jeudi 24 août 2017

Ça perruche pas mal à Paris

Il va me falloir enrichir la page des habitants de mon jardin.
En effet, il y a quelques semaines, mon mari me fait remarquer qu'il entend un oiseau qui piaille vraiment différemment de ceux auxquels nous sommes accoutumés dans notre jardin de la banlieue parisienne.
Eh bien le mystère est résolu : cet oiseau squatte régulièrement les fils d'électricité ou téléphone au-dessus de chez nous. Alors oui il est beau, mais c'est une perruche à collier !!! Un oiseau tropical dans notre écosphère continentale... 
"Ma" perruche à collier n'arborant pas de collier, ce doit être une femelle !
La rumeur veut que dans les années '70, une cinquantaine de perruches à collier se seraient échappées de leurs cages à l'aéroport d'Orly et au fil des ans bien acclimatées dans la région.
Je la trouve belle ma perruche même si elle chante mal, et elle fait de sacrées mimiques perchée sur son fil. Mais tout de même, c'est une espèce invasive qui malmène l'écosystème local (cf. article de France 3 ): 
  • "Les perruches squattent les nids d'autres oiseaux plus tardifs à engendrer leur descendance. À l’heure de la lune de miel, sitelles, pics et autres étourneaux s’en retrouvent délogés. Très friande de graines, de bourgeons et de baies, la perruche vole la nourriture de ses voisins, dans les mangeoires d’oiseaux plus petits comme les mésanges.
  • "Elles concurrencent les pic-verts sur leur habitat, des cavités, qu'elles leur prennent et partagent difficilement."
  • "Elles deviennent un danger pour d’autres espèces comme les mésanges, les rongeurs ou encore les chauves-souris. Ce sont des espèces d’oiseaux qui prolifèrent très vite, comme les pigeons. Elles mangent les bourgeons, les marrons et chassent d’autres espèces comme l’écureuil roux, une espèce de plus en plus rare."

Alors sachant tout cela, je te demande jolie perruche de bien vouloir passer ton chemin... déjà que nous voyons de moins en moins de moineaux (oui, les simples moineaux, où sont-ils passés en banlieue ?), que le pic-vert s'est fait très rare... Laisse-nous au moins nos mésanges.

S'agissant d'espèces invasives, nous faisons aussi face aux coccinelles asiatiques, aux frelons asiatiques, aux écureuils petits suisses et autres énergumènes qui menacent les espèces locales... En Australie, ils ont fini par être envahis par les lapins...  et si demain mon jardin regorge de koalas 😉.

En parlant d'écureuils, justement, une étude de l'INRA + Muséum national d'histoire naturelle + Institut Pasteur sur les tamias (dits "petits suisses") qui se sont acclimatés en forêt de Sénart "a démontré qu'il contribue de façon prédominante au risque de transmission de la maladie de Lyme pour l’homme, beaucoup plus que les rongeurs autochtones, en raison d’une prévalence d’infection élevée, mais aussi du fait qu’il héberge un plus grand nombre de tiques. Ces résultats démontrent que l’introduction d’une espèce exotique peut ne pas être anodine en termes de santé publique." (source : Wikipedia). Cela me concerne d'autant qu'une tique de la zone de Sénart s'est gorgée de mon sang il y a deux mois. Alors vade retro tamia !

Didier Decoin : Le Bureau des Jardins et des Etangs

***** Ed. Stock, 2017, 388 p.
J'ai découvert Didier Decoin à l'adolescence grâce à ma mère. Dévoré "Laurence", "Un policeman", "Abraham de Brooklyn", "John L'Enfer", "Les trois vies de Babe Ozouf". 
Puis nous nous sommes éloignés, cet auteur et moi, jusqu'à il y a une paire d'années, quand "nous" avons renoué par le biais de notre passion commune pour les jardins ("Je vois des jardins partout" 2013).

Cette année, je n'ai pu résister à l'appel de la superbe couverture du "Bureau des Jardins et des Étangs", et j'ai bien fait. Didier Decoin nous livre une oeuvre poétique, douce, joliment écrite autour du personnage de Miyuki, jeune veuve contrainte de reprendre le flambeau de son cher époux Katsuro, pêcheur exceptionnel de carpes dignes des bassins de la ville impériale de Heiankyo, et qui s'est noyé dans sa foisonnante rivière.
"Après avoir préparé les baquets, Miyuki sélectionna les carpes qu'elle allait y transférer. Elle choisit d'abord celles dont la disposition des écailles formait un maillage uniforme et harmonieux, dont le nez, sans être trop allongé, n'était ni trop court ni trop trapu, dont les nageoires étaient symétriques et la couleur parfaitement homogène du museau à la queue. A partir de ce premier tri, elle préleva deux carpes noires (l'une d'un noir métallique et brillant, l'autre d'un noir de velours mat) et deux poissons d'un jaune assez terne mais dont la croissance et la longévité étaient souvent remarquables, puis deux sujets d'un bronze profond dont la luisance évoquait une coulée de miel brun, et elle compléta son florilège avec deux carpes presque dépourvues d'écailles et qui semblaient gainées de cuir." (p.41)
Nous allons cheminer aux côtés de Miyuki, les épaules ployant sous la palanche à laquelle sont suspendus deux viviers contenant huit magnifiques carpes, le legs si précieux de son époux.
"Tout de suite ce fut la forêt. Les volutes grises du brouillard matinal s'accrochaient aux ronces et aux arbustes dont les rameaux piquetés de fleurs d'un blanc cireux évoquaient des parterres de petites bougies votives. (...) Le soleil montant se divisait en autant de lames tièdes qui caressaient la nuque et les épaules de Miyuki." (p.72)
Nous traverserons ce Japon médiéval, par monts et forêts, peinerons sous les intempéries, nous blottirons pour échapper aux prédateurs, découvrirons certaine façon d'obtenir gîte et couvert en plaisant aux hommes. Mais inlassablement nous poursuivrons notre route, en haillons, dépenaillée et malodorante, tandis que nous veillerons avec tant de soin à nos huit protégées.
"Des racines noueuses avaient grossièrement cousu la sente d'un bord à l'autre du torrent disparu. Craignant de s'y prendre les pieds et de perdre l'équilibre, Miyuki progressait à tous petits pas, le regard fixé sur les affleurements, le front incliné, cassée en deux comme ce condamné à la cangue (...)." (p.73)
A la capitale, le chef du Bureau des Jardins et Étangs se soucie pour sa part du prochain défi impérial qui ferait appel à certaines odeurs particulières...
"Une rumeur courait selon laquelle, cette année, les joutes s'inspireraient des mutations odorantes provoquées par les fortes pluies de juin quand elles croulent sur les jardins; alors, à la façon d'un préparateur d'encens, elles hachent menu, pilonnent et broient les fleurs crémeuses, elles déchiquettent, tailladent, lacèrent les feuilles et les tiges pleines de sève, elles concassent, émiettent, triturent, pétrissent la terre, pulvérisent les coquilles désertées des escargots, la chitine des carapaces abandonnées, les lourds accords de l'humus soutenant la fraîcheur des émanations florales. Voilà du moins comment le directeur du Bureau des Jardins et des Étangs sentait les choses." (p.260)
"Nous imaginons un jardin, dit l'empereur, un jardin envahi par la brume matinale. Enjambant un cours d'eau, un pont-lune très escarpé relie le jardin de droite au jardin de gauche. Seule la partie surélevée du tablier émerge de la nuée. C'est alors que, surgissant du brouillard qui noie le jardin de droite, une demoiselle s'engage sur le pont. (p.261)
Pour se procurer les ingrédients idoines, le chef du Bureau se rend au magasin : "Les vigiles leur avaient expliqué succinctement selon quels critères les matières avaient été rangées : classées d'abord par familles (résines et gommes, racines et rhizomes, graines et fruits), elles se subdivisaient ensuite en variétés (douces, acides, chaudes, salines et amères), lesquelles se répartissaient en nuances selon qu'elles étaient boisées, animales, sensuelles, épicées, balsamiques, terreuses, résineuses, capiteuses, poivrées, camphrées, herbacées, etc." (p.285)
C'est grâce au concours bien malgré elle de Miyuki et son odeur entêtante que le Chef du Bureau remporte le concours. En dépit de ce succès et de son parcours, Miyuki ne cède pas aux promesses de richesse ou d'honneur et conserve sa simplicité :
"Elle se demanda ce que Nagusa entendait par "être", et toute sa méfiance de femme, de paysanne et de pauvresse lui revint. Etre, n'était-ce pas la chose la plus naturelle qui soit, que partageaient toutes les créatures vivantes, et, d'une certaine façon, les matières inertes aussi ? Alors, depuis quand cela valait-il deux cents rouleaux de taffetas de soie?" (p.316)
Après ce livre, je ne regarderai plus aucune carpe comme avant. J'y chercherai le reflet doré qui contentait Katsuro, et j'aurai une pensée pour la scène finale du livre, majestueuse.
Le talent de Didier Decoin est tel... qu'il n'a même pas eu besoin de fouler le sol japonais pour conter cette belle histoire. Que de recherches studieuses il a dû mener. Un travail d'orfèvre pour un petit bijou de lecture.

Une coïncidence : peu de temps auparavant, j'ai lu "Le jardin de la dame Murakami" de Mario Bellatin, qui met en scène une Dame, un bassin aux carpes dorées, dans une île de l'archipel nippon... mais sans cette belle histoire d'amour qui s'inscrit en filigrane du roman de Didier Decoin.

mercredi 23 août 2017

Ce que le temps m'a apporté...

Je ne reprends pas souvent de citations, mais j'ai apprécié cette réflexion d'Inès de la Fressange autour de son âge (60 ans) et de sa maturité...
"Au-dessus de tout, ce que le temps m'a apporté et que je ne changerais pour rien au monde, c'est ma banque de données personnelles : j'ai accumulé des millions d'images de gens, de choses, d'endroits qui m'ont donné de la joie, quelle richesse ! Parler des privilèges de l'âge, ce n'est pas un vain mot." (source : "Elle", été 2017)
Voilà, j'aime cette photo qui représente joliment l'été au jardin...

mardi 22 août 2017

Mes films du 1er semestre 2017 : "La fille de Brest" et "Snowpiercer" !

😁"Snowpiercer, le Transperceneige" de Bong Joon-ho (Corée, 2013), avec Chris Evans (Curtis), Jamie Bell (Edgar), Tilda Swinton (Mason), Ed Harris (Wilford), John Hurt (Gilliam), Octavia Spencer (Tanya), Ewen Bremner, Song Kang-ho, Ko Hasung (Yona)...
Une claque ! j'ai commencé par la BD, inlâchable, "page turner" comme on dit maintenant. La dystopie à son paroxysme. Le film est une adaptation qui prend ses propres marques, mais qui tient la route et nous tient en haleine : nous sommes propulsés au milieu des wagons du Transperceneige, les machines sont oppressantes, la lutte des classes fait rage, la révolte gronde et les représailles sont féroces. Au fait, que mange-t-on dans ce train ?... ah, euh... Brillant, captivant, superbement filmé et joué. Tiens, un ours dans la neige.

😁"La fille de Brest" d'Emmanuelle Bercot (France, 2016), avec Sidse Babett Knudsen, Benoit Magimel, Charlotte Laemmel, Isabelle de Hertogh
J'ai été scotchée par ce film, et l'ai vu deux fois d'affilée.
Même si l'on est informé du scandale Mediator, le film nous ouvre les yeux sur le combat mené par Irene Frachon contre le laboratoire Servier : le petit David du CHU de Brest contre un Goliath de l'industrie pharmaceutique. Elle dénonce les conflits d'intérêt entre médecine et industrie. Intuition née de son attachement au sort de ses patients, atteints de valvulopathie, puis démonstration scientifique, acharnement, isolement, angoisse, épuisement, peur... le Dr Frachon est passée par toutes ces épreuves pour réussir à convaincre les autorités de santé du danger mortel du Mediator et obtenir son retrait. C'est ahurissant. Le film se déroule comme un thriller, d'une intensité croissante. Excellent film.
A propos du film, je m'étais demandé pourquoi on avait fait appel à l'actrice danoise de Borgen (au demeurant super actrice, super série) pour incarner la pneumologue Irene Frachon... La réalisatrice ne trouvait simplement pas la comédienne idéale chez nous, et Catherine Deneuve lui aurait suggéré l'héroïne de Borgen !

😊 "La famille Bélier" d'Eric Lartigau (Fr., 2014) avec Louane Emera, Karin Viard, François Damiens, Eric Elmosnino, Roxane Duran, Luca Gelberg, Ilian Bergala
Voui, y'avait quelqu'un en France qui n'avait encore jamais vu le film et qui pourtant dans sa jeunesse avait tous les 45 tours de Michel Sardou ! Alors bravo Louane et les autres, je me suis régalée. En chantant...

😊 "Sully" de Clint Eastwood (EU, 2016) avec Tom Hanks, Aaron Eckart, Laura Linney
De grand spectacle et du suspense, même si l'on connait l'issue de cette histoire vraie du pilote qui a fait atterrir son boeing dans l'Hudson à New York en janvier 2009.

😐 "Flight" de Robert Zemeckis (EU, 2012) avec Denzel Washington, Don Cheadle, Kelly Reilly
Même esprit que Sully, mais en un peu moins bien. J'aurais bien fait l'impasse sur la première scène, sexe, booze et cocaïne, mais ceci explique cela. Notre super commandant d'avion évite une catastrophe aérienne causée par des oiseaux. Atterrissage fracassant, "seulement" 6 morts. Il devient un super héros, mais les autorités aériennes et compagnies d'assurance lui intentent un procès. Même quand on réalise une prouesse et qu'on sauve des vies, on ne doit pas boire d'alcool...

😏"While we're young" de Noah Baumbach (EU, 2015), avec Ben Stiller, Naomi Watts, Adam Driver, Amanda Seyfried, Charles Grodin, Adam Horovitz, Maria Dizzia, Dree Hemingway
Comédie enlevée autour de deux couples mariés, l'un de quadras à la vie planplan, un début d'arthrite au genou et de presbytie, sans enfant tandis qu'autour d'eux tous les amis sont parents... et l'autre de jeunes de 25 ans bouillonnant d'activités, amoureux, généreux... De bons mots, des réflexions intéressantes, de l'humour aussi bien sûr : vaut le détour !

😊😏"Juste la fin du monde" de Xavier Dolan (Canada, 2016), avec Gaspard Ulliel, Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Marion Cotillard, Antoine Desrochers, Théodore Pellerin
Xavier Dolan, je suis fan. Je l'admire, son jeune âge et son talent incommensurable, son approche des rapports humains, son humanité tout simplement. "MOMMY" est transcendant, hypnotisant, obsédant, tellement poignant et fort, pas d'autres mots. "Juste la fin du monde" n'atteint pas cette perfection, mais garde l'empreinte de son concepteur : relations familiales distendues et vite hystériques, homosexualité, difficultés de communication à la fois à l'échelle de la cellule familiale et sous l'angle de l'homosexualité.
Le film retrace les retrouvailles 12 ans plus tard du fils écrivain avec sa famille. Lui vient dans le but d'annoncer son proche décès à sa famille, mais celle-ci s'évertue à brasser les souvenirs et se chicaner comme c'est pas possible. Au final : il repart sans avoir pu parler, des faux-semblants pleins la bouche.
Bon film. Ok. Mais il m'a manqué l'atmosphère "pure laine", le parler québécois, l'authenticité et la proximité des acteurs locaux... d'autant que l'histoire se passe en plein Québec. Déplacer une troupe de célébrités françaises pour tourner un film se passant au Québec, ça m'a paru superflu et un peu condescendant. Certes, les acteurs jouent bien. Mais pour faire vrai ou sincère, il aurait fallu soit choisir une team d'acteurs québécois, soit garder cette brochette de stars françaises et transposer l'action en France. Là, le résultat est bancal. On pourrait me rétorquer que je dénonce la mondialisation du cinéma... Xavier Dolan n'a pas besoin de stars mondiales pour faire des films exceptionnels. Le Québec a besoin de lui pour affirmer sa culture justement dans cette hyper mondialisation. Dans tous les cas, Xavier, j'ai hâte de découvrir tes nouvelles oeuvres ! Go on !

😊"Félix et Meira" de Maxime Giroux (Canada, 2014), avec Martin Dubreuil, Hadas Yaron
Montréal (et New York) magnifiquement filmés. Et une plongée dans la communauté juive ultraorthodoxe autour du personnage de Meira, mariée et mère d'une petite fille, anglophone, qui a soif de découvrir le monde (ne serait-ce que porter un jean) et promène par tous temps sa fille dans la poussette. Elle croise ainsi Félix, québécois francophone de riche famille, qui vient de perdre son père avec qui la relation s'était distendue. Les deux fuient quelque chose et vont se rapprocher. Le film est beau, empreint de poésie, de musicalité. La fin m'a semblé un brin trop facile cependant.

😐"Toni Erdmann" de Maren Ade (Allemagne, 2016), avec Peter Simonischek, Sandra Hüller, Michael Wittenborn
Il est loufoque, ce balourd de papa qui décide de s'immiscer dans la vie trop superficielle de sa fille, cadre dynamique expatriée à Bucarest et vendue au "grand capital". Alors oui, on rit... mais on reste sensible à cette relation bancale père / fille, et à la tristesse qui émane des deux personnages. Ce n'est pas une comédie mais une tragi-comédie. Le dernier plan est vibrant.

😊"A bout de course" ("Running on Empty") de Sidney Lumet (EU, 1988), avec River Phoenix, Judd Hirsch, Christine Lahti, Martha Plimpton
Les parents menaient leur combat écologique, mais un jour cela se passe très mal... et les enfants devront prendre le large toute leur vie pour échapper eux aussi au FBI. Déménagements, déguisements, fausses identités, du jour au lendemain à la moindre alerte la famille abandonne tout, même le chien, et reprend la fuite. Un beau jour, River Phoenix en a assez, il se sent bien là, à pratiquer son piano auprès de la fille du prof de musique. Sa course est finie, et son sacrifice pour ses parents aussi. Joli film.

😏 "Nos plus belles années" ("The Way We Were") de Sydney Pollack (EU, 1973), avec Barbra Streisand, Robert Redford, Bradford Dillman, Lois Chiles, Patrick O'Neal
Film doux amer. Katie/Barbra est communiste et milite contre la guerre d'Espagne; Hubbell/Robert est le beau garçon de bonne famille, peu porté sur la politique et la contestation. Ils se marient. Hubbell rencontre le succès avec son 1er livre et se plait à Hollywood tandis que Katie pourfend le maccarthysme. La fracture s'élargit. Chacun va de son côté mais aucun n'oubliera l'autre.

😐 "Les Moissons du ciel" ("Days of Heaven") de Terrence Malick (EU, 1978), avec Richard Gere, Brooke Adams,  Sam Shepard, Linda Manz, Robert J. Wilke
Richard Gere (ouvrier agricole) en grand manipulateur qui pousse sa compagne Brooke Adams dans les bras de Sam Shepard,  le riche fermier malade qui ne s'en laissera pas conter. Il n'y aura pas d'héritage, il y aura de la souffrance, de la haine, de la jalousie. Torturé.

😐 "Balade entre les tombes" /"A Walk Among The Tombstones" de Scott Franck (EU, 2014) avec Liam Neeson, Dan Stevens, Boyd Holbrook, Brian Bradley
Un thriller noir (pléonasme ?) adapté d'un roman de Lawrence Block. Se laisse voir, la fin est gore, Liam Neeson est bien dans son rôle d'ancien flic devenu détective privé, mais ma palme va au personnage du gamin des rues "TJ" apprenti détective joué par Brian Bradley.

😏"Hippocrate" de Thomas Lilti (France, 2014), avec Vincent Lacoste, Reda Kateb, Jacques Gamblin, Marianne Denicourt
Chronique du milieu hospitalier vu depuis un fils à papa, qui fait son internat dans le service de son père. Le rôle phare, c'est celui de son co-interne, Abdel, médecin étranger expérimenté obligé de refaire un stage et repasser le diplôme pour pouvoir exercer en France. On est parfois sans voix devant l'exercice hospitalier... Du vécu, de la fiction, de l'action. Un bon film surtout pour le personnage de Reda Kateb.

😦"Bridget Jones' Baby" de Sharon Maguire (GB, 2016) avec Renée Zellweger, Colin Firth, Patrick Dempsey, Jim Broadbent, Emma Thompson,
Moi qui ai toujours ri avec ma copine Bridget, j'ai été déconcertée par ce film que je pensais correspondre au tome 3 "Mad about the boy / Toutes folles de lui"... Dans ce t3 en effet... Bridget a 51 ans, est veuve de Mark Darcy et mère de deux jeunes enfants. Livre assez drôle (sauf pour le coup de poing reçu en apprenant la mort de Mark !). En revanche, le film met en scène une Bridget à la quarantaine, insipide, moche (c'est Renée Zellwegger enlaidie et figée par sa chirurgie esthétique totalement ratée), Mark toujours alive, et une histoire idiote (elle couche avec Mark et un millionnaire américain : qui est le père de son BB ?). Pas d'autre mot : insipide.
Cela étant, pour éclaircir ce problème existentiel, il me faut absolument dégoter le 4e tome (donc Bridget Jones' Baby) qui s'avère être le faux 3e tome. Là j'aurai l'esprit apaisé.

😰"Elle" de Paul Verhoeven (P-B, 2016) avec Isabelle Huppert, laurent Lafitte, Anne Consigny, Charles Berling, Virginie Elfira, Christian Berkel, Judith Magre
Les acteurs sont très bons... mais le film est dérangeant et un sentiment malsain plane après l'avoir vu. Si c'était à refaire, je ne souhaiterais pas le regarder.

😦"Terre battue" de Stéphane Demoustier (France, 2014), avec Olivier Gourmet, Valeria Bruni Tedeschi, Charles Aérienne
La chronique d'une famille qui se délite. Le père est licencié et s'obstine sur des projets abracadabrantesques, la mère finit par le quitter pour un autre, le fils est là, entre-deux, doué en tennis mais en manque de cadre familial. Alors, cet enfant va se projeter à Roland-Garros en jouant au tout pour le tout pour atteindre son objectif. Une histoire absolument pas gaie, et qui laisse un goût amer. Prêt à tout pour réaliser son rêve. Si jeune. Trop jeune et trop seul. Très bien interprété.

dimanche 6 août 2017

Les tiques attaquent !


Et voilà, cette tique m'a bien mordue !
mais elle ne l'a pas emporté au paradis...
Je pense qu'il s'agit de ma première piqûre de tique. Et j'espère la dernière puisque :
  • j'ai débroussaillé le jardin (un travail de dengue, pardon de dingue, aidée par un élagueur). Résultat collatéral : tendinite à chaque coude due à l'usage intempestif du coupe-branches.
  • j'ai acheté un répulsif à tiques (Insect Ecran zones infestées, sur les conseils de ma pharmacie),
  • j'essaie le plus possible de jardiner avec chaussettes, jogging, bras couverts, chapeau (pénible pour caser mon casque de mp3),
  • je privilégie les couleurs claires pour débusquer facilement les tiques,
  • j'explore mon corps après un tour au jardin,
  • pour résumer : je suis aux aguets et j'ai peur du jardin !!!!


Evidemment, il m'a fallu lire la littérature sur la maladie de Lyme. L'époque s'y prête puisqu'enfin cette maladie devient un enjeu de santé publique et l'information ne manque pas. Le plan national de lutte contre la maladie de Lyme a été lancé en septembre 2016.
En ce qui me concerne, j'ai eu droit à une semaine d'amoxycilline 1g x 3 par jour, suivie de 2 semaines et demie de doxycycline, à titre préventif.

Il y a 20 ou 30 ans, on parlait d'infestation de tiques dans l'Est de la France. Puis j'avais entendu un reportage sur les tiques dans la forêt viennoise en Autriche. Aujourd'hui, les tiques sont présentes dans toute la France avec une quinzaine de départements très infestés. Elles sont redoutables aux Etats-Unis et au Canada... On les "rencontre" plutôt dans les forêts ou à la campagne - elles aiment les endroits touffus et humides, plus rarement dans les jardins privés. pas de chance pour moi, mais j'habite non loin d'une forêt, des renards s'aventurent parfois dans la rue, des mulots viennent taquiner mon chien... ce sont des animaux hôtes des tiques, qui finissent par les amener dans nos jardins...
Un article intéressant de The Conversation indique que "les tiques ont développé des systèmes pour détecter la présence d’un hôte (gaz carbonique, vibrations, température), et se postent à l’affût au sommet d’une brindille pour s’attacher à leur proie afin d’effectuer leur repas sanguin".

Mes recherches m'ont permis d'apprendre que la maladie de Lyme a touché un certain nombre de célébrités, parmi lesquelles Avril Lavigne, Neneh Cherry, Alec Baldwin, Richard Gere, Christy Turlington, Parker Posey, Ben Stiller, George Bush Junior, Rebecca Wells, Alice Walker (The Color Purple), Ashley Olsen, la joueuse de tennis Jennifer Capriati, la top Bella Hadid, Yolanda Foster...

Ma tique perso, je l'ai ôtée avec le tire-tiques du chien, puis mise dans une boite hermétique. Je la regardais tous les soirs, elle était gonflée de mon sang, elle remuait ses pattes. Ça a duré près de 5 jours avant qu'elle cesse de gigoter. 
J'ai ensuite décidé de la conserver dans la boite, sait-on jamais. Et voilà qu'un mois plus tard sortait l'info sur l'appli mobile CITIQUE, qui permet de signaler les tiques pour que les scientifiques exploitent les informations données par les personnes piquées, en y ajoutant des précisions sur la végétation environnante ou la météo du jour. Les personnes sont même invitées à envoyer leur tique au laboratoire de l'INRA Grand-Est Nancy pour analyse sur les différents stades de développement des tiques piqueuses (larve, nymphe, adulte), les différents repas de sang qu’elles ont faits et les microbes qu’elles transportent.

J'ai donc fait don postal de ma tique à l'INRA, après avoir effectué le signalement sur l'appli mobile (en y ajoutant les données sur les deux morsures de tiques sur mon chien de 2015 et 2016 : je consigne tout !!!).
Prochaine étape : je souhaiterais participer aux stages de recherche organisés par l'équipe scientifique du projet CITIQUE : des citoyens pourront s’immerger dans un laboratoire pendant deux à trois jours, ils y apprendront à reconnaître les espèces de tiques, à identifier les différents stades de développement et à analyser leurs agents pathogènes. Les tiques collectées grâce à Citicks serviront de base à leurs expérimentations. Les stagiaires seront aussi invités à ramasser des tiques en liberté dans la nature avec les scientifiques, pour compléter l’échantillonnage et pouvoir répondre à d’autres questions de recherche. J'ai hâte de me joindre à la bataille.

--> Mes chroniques "insectes" et "vie de mon jardin", et la "PAGE DES HABITANTS DE MON JARDIN", à laquelle je dois hélas ajouter la tique...

dimanche 30 juillet 2017

Le blog a fait une sacrée pause... six mois se sont écoulés et nous voilà rendus au mitan de l'été.
Vivement les vacances pour rattraper le temps perdu.
D'abord, prendre des vitamines pour relever le défi : on se gave des mirabelles du jardin, qui cette année sont parfaites.
Je suis en concurrence avec mon teckel pour les ramasser, mais au bout du compte toutes deux nous finissons avec des gargouillis dans le ventre, aussi goinfres l'une que l'autre.
Le ver est dans le fruit !

Pour me rappeler que je dois renouer avec mes basiques, c'est-à-dire la chronique des petits habitants de mon jardin, voici la photo d'un petit ver qui a échappé à notre voracité. Je ne l'avais pas dans mon répertoire d'insectes, ce petiot. Quand je pense qu'il y a un certain nombre d'années, j'aurais certainement poussé un cri et lâché le fruit, et que là je parlais gentiment à mon asticot... Le poids des années se traduit au moins en sagesse et apaisement...

samedi 14 janvier 2017

mardi 10 janvier 2017

Vite, un moment Feel Good avec Hey Jude !

Perso, je suis contente de dire au revoir à 2016 !
Mais il y eut de beaux moments, qui font de grands souvenirs, qui aident à s'échapper du quotidien...

Pour moi, chaque petit insecte ou oiseau aperçus au jardin, chaque bouton de fleur pointant son "nez" (d'ailleurs, je scrute les perce neiges et les roses de Noël : vous prenez votre temps, les coquines !) me revigorent. Je ne sais pas ce que je ferais sans mon jardin. Même un ver de terre qui se tortille dans l'herbe parvient à m'émouvoir.

Sinon, je succombe à d'autres grands moments, mais plus épisodiques et plus rock'n'roll (au sens qu'il faut batailler pour acheter des places correctes, puis braver le peu de trains au moment du retour vers la banlieue assoupie en pleine nuit, et se lever pour aller travailler le lendemain : l'âge commence à compter !)... 
Ces grands moments, ce sont les concerts
Ah oui, mal assis sur les sièges en plastique (de toutes façons on finira debout à gesticuler les bras levés), le sandwich minimal et ouf la pinte de bibine à la main, on part en transe avec des milliers d'inconnus auxquels nous nous découvrons liés par un bonheur profond ancré dans notre culture musicale et les merveilleux souvenirs de nos écoutes de jeunesse, ou contemporaines. on se côtoie à plusieurs générations, et on communie en chantant.

Ladies and Gentlemen, voici justement la communion 2016 autour de "Hey Jude" (concert de Paul Mc Cartney à Bercy / Paris, le 30 mai 2016) :


(NB : je sais, on m'entend chanter faux... comme à mon habitude et à mon éternel regret, mais on s'en fiche, je communie !!!)

--> Ma chronique "musique" et la page de mes concerts...

Long Live Rock'n'Roll !!!!!!

dimanche 8 janvier 2017

Films du dernier trimestre 2016 : merci M. Sneijder et T. Lhermitte !

😁"La nouvelle vie de Paul Sneijder" de Thomas Vincent (2016), avec Thierry Lhermitte, Géraldine Pailhas, Pierre Curzi
Ce film est l'adaptation parfaite d'un de mes romans cultes : "Le cas Sneijder", de Jean-Paul Dubois. Pour l'histoire, je vous renvoie à ma chronique de ce roman sur le blog. Thierry Lhermitte est renversant dans le rôle de Paul et révèle qu'il est de ces grands acteurs qui ne se cantonnent pas à leur image traditionnelle au cinéma. Un film magnifique qui fait honneur au roman tout aussi exceptionnel.

😁 "Marie-Octobre" de Julien Duvivier (1958), avec Danielle Darrieux, Bernard Blier, Paul Frankeur, Paul Meurisse, Serge Reggiani, Lino Ventura, Robert Dalban
Quel suspense ! Huis-clos oppressant au cours duquel les anciens d'un réseau de résistants sont tour à tout accusés d'avoir livré leur chef, Castille, à la Gestapo. Une pépite que je ne connaissais pas.

😇 "The immigrant" de James Gray (2013), avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner
Un très beau film... : ce que j'appelle "un grand film". Une fois de plus, je suis époustouflée par la prestation de Marion Cotillard, à des années lumières de son rôle de Deux jours une nuit, et tout aussi habitée.

😎 "Hot Fuzz" d'Edgar Wright (2007), avec Simon Pegg, Martin Freeman, Bill Nighy
Méga rigolade. On l'a regardé deux fois d'affilée tellement c'est drôle. L'humour anglais mâtiné de références à Point break et Bad boys II. En deux mots, un policier londonien si "perfectionniste" qu'il éclate les stats de son commissariat est muté dans la campagne anglaise à Sandford, où il prend très à coeur sa nouvelle mission, autour d'un jus de cranberry au pub.

😏"La guerre est déclarée" de Valérie Donzelli (2011), avec Valérie Donzelli, Jérémie Elkaïm, Elina Löwensohn, Michèle Moretti, Brigitte Sy
Le sujet est dur : Valérie Donzelli et Jérémie Elkaïm jouent leurs propres rôles de parents sympas, modernes, amoureux, gais... jusqu'à la naissance d'Adam, bébé qui pleure sans cesse et fatigue tout son monde. Tumeur cancéreuse au cerveau. Le jeune couple décide de déclarer la guerre à la maladie, quasiment envers et contre tous. J'ai admiré leur réaction, leur dévouement, leur combat. Suivi avec appréhension les RV avec le corps médical, jusqu'à la guérison d'Adam.
Mais le film m'a fait cauchemarder toute la nuit suivante.
Sur la forme, la voix off m'a carrément énervée de bout en bout : artifice totalement inutile et lourd.

😏"Pièce montée" de Denys Granier-Deferre (2010), avec Clémence Poésy, Jérémie Renier, Jean-Pierre Marielle, Danielle Darrieux, Christophe Alévêque, Léa Drucker, Julie Depardieu, Charlotte De Turckheim, Dominique Lavanant, Hélène Fillières, Louise Monot, Aurore Clément
Waouh la distribution ! L'histoire est un peu convenue mais on se régale de cette brochette d'acteurs, et on sourit souvent : plaisant, what else ?

😩 "A Bigger Splash" de Luca Guadagnino (Italie, 2016), avec Tilda Swinton, Ralph Fiennes, Matthias Schoenaerts, Dakota Johnson
Une première partie d'un grand ennui... autour de la plastique de Tilda Swinton (actrice qui a du mal à m'émouvoir, et qui dans le film interprète une chanteuse de rock momentanément sans voix : elle était censés s'inspirer je suppose de Chrissie Hynde, mais j'ai trouvé cela à côté de la plaque). Autour de Tilda S., son amoureux, et son ex-amant ainsi que la fille de ce dernier, une lolita particulièrement irritante. Et tout ce beau monde autour d'une piscine dans une belle villa italienne... C'est là que le film décolle et que l'ennui disparaît. Une fin accélérée, un film qui laisse un goût dérangeant. "Do not let it upset you"...

😫"Supercondriaque" de Dany Boon (2014), avec Dany Boon, Alice Pol, Kad Merad
J'ai tenu près de 10 minutes devant cette niaiserie.

--> chronique "cinéma"...

Henning Mankell : "Les bottes suédoises"

***** (Suède, 2015) Ed. fr. Seuil, 355 p.
Hum Hum, grande déception à la lecture de ce roman qui est la suite du fabuleux "Chaussures italiennes", qu'Henning Mankell avait écrit en 2006.
Voici le commentaire résumé que j'avais noté à l'époque sur "Les chaussures italiennes" : "INOUBLIABLE road movie senior - culte... humain...".

En lisant "Les bottes suédoises", j'enchaînais les déceptions à chaque page ou chapitre. 
Fredrik a désormais 70 ans (nous l'avions quitté à 66 ans). Et c'est un vieil homme antipathique, asocial, égoïste et même lubrique qui se découvre à nous. Je n'ai éprouvé aucune empathie, ni sympathie, ni intérêt pour ce bonhomme détestable. 
Les personnages secondaires ne m'ont pas non plus emballée, Lisa Moldin, la jeune journaliste que Fredrik rêve de mettre dans son lit, cache un secret dans son armoire ; la fille Louise est une pro du vol à la tire ; Mme O. chez qui Fredrik gare sa voiture quand il quitte son île, semble dissimuler aussi un secret, mais rien de tout cela, l'intrigue se dégonfle comme une baudruche. Quant au facteur...
Un roman fourre-tout.
H. Mankell insère tant bien que mal ici et là des commentaires sur l'augmentation de l'immigration et les réactions des insulaires, sur la mondialisation et le remplacement des chemises ou des bottes suédoises par des produits chinois... Mais cela sonne creux.
Voilà, ce roman que l'écrivain a écrit un an avant sa mort, m'a paru creux.

Fanny Britt : "Les maisons"


***** Ed. Le Cheval d'Août, 2015, 226 p.

Le roman "Les maisons" de Fanny Britt concourait en 2016 parmi les trois finalistes du prix littéraire France-Québec, aux côtés du "Nid de pierres" de Tristan Malavoy et de "La femme qui fuit" d'Anaïs Barbeau-Lavalette. C'est ce dernier roman qui a remporté le prix... et je ne l'ai pas lu car F. qui l'avait commencé m'avait dit : c'est très mal écrit, laisse tomber... Comme quoi, d'autres ont dû le trouver bien écrit et intéressant !
Pour ma part, j'ai voté pour "Les maisons" de Fanny Britt !

Drôle de titre. De fait, Tessa est agent immobilier. Voilà. Mère de trois enfants, on la suit dans son quotidien, comme accompagner le gamin à l'expo des sciences de l'école pour laquelle il a construit une maquette en bâtons d'esquimaux.
Un jour, some day, Tessa doit s'occuper de la vente de la maison d'un couple qui se sépare. elle sympathise avec la femme, puis découvre que le mari est son ancien amour de jeunesse. La vie devient alors une bataille des souvenirs, un grand questionnement sur le quotidien, le bonheur, le couple, l'avenir... Tessa se sent vieille et en même temps rajeunir. Entre deux chaises, elle fixe RV à Francis, ils vont errer dans le froid jusque devant la maison de Leonard Cohen...
Et puis après ? A vous de lire ce joli roman !

--> Résultats du Prix littéraire France-Québec 2015 : ici
-->  et ma rubrique "Québec"... 

dimanche 1 janvier 2017

Robert Galbraith : "Career of Evil", et un peu de Blue Öyster Cult

"Career of Evil" ***** (Sphere, 2015, 582 p.) - En français : "La carrière du mal" (2016) - Réf. géogr : R-U

Palpitant roman !

J'étais bien triste de tourner la dernière page et de quitter notre duo d'enquêteurs, Cormoran et Robin, tant le roman m'avait captivée sans temps morts durant ces quelques jours.
L'histoire est encore meilleure que celle des deux premiers opus ("The Cuckoo s' Calling" et "The Silkworm").

Robin, l'assistante de Cormoran Strike, reçoit un colis anonyme contenant la jambe coupée d'une femme. Quatre hommes seraient susceptibles de commettre une telle horreur selon Cormoran.
L'enquête va nous mener tambour battant à la poursuite de trois de ces tarés : deux anciens soldats (Donald Laing, Noel Brockbanck) et l'ex-beau père de Cormoran, Jeff Whittaker. Un suspense intense.... Tandis qu'en parallèle notre jeune Robin n'en finit pas de préparer son mariage avec le pédant Matthew...
La fin... surprend ! J'ai dû relire la dernière phrase pour être sûre d'avoir bien compris !!! Sacrée J.K. Rowling : Vivement le prochain livre.... (elle a annoncé une série de 7 romans).
Le médiator '"pick" du bassiste Joe Bouchard (Paris, 1986)


J'ai aussi d'emblée su que le livre me plairait car chaque tête de chapitre, et l'histoire, font référence à des paroles de morceaux de Blue Öyster Cult. Le morceau titre "Career of Evil" a été écrit par Patti Smith, qui côtoya le groupe plusieurs années au moment de sa liaison avec le keyboardiste Allen Lanier.



Cette lecture m'a donné l'occasion de réécouter BÖC... que j'avais vu en concert lors de leur tournée Club Ninja Tour le 27 janvier 1986 à Paris (La Mutualité)...



- Astronomy
- Don't Fear the Reaper
- Burning for You
- Then came the last days of May
- Joan Crawford
- Fire Of Unknown Origin
- Cities on Flame With Rock'n'Roll
- Flaming Telepaths
- Veteran of the Psychic Wars
- Heavy Metal : The Black and Silver
- Before the Kiss, A Redcap
- Hot Rails To Hell
- Dominance and Submission
- The Revenge Of Vera Gemini
- Godzilla
- Career of Evil

--> Voir  ma chronique "musique" et la "page de mes concerts"

Paco Ignacio Taibo II : "Ombre de l'ombre"

***** Ed. Payot et Rivages (2004) - Trad. Mara Hernández & René Solis 
Réf. géogr : Mexique

Le premier roman que j'ai lu de Paco Ignacio Taibo II, "La vie-même", m'avait bien lus, par son originalité et la facilité de lecture. 
Cet autre roman, "Ombre de l'ombre", s'inscrit dans un contexte historique moins familier, le Mexique des années 1920,  et fait justement référence à la vie politique très mouvementée de cette époque. Cela demande une attention particulière, mais apporte d'un autre côté un intérêt historique certain à la lecture. Notamment sur l'historique des premières convoitises nationales ET internationales pour les champs de pétrole du pays.
C'est donc là un roman de lecture moins facile que "La vie-même", mais tout aussi intéressant. 

Egalement originale : la structure de ce roman qui s'articule autour de parties de dominos jouées par les quatre amis protagonistes : "un chroniqueur criminel passionné par son métier, un fils de famille, traducteur d'écrits anarchistes, un poète, ex-cavalier de l'armée de Pancho Villa, génie du slogan publicitaire, et un Chinois anarchiste et syndicaliste". 
Remarquablement écrit... Humour, références historiques, intrigue policère...

--> mes autres lecture d'Amérique latine, et la chronique "polars"...

Darragh McKeon : "Tout ce qui est solide se dissout dans l'air"

***** "All That Is Solid Melts Into Air", traduit de l’anglais (Irlande) par Carine Chichereau, Ed. Belfond, 432 p.
Réf géogr : ex-URSS (lieu) / Irlande (auteur)

Je mets 5 étoiles à ce roman car à la fois l'histoire, le style, les personnages, le message en filigrane... le méritent amplement.

Tout cela, ce s'est passé il n'y a pas si longtemps (pour ma génération) : URSS, 26 avril 1986, et pas si loin de nous (mais heureusement que les frontières faisaient miraculeusement barrage aux nuages radioactifs 😩). 
L'accident de Tchernobyl (située à 2500 km de chez nous) n'a été annoncé en France qu'à partir du 28 avril 1986 : on nous a bien recommandé de ne pas manger de salade. Et en Autriche, il était recommandé de ne surtout pas s'allonger dans l'herbe.

J'ai trouvé incroyable que le romancier soit... un Irlandais... écrivant son premier roman : Darragh McKeon.

Tchernobyl vu sous l'angle méconnu des "liquidateurs", ces premiers hommes à porter secours, à colmater, à intervenir ici et là : des hommes sacrifiés, sans combinaison, oeuvrant parfois à mains nues. Sans conscience du danger extrême à l'exception de quelques-uns, comme Grigori le chirurgien, conscient mais totalement impuissant face au mur de silence des autorités.

"Dans un minuscule appartement de Moscou, un petit prodige de neuf ans joue silencieusement du piano pour ne pas déranger les voisins. Dans une usine de banlieue, sa tante travaille à la chaîne sur des pièces de voiture, et tente de faire oublier son passé de dissidente. Dans un hôpital non loin de là, un chirurgien s'étourdit dans le travail pour ne pas penser à son mariage brisé. Dans la campagne biélorusse, un jeune garçon observe les premières de l'aube, une aube rouge, belle, étrange, inquiétante. Nous sommes le 26 avril 1986. Dans la centrale de Tchernobyl, quelque chose vient de se passer. La vie de ces quatre personnages va changer. Le monde ne sera plus jamais le même..."
"Le garçon s'éveille, regarde la grande aiguille, suit son lent parcours circulaire jusqu'à ce qu'elle marque 5 heures, ce qui l'autorise à repousser ses couvertures et à sortir dans la lumière qui précède l'aube. Elle est différente aujourd'hui. Mélange de mauves et de jaunes, de tons d'un riche rubis qui au moment où il s'éveillait l'ont amené à se demander s'il n'avait pas dormi trop longtemps: l'aube était déjà là, c'était certain."
"Elles sont si curieuses les couleurs qui filtrent aujourd'hui à travers la vitre, si différentes des autres matins, elles donnent à chaque aspect de la pièce un air précieux, à croire que pendant son sommeil leur maison est devenue riche. Ses chemises usées paraissaient taillées dans du bois exotique. Il cherche le mot adéquat pour décrire cela à sa mère ce soir, au moment du dîner, mais il ne le connait pas encore.. Quand elle le lui apprendra plus tard, il le dessinera sur ses lèvres, se le répétera en silence, "lumineux", la forme des syllabes faisait ressembler sa bouche à celle d'un poisson." (p.64)
"Il ouvre les paupières et le ciel emplit ses rétines, un ciel d'un rouge profond. On croirait que la croûte terrestre s'est retournée, que la lave incandescente est en suspens au-dessus de la terre."  (p.65)
"Mais bientôt la forêt est devenue rouge, les feuilles rutilaient. Youri se souvenait que le père d’Artiom en avait ramassé une en déclarant : « Mère Nature saigne »."
"Au bout de trois jours, ils portaient en permanence des habits radioactifs. Après les deux premières semaines, les officiels ont décidé de ne pas remplacer les liquidateurs pour ne pas en sacrifier d'autres. Au cours des réunions d'organisation du travail de la journée, chaque matin, ils calculaient combien de vies ils avaient besoin pour telle tâche spécifique. Deux vies pour ceci, quatre pour cela. C'était comme un cabinet de guerre, quand les hommes se prennent pour Dieu. Le pire, c'est que cela n'a servi à rien.les premiers liquidateurs ont dû malgré tout être remplacés, car à la fin ils étaient trop malades pour continuer le travail." (p.361)
"Parfois, Maria relève la tête et une journée s’est écoulée, parfois, c’est un mois. Presque tous les soirs, Alina, sa sœur, lui demande comment ça s’est passé, aujourd'hui, et elle répond : « Rien de spécial. » Et ils s’additionnent, ces jours sans rien de spécial. Quand on se retourne sur eux, même deux semaines plus tard, on n’y découvre pas le moindre signe distinct."
Sur la catastrophe de Tchernobyl : le beau film "La terre outragée". Il y est aussi question d'un petit garçon de 9 ans, Valery, qui pour célébrer son anniversaire, le 26 avril 1986, plantait avec son père un petit pommier au bord de la rivière près de la centrale. Le père de Valery ? un ingénieur de la centrale...
Par ailleurs, il faut lire l'excellent roman d'Antoine Volodine "Terminus radieux" (mon roman préféré de l'année 2015...), où ce sont quasiment toutes les centrales nucléaires qui les unes après les autres explosent et irradient toutes les régions d'URSS.

--> autres articles "Ukraine" et mes lectures "Europe de l'Est Russie Ukraine"...

lundi 21 novembre 2016

Rencontre du 3e type avec une cicadelle bison

Ma rencontre avec cet... insolite insecte remonte à un an (septembre 2015). Comme le temps passe...
Une cicadelle bison dans mon jardin du sud de Paris































Evidemment, au départ, je n'ai pas remarqué qu'une "drôle de chose" était accrochée à une tige de fleur de mon jardin (sud parisien) ! 
Il m'a fallu une certaine attention pour remarquer qu'une chose verte était posée en effet sur la tige tout aussi verte. 

Cette chose est une "cicadelle bison" (stictocephala bisonia / Buffalo Treehopper en anglais), aussi connue sous les noms vernaculaires de "cérèse buffle / Ceresa bubalus" au Canada et de « cicadelle bubale », ou de « membracide bison » en Europe.

"Membracide-bison" pour faire allusion à son thorax bombé.

Je remercie le site aramel.free d'expliquer qu'il s'agit d'une espèce de Membracidae indigène à l'Amérique du Nord (homoptère d'Amérique du nord introduit en Europe au XIXe siècle).
Elle mesure 6-8 mm et pond sur les arbres fruitiers, en particulier le pommier (certes j'ai un "héritage" de pommier dans mon jardin : tronçonné, mais toujours vivant, mais la cicadelle en était loin...).

Pour la photo, je n'ai cessé de jouer à cache cache avec elle : elle passait son temps à se dissimuler derrière sa tige dès que l'objectif se pointait. Je ne lui en veux pas : c'est la seule et unique fois que j'ai eu la chance d'apercevoir cet insecte hors normes ! Et j'en garde un sacré souvenir !
Encounter of the 3rd kind...

--> voir ma chronique "insectes" et la page des "habitants de mon jardin" !

dimanche 20 novembre 2016

Films du 3e trimestre 2016 : le gagnant est... rock !

😁"Hôtel Woodstock", d'Ang Lee (2009), avec Demetri Martin (Elliot Teichberg) , Eugene Levy, Anthoula Katsimatides
Une découverte ! Pour une fan de musique : instructif, intéressant, passionnant ! 
Un quidam, Elliot Tiber, dont les vieux parents tiennent un hôtel quelque peu décrépit dans la campagne à 150 kilomètres de New York, est à l'origine de l'installation du festival de Woodstock en août 1969. C'est hallucinant. les vaches, les prés, la route, installer l'électricité, les points d'eau, des WC, sous-louer les terres, convaincre les habitants de collaborer avec ... des hippies ! Et in fine, un festival culte, une page de l'histoire. Grandiose !

😊"Sagan", de Diane Kurys (2008), avec Sylvie Testud, Jeanne Balibar, Pierre Palmade...
Sylvie Testud est Sagan... De même qu'elle était Amélie Nothomb dans "Stupeur et tremblements". Si ce n'était pour elle, le film aurait été longuet.

😏"Comme un avion", de Denis Podalydès (2015), avec Bruno & Denis Podalydès, Agnès Jaoui, Sandrine Kiberlain, Pierre Arditi. 
Un gentil film, pour la société d'aujourd'hui qui ressent(irait) le besoin de faire une pause. Pourquoi pas ne pas se construire dans ce cas un kayak (juste parce que le mot est un palindrome) pour se la couler douce sur une rivière, alors qu'on est féru de l'aéropostale ? Bruno Podalydès le décide, comme j'ai dit, c'est gentil, les comédiens sont tous des gens sympathiques, la rivière est belle. Pas sûre de bien me souvenir de ce film dans quelques temps.

😏"Romaine par moins 30", d'Agnès Obadia (2009), avec Sandrine Kiberlain, Pascal Elbé, Louis Morissette, Pierre-Luc Brillant, Elina Löwensohn
Comédie sans prétention, qui a le mérite de se dérouler au Québec en hiver, avec bien sûr certains clichés, mais qui passent. C'est plutôt l'histoire qui a du mal à tenir debout. Ça se regarde, mais "What else..." ?

😏"Samba", d'Eric Toledano et Olivier Nakache (2014), avec Omar Sy, Charlotte Gainsbourg, Izia Higelin, Tahar Rahim
Film sympa, gentillet, avec quelques moments drôles et de bons comédiens, mais je ne le qualifie pas de "comédie" compte tenu du sujet de fond qui est le quotidien des sans-papiers à Paris.

😐"Boomerang", de François Favrat (2015), avec Laurent Lafitte, Mélanie Laurent, Audrey Dana, Bulle Ogier
Tiré d'un roman de Tatiana de Rosnay que je n'ai pas lu. Je ne sais pas si j'ai manqué d'attention en regardant ce film, mais je l'ai vu sans le voir, trouvé intéressant sur le moment mais par la suite des pans de l'histoire m'échappent. Je dirais : "sans plus"...

😊"Casse-tête chinois", de Cédric Klapish, avec Romain Durys, Audrey Tautou, Cécile de France, Katy Reilly
Tout d'abord, cela faisait une éternité que je lorgnais le 3e opus de la série des films de Klapish, tant j'avais (comme tous !) apprécié "L'auberge espagnole" et "Les poupées russes". Et puis, j'avais appris que l'actrice anglaise jouant Wendy, Katy Reilly, veinait de se suicider au moment de la sortie du film, et cela m'avait fait un coup car je l'avais beaucoup appréciée, et elle était si jeune et prometteuse... Eh bien, pas déçue par ce "casse-tête chinois", un peu confus certes, mais qui a l'immense mérite de nous offrir de belles ballades dans New York !

--> Ma chronique "films"... (mais hélas, je n'ai pas souvent l'opportunité d'aller voir les films au ciné dès leur sortie... 😏)

dimanche 13 novembre 2016

Guadalupe Nettel : "Après l'hiver" (Mexique)


***** "Después del invierno" (Mexique, 2014) - Ed. française Buchet-Chastel, 2016, Trad. François Martin, 304 p.

Un chassé-croisé entre deux exilés : Claudio, qui a fui Cuba pour New York, et Cecilia, native d'Oaxaca au Mexique, partie poursuivre de vagues études à Paris. 
Le roman alterne les chapitres consacrés à l'un et à l'autre, jusqu'à leur rencontre via une amie commune. L'auteure, Guadalupe Nettel, fait preuve d'une grande maîtrise pour dépeindre les pensées de ses personnages, tous deux un peu cabossés et perdus. Pourtant, j'ai eu beaucoup de difficultés avec le personnage de Claudio qui m'a d'emblée déplu par son opportunisme (avec Ruth, sa riche compagne "cougar") et son cynisme horripilant. Cecilia m'a davantage touchée, par sa mélancolie, sa rêverie, qui se manifestent au travers de son attachement pour les cimetières (ne vient-elle pas d'Oaxaca, où "el dia de los muertos" est une institution). 
Un troisième personnage très étrange, Tom, le voisin italien de Cecilia à Paris, m'a aussi interpellée...

En résumé, un livre qui m'a davantage plu pour le style et la puissance de narration de l'auteure, que pour l'histoire et le caractère des personnages principaux.

"Mon appartement se trouve sur la 87e Rue, dans l'Upper West Side, à New York. C'est un couloir de pierre qui a tout d'une cellule et où je n'ai mis aucune plante, car tout ce qui est vivant suscite en moi un dégoût inexplicable, comme certaines personnes en éprouvent devant un nid d'araignées." (incipit).

Merci à l'éditeur Buchet Chastel et à Babelio Masse Critique pour cette découverte.

--> Mes autres lectures d'Amérique latine...

samedi 10 septembre 2016

Emily St John Mandel : "Station Eleven" (Canada)

***** Canada, 2014 - (Ed. française Rivages, traduit de G. de Chergé, 480 p.)
Ovni...  (Ce n'est pas pour ça que j'ai entouré ma photo d'avions...).
De cette jeune auteure canadienne anglophone, j'avais lu "Last Night in Montreal" (2009) : bien écrit, un peu compliqué mais tout de même intéressant sauf la fin qui m'avait laissée sur ma faim.

J'ai voulu découvrir son dernier livre, et là coup de coeur ! J'ai trouvé qu'elle avait tant mûri entre ces deux romans, que je ne reconnaissais pas son style et n'aurais pas su lui attribuer ce titre en cas de devinette.

"Station Eleven" est un roman passionnant d'anticipation... alors que je déteste l'anticipation ou la SF. L'histoire est tout simplement si rondement menée qu'on s'y prend, c'est écrit de main de maître...

En condensé : tout tourne autour d'un célèbre acteur de cinéma reconverti dans le théâtre de Shakespeare. Ce soir-là, il est le Roi Lear, sur une scène de Toronto. Et il meurt sur scène. For real. 
Autour de lui, les autres comédiens, le staff, le public, les journalistes, la ville... On les côtoie de près, on se demande pourquoi, qui va jouer quel rôle dans la suite de l'opus... Et voilà que l'auteure assène au lecteur un premier "indice" : nombre de ces gens ne seront plus vivants d'ici quelques semaines...

S'ensuit une course folle contre ce que l'on comprend être une épidémie foudroyante, laissant peu à peu comprendre que l'on s'approche de la fin du monde. 
Plus rien.... Plus d'électricité, de transports, d'hôpitaux, d'Internet, de téléphone, de chauffage, de vivres, de... sociabilité. le silence absolu, la peur, l'ignorance, l'oubli du monde d'avant.

Et puis, de ci-de là, quelques survivants. Mais comme dans les scénarios de SF, les uns doivent prendre emprise sur les autres pour dominer. Aussi, dans un monde quasi-englouti ou disparu, la lutte pour la survie continue et Emily St John Mandel nous fait suivre un petit groupe de ces survivants : une troupe de théâtre baptisée "La Symphonie itinérante" ! Surréaliste (le cas de le dire).
In a lost world, une petite troupe de succédanés des la vie d'avant, réunis plus par les circonstances tragiques que par la passion des arts, s'en va de ville en ville présenter des pièces de Shakespeare ou des jouer des morceaux de Beethoven. Surréaliste (je me répète) mais tellement prenant. L'art comme lumière au bout du tunnel.
Magicienne Emily St. John Mandel.

Elle met en poésie la perte de tout chez les quelques survivants, de tous leurs repères, leurs habitudes, leur confort, la vie sociale, la sécurité, l'avenir... (le papi qui s'évertue à refaire marcher un ordi, ou le souvenir si prégnant du temps où des lumières existaient, où l'électricité fonctionnait, où les avions volaient ou les voitures roulaient... et surtout où les télécommunications existaient !!!, comment faire un musée avec une carte visa, un passeport, un téléphone etc.). L'auteur décrit si bien les souvenirs de ceux qui ont connu Internet et les téléphones portables, et sont quasi revenus à l'âge de pierre pour se faire entendre d'une distance à l'autre.

Nous lecteur, suivons cette troupe de survivants, en nous intéressant aux destins individuels de quelques-uns qui finiront par se croiser. Nous cheminons lentement, avec moult précautions car mécréants ou gourous sévissent encore hélas dans ce monde de fin du monde, aux côtés de ces pauvres troubadours jusqu'à leur saint Graal, un aéroport lambda de l'Ontario. 
Haletant. je recommande ! Merci aux Editions Rivages et à Masse Critique pour cette perle. Et les droits pour une adaptation ciné ont déjà été achetés : j'espère que ce sera à la hauteur du roman.

NB : En son temps, le roman "Ravage" de René Barjavel (1943) contait la survie d'une population confrontée à la fin de l'électricité, des moyens de transports... Livre culte.

--> Mes autres lectures d'Amérique du Nord...

J'ai hébergé une ravageuse pyrale du buis...

Assez naïvement, l'an dernier à cette même époque, je m'extasie devant un papillon "inhabituel" posé sur la vitre du salon, à l'intérieur...
Je m'empresse de le prendre en photo... puis d'ouvrir la fenêtre afin qu'il recouvre sa liberté.

Quelle innocente ! Car au même moment mon voisin se lamentait de l'agonie de son buis totalement desséché, et tous les buis de la commune étaient d'ailleurs dans le même état (ils ont été arrachés depuis).

Or cela ne fait pas longtemps que j'ai découvert que ce papillon insolite posé chez moi était la redoutable pyrale du buis. 
Il s'agit de Cydalima perspectalis (« Box Tree Moth » en anglais). Ce lépidoptère nocturne n'est apparu en France qu'en 2008 via comme souvent l'importation de plantes d'Asie, comme la coccinelle asiatique, et figure maintenant sur la liste d'alerte de l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes.

Cette pyrale est présente sur tout le territoire depuis 2014. Au printemps 2014, ses chenilles ont envahi l'Ile de France. Elle fait des ravages considérables et n'a pas de prédateur naturel en Europe de l'ouest. Par exemple, en Savoie, elle a grignoté tant d'arbres que la randonnée a été interdite sur certains sentiers et en Méditerranée ses ravages sont une menace pour l'érosion des sols.
Si j'avais su, au lieu de lui faire prendre la pose devant mon appareil photo... j'aurais fait autre chose.

--> cf. Rubrique "insectes" et page des "habitants de mon jardin"

jeudi 8 septembre 2016

Tim Burton : un univers poétique et magique qui fait du bien



Affiches dans le hall de la Cinémathèque
J'ai récemment revu "Mars Attacks" de Tim Burton... Réalisé en 1996 et inspiré de "La guerre des mondes" de H.G. Wells. Mordant, ironique, incroyablement violent et sans pitié : le Président des EU décide de faire bon accueil à une délégation de Martiens ... Et c'est la tuerie ! 
Extrême naïveté ? Faute professionnelle des services secrets et de l'armée ? Peur de l'inconnu ou méconnaissance absolue ? Confiance totale et sans appel dans la suprématie états-unienne ? 
Le film marque par l'utilisation des effets spéciaux, de la couleur, de la scénographie années 70, et l'alternance de scènes dramatiques et cocasses. Pas un film culte pour mon goût personnel mais à voir pour apprécier l'univers de Tim Burton.

Cela m'a fait penser que je n'avais jamais publié ma chronique sur l'expo... de 2012 (!!!) sur l’univers de Tim Burton, à la Cinémathèque française,  qui fut un régal… 
Visitée avec mon fils passionné de cinéma, encore plus mémorable !

La scénographie était intéressante, avec par exemple une salle obscure où étaient exposés les dessins et œuvres réalisés à la peinture phosphorescente. Effet géant !
Des extraits de films, y compris œuvres de jeunesse méconnus, rendaient la visite bien vivante. Les figurines des personnages fétiches de Tim Burton étaient impressionnantes à regarder. Et ses croquis (certains sur des serviettes de table), dessins, tableaux, carnets d’écoliers, tous plein de couleurs et si inventifs et humoristiques, et si habilement exécutés… un vrai régal que de voir tout cela.

Catalogue de l'expo et nos tickets
Le catalogue de l’exposition (R. Magliozzo & J. He, Edition La cinémathèque française, 2012) nous éclaire sur la jeunesse et le parcours de cet artiste hors normes :

"Tim Burton est né le 25/08/1958. Il se décrit comme un ado introverti et farceur. Il collectionne les cartes de vœux, dresse la liste des films d’horreur et de SF, dessine sa star préférée Vincent Price.
Sa ville natale, Burbank (banlieue californienne) se prête à la mise en images de sa jeunesse : il l’utilisera aussi pour la finale frénétique de Pee Wee Big Adventures (1985), la banlieue pastel d’Edward aux mains d’argent (1990), la petite ville dystopique de Beetlejuice (1988)…


Le lien entre l’enfance et l’âge adulte est récurrent dans son œuvre et explique son attirance pour les contes de fée, la littérature enfantine, l’horreur gothique et la SF.
TB a jusqu’à présent tourné 16 films : « Raconter des histoires, principalement à travers des images frappantes et des personnages inoubliables incarnant ses thèmes récurrents : isolement d’un héros en rupture avec le monde, et la recherche d’identité. »

Les intrigues simples de ses films se traduisent par des enchaînements visuels complexes.
La présence  de comique dans le macabre fait contrepoids aux personnages lascifs et aux actions gore ou crues. La violence de ses films tient trop du cartoon pour être perturbante.

- Dans Mars Attacks (1996), la première dame meurt écrasée par un lustre, "et on s’étonne à peine qu’une langue immensément longue sorte de sa tête comme un dessin animé de la Warner".
- Les têtes de Sleepy Hollow  tournent sur leur cou avant leur décapitation.
- Dans Sweeney Todd, le sang fuse en geyser et les corps tombent avec un bruit exagérément sourd dans le conduit du hachoir géant.
Burton a déclaré : « J’aime les personnages extrêmes, mais qui n’ont pas conscience de leur étrangeté ». Ainsi :
- Edward aux mains d’argent (1990) : Edward incarne physiquement l’isolement avec son incapacité à toucher  directement les autres à cause de ses mains en ciseaux
- Batman, le défi (1992) : Batman, Catwoman et le pingouin  ne luttent pas seulement les uns contre les autres mais contre leur obligation de maintenir des identités doubles.
- L’étrange Noël de Monsieur Jack (1993) : Jack Skellington, insatisfait de son succès en tant que roi des citrouilles,  à Halloween Ville, se lance dans un nouveau rôle : le « perce-oreilles ».
- Big Fish (2003) : les mensonges qu’Edward Bloom raconte sur sa jeunesse l’éloignent de son fils.
- Charlie et la chocolaterie (2005) : Charlie Bucket remarque avec sagesse : « Les sucreries n’ont pas à signifier quoi que ce soit. C’est pour ça que ce sont des sucreries. »

- INFLUENCE DU PEINTRE NORVEGIEN EDVAR MUNCH :


E. Munch :Attraction
Wikipedia cite l'influence graphique d'Edvard Munch et du tableau Le Cri auxquels Beetlejuice et L'Étrange Noël de Monsieur Jack font explicitement référence.
Idem pour les aquarelles de Munch "L'Attraction" (1896) ou "l'Amaryllis" dessinée en 1909, dont l'inspiration dans l'oeuvre de T. Burton semble flagrante.

"Etrange Noël de Mr Jack" : statue du "Cri" de Munch
E. Munch : Amaryllis




"Le Cri d’Edvard Munch symbolise « l’homme moderne emporté par une crise d’angoisse existentielle. »1 On peut aisément relier l’angoisse aux cauchemars, soit car ces derniers en sont la cause, soit car l’angoisse est un élément déclencheur et/ou « catalyseur » des cauchemars. On peut donc dire que la représentation de ce célèbre tableau est un élément tournant autour de la peur, l’angoisse et l’égarement. Autant d’éléments que l’on retrouve dans l’univers burtonien.
Dans le cas de nos deux statues, elles font toutes deux, au fond, référence à l’étouffement provoqué par l’angoisse et le stress. Ces derniers nous renvoyant aux cauchemars."
1 http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Cri
2 http://fr.wikipedia.org/wiki/Symbolique_du_cheval#Chevaux_mal.C3.A9fiques_et_d.C3.A9moniaques
3 Film (00 : 07 : 00)

- Filmographie de Tim Burton :
  • Pee-wee's Big Adventure : The Story of a Rebel and his Bike (1985)
  • Beetlejuice (1988) : culte...
  • Batman (1989)
  • Edward aux mains d’argent / Edward Scissorhands (1990) : culte...
  • Batman, le défi / Batman Returns (1992), pas trop mon genre mais ok.
  • L’étrange Noël de Monsieur Jack / The Nightmare before Christmas (1993) – scénario inspiré d’un poème d’Edgar Allan Poe. (NB : T. Burton est producteur de ce film), génial...
  • Ed Wood (1994)
  • Mars Attacks (1996) – inspiré de « la Guerre des mondes » d’H.G. Wells, voit ci-dessus
  • Sleepy Hollow (1999), incontournable... Vu et revu avec autant de chair de poule.
  • La planète des singes / Planet of the apes (2001), d’après Pierre Boulle. Pas mon univers...
  • Big Fish (2003) : j'avoue que j'ai du mal avec ce film pourtant estimé... Les jonquilles géantes m'horripilent entre autres... l'histoire me semble si neuneu...
  • Charlie et la chocolaterie / Charlie and the Chocolate Factory (2005) d’après Roald Dahl. Super !
  • Les noces funèbres / Corpse Bride (2005) : adoré aussi !
  • Sweeney Todd : le diabolique barbier de Fleet Street / The Demon Barber of Fleet Street (2007)
  • Alice au pays des merveilles / Alice in Wonderland (2010). Un peu chargé...
  • Dark Shadows (2012) 
  • Frankenweenie (2012) : très bien
  • Night of the Living (2013). pas vu
  • Big Eyes (2014) : Excellent film, voir mon billet ICI
  • Miss Peregrine et les enfants particuliers (2016)
  • Dumbo (2016)
  • Beetlejuice 2 (2017)

--> Voir aussi ma (toute petite) chronique "cinéma"...
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...