mercredi 24 août 2016

Gisèle Pineau : "Fleur de Barbarie"

***** 2005 (Ed. Mercure de France)
Gisèle Pineau fait partie de mes écrivains incontournables : ceux dont je m'efforce d'essayer de lire tous les livres. Je l'ai découverte ... parce qu'elle est guadeloupéenne, et je suis tombée en amour de son écriture et de ses histoires.

Le roman "Fleur de Barbarie" surprend par son titre antinomique. Il raconte l'histoire de Josette, une fillette placée par sa mère dans une famille de la Sarthe à 4 ans, jusqu'à ses 9 ans où sa mère décide brutalement de la renvoyer au "pays", à Maire-Galante, chez grand-mère Théodora.
Ses plus beaux souvenirs d'enfance, Josette les tire de la vie à la ferme, en métropole, auprès de Tata Michelle ("la plus grande fan de Joséphine Baker", qui décide de surnommer Josette "Joséphine"), de Pépé Marcel et de Mémé Georgette.

"Je me souviens, Mémé Georgette a ouvert de grands yeux et elle est presque tombée à la renverse quand tu as retiré ta cagoule rouge et tes gants verts. Ça, pour être noire, t’es noire, ma Joséphine… Je te vexe pas, hein !… Je crois bien que c’était la première fois qu’elle voyait une Noire en vrai sous son toit, en chair et en os."
"Quand t’es sortie du bain, l’eau était si noire que Mémé a poussé un cri de stupeur, elle a pensé que c’était comme ça chez vous. Elle croyait que tu dégorgeais ton jus. Tu disais pas un mot tandis que je t’étrillais du mieux que je pouvais." "[Mémé] s’est habituée à toi et vous êtes de bonnes commères maintenant, pas vrai. Elle a aussi compris que c’était pas chrétien de t’appeler Bamboula ou la Noiraude et elle a plus recommencé, sauf une ou deux fois, ça lui a échappé…"
"Tata Michelle connaissait par cœur les chansons de la Baker. Et que j’avais bien été forcée de les apprendre pour les chanter avec elle. Et qu’elle m’avait déguisée en Joséphine Baker pour la fête du Mardi gras. J’étais vêtue d’un tricot blanc, d’un collant rose et d’une ceinture de bananes. Et elle avait cousu mon costume toute seule, juste en regardant la pochette d’un disque de Joséphine. Elle avait plaqué mes cheveux sur ma tête et sur mon front avec du blanc d’œuf, pour que je ressemble encore plus à la vraie."
Propulsée en Guadeloupe, coupée de ses liens avec sa famille d'adoption, Josette est d'abord une déracinée. Dans la maisonnette de la grand-mère, elle n'a pas de repères, il y a des non-dits, des mystères. La grand-mère va faire le ménage dans la demeure cossue d'une écrivaine célèbre, Margaret Solin, et ça aussi c'est tout un mystère. Mme Solin s'occupe d'enfants à distance, à Saint-Louis du Sénégal, tout comme Joséphine Baker s'occupait d'une grande bande d'orphelins. La suite du roman est la quête de Josette pour connaître le mystère de sa famille, et se construire une vie d'écrivaine, elle aussi, en s'efforçant de concilier ses racines antillaises et ses "régions" d'adoption, la Sarthe et Paris.

Un beau roman de Gisèle Pineau, comme tous ses autres livres ("La grande drive des esprits", 1993 - "L'espérance-macadam", 1995 - "L'exil selon Julia", 1996 - "L'âme prêtée aux oiseaux", 1998 - "Chair piment", 2002 - "Morne Câpresse", 2008 - "Un papillon dans la cité" 1992...).
Je n'ai pas encore eu l'occasion de lire "Mes quatre femmes", 2007 ni "Folie, aller simple : Journée ordinaire d'une infirmière" 2010 (Elle a été infirmière psychiatrique), ni les plus récents depuis 2010.

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