ariane, ils me jetaient un regard surpris alors que j'essayais de prendre des vues entre deux foules de voyageurs, et se retournaient alors sur l'affiche, et s'arrêtaient un "bout" de seconde, surpris, pour regarder ce que je visais dans mon appareil photo.

Les gens du métro sont tellement souvent pressés.

Moi de même... comme cette femme capturée le temps d'un éclair (à gauche) lors de sa course effrénée vers je ne sais où...

Tout le monde se dépêche dans le métro, je n'ai jamais vu les gens rêvasser ou déambuler sereinement dans le métro ou le RER, ou alors ce n'était pas la bonne heure ! ...

Super expo. Merci Ariane et la RATP. Si vous l'avez manquée, allez voir le site de l'artiste Ariane Michel ...


samedi 5 mai 2012

Jardin : Avis de décès Cactus, Avocatiers, Callistémon, Lavande

Avis de décès définitif après cet hiver pour :
- le cactus cierge géant que j'avais osé planter en pleine terre à l'automne dernier puisque mon fiston s'était plaint qu'il piquait trop dans la maison... Pourtant, comme je l'avais bien emmailloté !
Cela dit, le cactus mort a l'air de plaire aux squatteurs du jardin : voir la photo des deux chameaux confortablement nichés sur la carcasse ! et le gendarme !
Escargots squattant
 la dépouille du cactus
 
Gendarme heureux
sur feu le cactus
Notre beau cactus cierge : Avant/Après













- décédés aussi : les 2 bébés avocatiers (issus du simple enterrage des noyaux), mais je m'en vais tenter une opération de la dernière chance "avocado revival" : je vais couper la partie aérienne de la tige et peut-être que le noyau émettra une nouvelle tige ?? Vous tiendrai au courant ! En tout cas, cela ne coûte rien d'essayer.
- hélas trois fois hélas, mon superbe callistémon ("l'arbre à goupillons") est plus grillé qu'un toast (par le froid, s'entend...)
- une lavande sur tige n'a pas passé l'hiver non plus (mais sa consoeur est en forme, ouf !)

En très piteux état :
- les deux lauriers (un rose, un rouge)
- j'aurais rajouté le petit figuier, mais son unique petit bourgeon grossit, et je le couve !

Petits travaux d'entretien :
- Les tulipes et jacinthes ayant fané, j'ai coupé les hampes florales, en ne touchant pas aux feuilles : en effet, la plante se nourrit par les feuilles, il faut laisser ces dernières jaunir avant de couper pour obtenir à nouveau une belle plante l'an prochain. Cela fait un intermède un peu miséreux dans les plates-bandes, mais il faut ce qu'il faut si l'on ne veut pas racheter des bulbes !
- Les branches ou tiges mortes ont été coupées : les plantes ou arbustes sont toilettés après leur sortie de l'hiver.
- Confrontation avec des hordes de chenilles processionnaires du pin : ça gesticulait de partout sur les pauvres branches, à moitié nues ("désépinées !) et devenues oranges. Et cela aussi bien sur le valeureux pin de 2,5 m de haut que sur le conifère bas... Ni une ni deux, j'ai dû sortir l'arme fatale et mettre une giclée à ces sauvages de ravageurs... Et dire que ces chenilles auparavant sévissaient principalement au sud de la France, à présent elles remontent jusqu'au nord... A suivre...

A venir : un billet sur le grand vent de nouveautés qui a quand même agréablement soufflé sur le jardin !

Michel Tremblay : "L'homme qui entendait siffler une bouilloire" (Québec)

***** 2001 - Réf. géographique: Canada/Québec
Genre : Combat du tonnerre de Dieu contre un acouphène

Ce livre de Michel Tremblay se lit d'une traite.
Le titre semble farfelu, mais reflète la terrible souffrance de cet homme qui entend en permanence siffler une bouilloire dans sa tête. Il s'agit de Simon, célèbre réalisateur, personnage principal du roman, mais il s'agit aussi de Michel, l'auteur du roman.

Michel Tremblay, célèbre écrivain québécois, raconte dans ce petit livre son histoire personnelle, sa rencontre soudaine, en 1986, avec l'acouphène, la bouilloire stridente qui lui hurlait sans discontinuer dans l'oreille gauche. Mais, en réalité, cela n'avait rien de soudain... le malaise existait, latent, des signaux d'alerte que l'homme n'a pas souhaité "voir en face", et le personnage de Simon, pareillement, tergiverse, procrastine, s'apitoie, essaie de mettre son malaise sur une voie de garage pour continuer le tournage de son film... Mais la bouilloire le rend fou...

Michel Tremblay s'est donc fait opérer en 1998, après avoir supporté pendant 12 ans un sifflement de bouilloire dans la tête avant de se décider à sauter le pas. La tumeur a été neutralisée sans séquelles au cerveau, mais il a perdu l'ouïe à l'oreille gauche ET conservé son acouphène...
Il raconte qu'il s'est adapté à cette semi-surdité en tendant automatiquement l'oreille droite à ses interlocuteurs, en s'asseyant à gauche de la salle au théâtre, en se forçant à faire du vélo.
Son livre est un témoignage d'un combat larvé au départ, et débridé à la fin, contre un sifflement dans l'oreille, provenant d'une tumeur. Mais les acouphènes représentent encore un phénomène mal expliqué, qui pourrit le quotidien de nombre de gens. Qui n'a pas eu parfois les oreilles qui sifflent : gros coup de fatigue ? débordement de décibels dans un concert ?... alors s'imaginer vivre en permanence avec la bouilloire ?? Monsieur Tremblay le fait, il s'est réconcilié avec son acouphène, il l'a adopté, en a fait son compagnon de route malgré lui. Son livre est un témoignage honnête, ironique et si bien écrit de ce combat insolite.  (Actes Sud, 2001, 180 p.)

LE ROMAN :

Simon est un réalisateur célèbre,  en plein tournage d'un film donc excité comme une puce, fatigué ... et bientôt désespéré par ce sifflement de bouilloire qui s'installe pour de bon dans son oreille gauche.
Simon décide de faire la sourde oreille, refuse de regarder la réalité en face, d'aller consulter; il continue son film mais se sent à part, asocial - il s'isole avec son sifflement, entretient une panique croissante d'autant que le soir, il se retrouve seul face à lui-même et traumatisé par ce bruit strident.
Simon essaie de se plonger dans l'écoute du Vaisseau Fantôme de Wagner à plein volume pour effacer le bruit de la bouilloire : rien à faire, le sifflement est toujours là et, pire encore, Simon ne se sent plus capable d'apprécier comme il se doit le chef d'oeuvre qu'il aimait tant.

- "Surtout ne pas paniquer, ne pas se laisser aller à la peur irraisonnable qui fait perdre le contrôle - même aux control freaks comme lui - et parfois faire des gestes qu'on regrette par la suite... il se souvint d'avoir lu quelque part que Van Gogh se serait peut-être coupé l'oreille à cause d'un acouphène, justement, et il se vit en train d'essayer de retrancher de sa tête ce son abominable. la douleur que ça avait dû être ! Le désespoir, aussi, d'un homme qui en est rendu là !" (p.39)
Alors Simon réalise qu'il n'est pas assez fort pour lutter seul contre cette maudite bouilloire.
Il se confie à son ex-femme, il décide à reculons de consulter un ORL, et c'est par relation qu'il obtient un RV d'urgence. Et pourtant, Simon ne veut pas y aller, ne veut pas entendre le diagnostic. Il ne VEUT PAS, point barre. Simon illustre alors parfaitement l'image de l'autruche qui s'enfonce la tête dans le sable.
Sa première visite avec le docteur Harbour est dramatique. "Docteur Harbour : Le cerveau étant la machine merveilleuse que l'on sait, il choisira avec le temps de ne plus entendre l'acouphène et, effectivement, à la longue, vous ne l'entendrez que lorsque vous y penserez." (p.50)

Simon décide de tenter le coup : passer un week-end seul en tête à tête avec son acouphène"Il avait décidé de vivre son acouphène, si acouphène il y avait, de s'y consacrer la fin de semaine complète, et il ne fit rien d'autre, pendant ses deux jours complets qu'écouter le sifflement de bouilloire en ne pensant à rien, surtout pas à son film." (p.57)
Le sifflement atroce lui a martelé la tête tout le week-end, rien à faire : que faire quand on ne sait plus quoi faire ? Se résoudre à passer les examens, IRM notamment, recommandés par l'ORL.
Quelle séquence que cet examen d'IRM ! : Michel Tremblay écrit son chapitre comme si nous regardions le film. Nous vivons l'IRM en même temps que Simon : soudain le sifflement a disparu... Simon s'est endormi dans la machine, mais au réveil, le maudit acouphène est toujours là. Après, c'est l'attente des résultats de l'IRM, la fébrilité, ne rien dire aux collaborateurs sur le tournage... Mais tous se sont rendus compte que le patron allait mal !

Et le verdict tombe : "Le mot tumeur tomba entre eux comme un couperet. Le docteur Harbour avait tourné autour du pot pendant quelques minutes. Simon l'avait senti, il avait même deviné le mot que l'autre évitait, s'était concentré sur les lèvres de son interlocuteur en se demandant quand il se déciderait à la prononcer, puis, quand il l'avait entendu, il l'avait littéralement vu jaillir de la bouche du docteur et tomber sur le bureau comme une chose réelle, un objet contondant qui venait de couper sa vie en deux." (p.82)
Il faudra opérer, vite, mais comprendre d'abord tous les risques immenses que comporte ce type d'opérations au cerveau. Et le crâne, on va l'ouvrir avec une fraiseuse... Avant l'opération, son ex dit à Simon : "Tu dois être terrifié !
- Le mot est faible. En plus d'entendre mon acouphène, depuis une heure j'entends un bruit de fraiseuse ! J'ai l'impression que je ne pourrai dormir jusqu'à mon opération, que mes nuits vont être peuplées de bruits de fraiseuses !" (p.91)

L'opération va avoir lieu. Simon ne veut même pas entendre la liste de toutes les séquelles possibles, il refuse de savoir, il s'autruchit comme toujours. Et puis, il pense aussi qu'il a des chances d'être débarrassé de cet acouphène. Mais quand même, il en veut à ce jeune ORL si brillant de prendre en main son destin si facilement, à lui le cinéaste de 50 ans.  "(...) des cas comme moi (...), vous en opérez un par semaine... mais vous, vous personnellement, avez-vous déjà essayé de vous promener pendant des mois avec une bouilloire qui siffle dans votre tête pour voir comment on peut se sentir ?" (p.169)

Et puis Simon subit cette opération si délicate à la tête, s'en sort sans les séquelles désastreuses qui auraient pu se produire. Oui, il s'en est bien sorti : pas de paralysie, pas de... pas de..., non, juste une surdité totale à l'oreille gauche ET TOUJOURS SON MAUDIT ACOUPHENE !!! aussi fringante qu'avant, la maudite bouilloire... Son cerveau ne pouvait pas se déshabituer de ce bruit familier, un peu comme les personnes amputées d'un membre ressentent parfois des démangeaisons là où le membre n'est plus...

Mais tout va finir par s'éclairer pour Simon, et la fin du livre est mémorable : "Et il trouva juste avant de s’endormir : par un effort de volonté surhumain, pour sauver sa peau et sa santé mentale, il devait se convaincre qu’il avait besoin de son acouphène pour vivre. Sans lui sa vie était impensable. Il s’en ennuierait, s’il arrivait à disparaître. Ce sifflement de bouilloire qui l’accompagnerait partout lui était désormais indispensable, il l’aiderait à se concentrer, la perte de l'ouïe elle-même ferait écran contre les sons qui l’agressaient. Il devait apprendre à s’en servir pour se débarrasser des fâcheux et des indésirables.
Oui, c’était cela, avant la maudite patience, avant la pierre philosophale, avant le creuset et la transmutation du plomb en or, avant Nicolas Flamel, Simon devait se convaincre que son acouphène faisait maintenant partie intégrante de son être et que, même .. oui, il l’aimait.
Mais c’était peut-être ça, la patience après tout.
Simon se tourna sur le côté droit et, pour la première fois, fit face à son problème plutôt que de s’y laisser submerger." (pp.178/179)

Extrait :
- "Il avait vécu un traumatisme trop grand depuis 10 jours pour revenir comme ça à son insignifiant petit film, à cette imbécile petite comédie de moeurs dans laquelle il n'avait mis ni son âme ni même beaucoup de son intelligence ! Maintenant qu'il avait frôlé la mort, tout lui semblait tellement dérisoire." (pp.163/164)

Voir aussi :
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