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lundi 8 mars 2021

Lectures canines de par le monde

 Une vie de chien... : la vie de notre toutou est des plus sympathiques, entourée d'amour, sa gamelle pleine, son jardin pour creuser, sa rue pour aboyer sur les passants, ou sur le facteur des fois qu'il ose embarquer "sa" boite aux lettres, ou japper après les éboueurs qui touchent à "sa" poubelle...


Eh oui, une famille ordinaire gaga de son animal de compagnie. Voyez la rubrique CHIENS de ce blog pour admirer nos canailles !
Et de fil en aiguille... quel pourrait être le lien entre une grande lectrice et une inconditionnelle de son toutou : eh bien, une revue des romans dont le chien est un héros ou un "personnage" important !!!
Comment présenter cette "dog books review" ??? En suivant le fil conducteur géographique de ce blog... chaque contrée a ses grands écrivains fous de leur toutou !

Allemagne :Les Années de chien par Grass
  • Les Années de chien / Günter Grass  (Seuil 1997)
    "Il était une fois... un chien. Il s'appelait Perkun et appartenait à un compagnon meunier de Lituanie qui avait trouvé du travail à l'embouchure de la Vistule. Perkun survécut et engendra Senta. Senta engendra Harras. Harras couvrit la chienne Thekla qui engendra Prinz. Et Prinz, offert pour son anniversaire au Führer et Chancelier du Reich, parut aux actualités."

Autriche :
  • Idylle avec chien qui se noie par KöhlmeierIdylle avec chien qui se noie / Michael Köhlmeier (Actes sud 2011)
    "Deux hommes se promènent le long du Rhin, plongés dans une discussion sur la littérature.(...). De loin, les promeneurs aperçoivent soudain un grand chien noir qui court à leur rencontre sur la glace, mais elle cède sous son poids et il tombe à l'eau. Pendant que son ami part chercher du secours, l'écrivain rampe jusqu'au chien qui s'agrippe à sa manche. Très vite, il comprend qu'il risque de sombrer avec lui. Pourquoi ne renonce-t-il pas, pourquoi refuse-t-il, au mépris de sa vie, de laisser le dernier mot à la mort.
    Michael Köhlmeier a perdu sa fille aînée après une chute mortelle en montagne. Comment la retrouver par l'écriture sans que sa mort devienne un objet littéraire, c'est tout l'enjeu de ce livre admirable."  

Cameroun :

Temps de chien, numéro 172 par Nganang
  • Temps de chien / Patrice Nganang  (Le Serpent à Plumes 2001) *****
    "A Yaoundé, depuis le bar de son maître, le chien cano-humaniste Mboudjak porte un regard loufoque sur le monde". Ce chien nous raconte sa relation avec la famille, la rue, les clients du bistro, ses escapades pour voir ailleurs du côté des chiens errants (autant rentrer chez son maître !) et, en même temps, le chien nous livre ses réflexions sur la méchanceté des hommes entre eux, les petitesses, la corruption, la misère aussi; les fonctionnaires qui ne sont plus payés, les grèves, la protestation qui commence... et finalement, ce chien penseur nous déroule la critique politique du gouvernement en place. Lire la suite...

Canada :
  • L'école des chiens / Daniel Guénette (Québec, Ed Triptyque 2015)
    Un homme apprivoise doucement le deuil de son chien.
  • Fauna / Alissa York  (Ed J. Lasfeld 2011)
    Un homme recueille les animaux dans son refuge, et accueille une jeune fille mal en point, avec son gros chien

Etats-Unis :
Croc-Blanc par London  Le chien boomerang par Cueco Marley et moi : Mon histoire d'amour avec le pire chien du monde par Grogan Mon chien stupide par Fante Va chercher ! par Quinn Wendy & Lucy par RaymondHistoires sans issue par Boyle


  • L'art de courir sous la pluie / Garth Stein (2008) *****
    Le chien Enzo : "Donc, ce documentaire m'a ouvert les yeux : quand un chien a fini de vivre sa vie de chien, il se réincarne en homme. Je me suis toujours senti presque humain. J'ai toujours su qu'il y avait quelque chose en moi de différent des autres chiens. Bien sûr, je suis coincé dans le corps d'un chien, mais ce n'est que l'enveloppe extérieure. C'est ce qu'il y a à l'intérieur qui compte : l'esprit. Et mon esprit est tout ce qu'il y a de plus humain."
  • Marley et moiJohn Grogan
    Ames sensibles : ne pas lire !!! Le livre est une ode à Marley le labrador avec qui l'on grandit, dont on sourit de l'apprentissage difficile de la propreté, des bêtises en folie... mais quelle descente aux enfers que la fin du livre où l'on accompagne Marley dans la maladie. Mouchoirs, une boite n'est pas assez... Mon frère, "papa" d'un épagneul breton, m'en veut encore de lui avoir offert ce livre. Chez nous, le livre est remisé à la cave...
  • Mon chien stupide / John Fante  (10/18, 2002)  *****
    L'existence tumultueuse de la famille est bouleversée lorsqu'un gigantesque chien décide de s'installer dans la maison, pour le plus grand bonheur du narrateur, écrivain raté, mais au grand dam du reste de sa tribu.  Lire ma critique détaillée ...
  • L'ami / Sigrid Nunez (2018) *****
    J'ai été touchée par cet apprentissage d'une relation très particulière entre un gros chien arthritique et dépressif et une femme d'un certain âge abonnée à la solitude, une "invisible" comme disait l'écrivain. Un livre intéressant, aussi pour New York...
  •  Zelda, reine de Paris (Zelda, the queen of Paris) / Paul Chutkow
  • Va chercher (Dog done it !) et Chienne d'enquête / Spencer Quinn *****
    "Moi, c'est Chet, chien-détective." Gentillet...
  • Croc Blanc - L'appel de la forêt *****- Jerry chien des îles / Jack London
  • Histoires sans issue / T.C. Boyle (Grasset 2012) - Un couple de vieux millionnaires ont fait cloner leur lévrier et embauchent une étudiante pour éduquer le toutou à l'identique de l'original..
  • Le chien boomerang / Henri Cueco (JBZ 2010)
  • Wendy et Lucy / Jon Raymond

  France :
 Au bonheur des chiens par ForlaniChien blanc par Gary  Chiens par Colette Chiens de comptoir par Gourio Le cas Sneijder par Dubois L'os d'aurochs par FleutiauxMétaphysique du chien - Prix Renaudot des Lycéens 2002 par Ségur  Nous deux mon chien par Caradec Un chien de saison par Denuzière Dernière caresse par GuillebaudUn chien mort après lui par RolinLes merveilles par CastillonNom d'un chien par Davrichewy

  • Le cas Sneijder / Jean-Paul Dubois (L'Olivier 2011) - 💚💙  *****
    Excellent roman. Voir mon avis plus détaillé. A Montréal, un homme marqué par le sort devient promeneur de chiens pour l’'agence DogDogWalk : rescapé d'un ascenseur, bouffé par sa famille, sauvé par les chiens...Aussi vu au théâtre, une merveille !
  • L'été où j'ai perdu mon chien / François David (Folio Junior, 2004) *****
    Le chien comme meilleur ami d'une ado dont les parents se disputent, et se séparent et se détestent...
  • Nom d'un chien / Kéthévane Davrichewy (Ecole des loisirs 2001) *****
    "Contrairement à son cousin Arthur, Lou n’aime pas les animaux. Elle en a peur. Alors pourquoi est-ce à elle que ses parents et sa grand-mère ont offert un bébé labrador ? Lou ne veut pas de cette boule de poils qui la suit partout, qui fait pipi et caca dans toute la maison et qui mâchouille tout ce qu’elle trouve. Il faut que ce chien quitte la maison. D’abord, l’amour, ça ne se commande pas. Lou a raison, l’amour ne se commande pas... C’est pour ça qu’il réserve des surprises. " Lire la suite
  • Un chien mort après lui / Jean Rolin  (P.O.L 2009) *****
    "Au début de 'Moby Dick', Ismahel, sur le point d'embarquer observe que le capitaine du Péquod porte le nom d'un roi biblique qui était 'fameusement impie', et dont le corps fut livré aux chiens. Nombreux sont les héros de la guerre de Troie qui n'échappèrent que de justesse au sort. Ainsi les rapports entre l'homme et le chien ne se bornent-ils pas à cette gentille histoire, aux circonstances controversées, de la domestication de l'un par l'autre : autant que la littérature universelle, les chiens errants sont là pour nous le prouver. Et c'est sur les traces de ces derniers que l'auteur d''Un chien mort après lui' parcourt le monde depuis les banlieues de Moscou jusqu'aux confins des déserts australiens."  Lire la suite
  • Chien blanc / Romain Gary  (Gallimard 1972)
    "Romain Gary et Jean Seberg  adoptent aux EU un berger allemand, Batka, qui se révèle être un Chien Blanc c'est-à-dire un chien élevé dans un des Etats du Sud et dressé férocement contre les Noirs. Ne pouvant se résoudre à l'abattre et refusant l'irrémédiable, Romain Gary décide avec l'aide d'un Noir, Keys, de ré-éduquer le chien."
  •  Jules - Le retour de Jules / Didier Van Cauwelaert (2015 ***** et 2017 *****)
    Des scènes drôles, un mix de Jacques Tati / Beethoven / Marley / Pierre Richard... et un peu de suspense tout de même. Alors oui, point de style académique ou poétique, mais de la bonne et belle histoire avec un chien (ça me suffit !), sur fond de bluette, ben oui... Sauf que Didier van Cauwelaert maîtrise de bout en bout le sujet des chiens guides et j'ai appris énormément de choses en lisant ces deux livres. RESPECT. NB : Hâte de voir une adaptation ciné...
  • Le collier rouge / Jean-Christophe Rufin (2014) *****
  • Chiens de comptoir / Jean-Marie Gourio (J'ai Lu 1999)
  • Métaphysique du chien / Philippe Ségur (Seuil 2003) *****
    Bof bof...la couverture est alléchante (même toutou à lunettes d'intello que le John Fante !) mais lecture difficile, j'aurais bien pu m'en passer... 
  •  Les merveilles / Claire Castillon (Grasset, 2012)
    Je ne lirai pas ce livre où le résumé met en avant l'amour de la fillette pour son chien et la violence effroyable du père qui, un jour d'énervement parmi tant d'autres, maltraite et mutile le chien qui jappait au mauvais moment.. Et la gamine plus tard d'adopter elle-aussi un comportement violent et sadique...
  • L'os d'aurochs / Pierrette Fleutiaux (Ed. Chemin de fer 2007)
  • Chiens / Colette
    Recueil d'extraits de romans dans lesquels Colette, connue pour son amour des chats, évoque aussi avec affection la gente canine.
  • Au bonheur des chiens / Remo Forlani - Gentillet, offert à mon père, pas un souvenir impérissable ... *****
  • Un chien de saison / Maurice Denuzière (Le Livre de poche 2004)
  • Nous deux mon chien / François Caradec
  • Dernière caresse / Catherine Guillebaud  (Gallimard 2009)
    Mastic le setter anglais raconte sa propre vie, jusqu'à la fin

Un chien de caractère par MáraiHongrie :
  • Un chien de caractère / Sandor Marai  (Albin Michel, 2003)
    L'acquisition d'un chien joyeux mais rebelle, nommé Tchoutora lors du noël 1928, bouleverse la vie d'une famille de la bourgeoisie hongroise du milieu du XXe siècle. En fait, le héros de ce conte moral, un charmant quadrupède, semble totalement rétif aux règles dictées par la bonne société aux êtres inférieurs.
  • Niki, l'histoire d'un chien par Déry)
    Niki, l'histoire d'un chien / Tibor Déry (Circé, 2010)
    "Pour autant qu'on pouvait le distinguer dans le crépuscule où baignait le jardin, c'était un fox-terrier, sans doute un croisement de fox à poil dur et de fox à poil ras. Son corps svelte était recouvert d'un poil blanc court et lisse, sans tache ni éclaboussure. Seules les oreilles étaient noisette, avec un trait noir à la naissance. Par une de ces coquetteries dont la nature est prodigue, le dessin et la couleur, à l'attache de chacune des oreilles, n'étaient pas symétriques. De l'oreille gauche, une raie noisette descendait jusqu'aux cils en passant par le dessus de la tête. Au-dessous de l'oreille droite, la gueule était d'une blancheur immaculée, mais derrière l'oreille le trait noir, comme pour faire un contraste amusant avec la blancheur de la gueule, descendait profondément sur la nuque, dépassant la ligne où, d'habitude, les chiens portent le collier. Là, il s'élargissait en une sorte de carré noir, pour autant que la nature consente à former des carrés et autres figures géométriques régulières. Ajoutons deux grands yeux luisants à la base d'une tête allongée en triangle, à la pointe duquel brillait un petit nez noir comme astiqué au cirage, et nous aurons dessiné à grands traits la gracieuse silhouette qui venait de s'installer aux pieds d'Ancsa. " L'histoire de Niki, une chienne ordinaire, et des Ancsa, un couple non moins ordinaire, est une parabole extraordinairement émouvante, sans jamais donner dans la sensiblerie, sur l'attention, la gentillesse et la résistance de l'amour."
    Trois gouttes de sang par Hedayat
Iran :
  • Trois gouttes de sang / Saddeq Heddayat  (Phébus 1991) *****
    L'une des nouvelles de ce grand écrivain iranien est consacrée à la mort d'un chien errant, dans un fossé, et c'est d'une profonde tristesse. Poignant.
Japon :
  • Journal d'un chien / Yukuo Murakami (Circonflexe 1996)
    Le chien gardien d'étoiles par Murakami (II)Journal d'un chien par Murakami"Je m'appelle Woody. Aujourd'hui, pour la première fois depuis longtemps, mon maître a voulu lire le journal et il m'a envoyé à la ville pour le chercher... Illustré par l'un des plus grands peintres japonais contemporains, ce journal relate les pensées fantasques et poétiques d'un petit chien espiègle."
  • Le chien gardien d'étoiles / Takashi Murakami (Ed. Sarbacane 2011)
Ciel bleu : Une enfance dans le Haut Altaï par Tschinag
Mongolie :
  • Ciel bleu : Une enfance dans le Haut Altaï / Galsan Tschinag
    L'auteur raconte son enfance dans une famille d'éleveurs de moutons, dans la steppe aux confins du désert de Gobi. Il y découvre le monde à travers sa relation avec Arsilang son chien, dont les aventures ouvrent et ferment le livre. (AM Métaillé, 2004)

Royaume-Uni :

n56450
La femme sur la plage avec un chien par Boyd Le Bizarre Incident du chien pendant la nuit par Haddon   Le chien des Baskerville par Conan DoyleTimoléon, chien fidèle par Rhodes Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marilyn Monroe par O’HaganFluke par HerbertParoles de chien par KiplingDoglands par Willocks
  •  Fluke / James Herbert (science fiction...) (Presses Pocket 1999)
    "Fluke n'est pas un chien comme les autres. Quelque part en lui, il y avait ce souvenir obsédant d'avoir autrefois été un homme. Et d'être mort de mort violente. Maintenant, il erre dans les rues de la ville, poussé par une faim féroce et à la recherche d'une proie qu'il ne parvient pas bien à définir. Bientôt, il retrouve la trace de ceux qui, dans une autre vie, furent sa femme et ses enfants. Il en est sûr : c'est à eux désormais que son assassin risque de s'en prendre."
  • Flush, a biography / Virginia Woolf
    Récit de la vie ("biographie") de Flush, le cocker d'Elizabeth Barrett Browning, qui fut kidnappé, retrouvé, et puis qui vieillit et meurt tout simplement. Le livre a été publié pour la première fois en 1933, Virginia Woolf s'est suicidée en 1941.
  • Doglands / Tim Willocks (Syros, 2012) *****
    Un road-trip canin, un roman d’aventures dont un chien « maraudeur » est le héros, conte initiatique… Découverte du monde des lévriers et de l’enfer des courses de lévriers en Angleterre. Réflexion sur notre rapport à l’animal, son bien-être, la domestication… C’est un roman riche et passionnant qui se lit d‘une traite, pas seulement pour le public jeunesse, pour les adultes aussi !
    "Ses muscles se lancèrent dans un double galop. Ses coussinets martelaient la roche. Son sang de lévrier lui donnait vitesse et puissance. Son sang de chien-loup, endurance et courage. Au lieu de se sentir plus faible, il se sentait plus fort. Et alors il comprit quelque chose d'extraordinaire. Même si le tunnel était noir comme une nuit sans étoiles, et alors même qu'il courait à toute vitesse, il ne se heurtait pas aux parois qui n'étaient qu'à quelques centimètres de lui. Furgul ne savait pas pourquoi. Il ne faisait que courir. Puis un vent étrange souffla, venu du tunnel derrière lui. Et - comme si un fantôme avait chuchoté à son âme - Furgul entendit l'appel des Doglands."
  • La femme sur la plage avec un chien / William Boyd
  • Le bizarre incident du chien pendant la nuit / Mark Haddon 💚💙 *****
    Le caniche de la voisine a été tué. Autour ce cet "incident", un jeune adolescent autiste décide de mener son enquête, à sa façon, dans son monde et avec ses repères.
  • Le chien des Baskerville / Arthur Conan Doyle
    Clin d'oeil ! (je ne pouvais pas passer à côté ;))
  • Paroles de chien / "Thy servant told by Boots" Rudyard Kipling  (Rivages Payot, 2010) *****
    Avec une pointe d’ironie innocente, Kipling nous permet de voir le monde à travers les yeux de notre plus fidèle compagnon, et nous révèle une fois encore, avec ce livre qui devrait ravir plus d’un lecteur, toute la verve surprenante de son talent de narrateur. On dit souvent de son animal domestique qu’il ne lui manque que la parole. Avec Paroles de chien, Kipling a enfin réparé cette injustice ! Lire la suite
  • Timoléon chien fidèle / Dan Rhodes 😱 Livre à fuir !!!
    J'ai acheté ce livre pour son titre et la face sympathique du toutou sur la couverture... Je ne peux même pas m'attarder sur l'histoire inintéressante de ce vieux dandy pris au piège du jeune gigolo sans états d'âme. J'ai détesté ce livre et fus extrêmement choquée par la fin...où ce mécréant violente à n'en plus finir le malheureux animal. Il m'en est resté un sentiment de nausée face à tant de violence gratuite. Et une détestation de cet auteur, qui au demeurant ne m'avait pas marquée pour son style littéraire : rien de particulier, pas de magie des mots.. Je déconseille ce livre aux amis des bêtes et à ceux qui n'ont pas de temps à perdre en lectures inutiles.
  • Vie et opinions de Maf le chien et de son amie Marylin Monroe / Andrew O'Hagan

Royaume-Uni/Ukraine :
  • Deux caravanes par LewyckaDeux caravanes / Marina Lewycka (Editions des Deux Terres, 2010) 💙💚 *****
    Un bon roman sur le parcours de quelques immigrés clandestins d'Europe de l'Est (entre autres) venus tenter leur chance en Angleterre, avec un zoom sur les filières mafieuses qui les exploitent, la précarité, la solitude... Mais pas pour nos personnages principaux qui découvrent la solidarité, l'aventure et l'amour... La pointe d'originalité du roman (ou l'une d'elles) tient aux interventions du "Chien" dans la construction du récit, et dans l'histoire !
    Le Chien : Il a fait irruption au campement des cueilleurs de fraises et s'est retrouvé "adopté" et appelé"Le Chien". Il avait de même fait irruption dans le récit : l'auteur a inséré des paragraphes en retrait par rapport au reste du récit, écrits en majuscules et sans aucune ponctuation. De sorte qu'à la lecture du premier paragraphe (ils commencent tous par : "JE SUIS UN CHIEN JE COURS JE COURS"), on se pose des questions sur cette irruption dans le récit. C'est une vraie surprise, et je me suis amusée à relire plusieurs fois les paragraphes "Chien" pour bien comprendre le sens (sans ponctuation et avec un langage parlé retranscrivant les pensées du chien !).
    Finalement, le Chien devient un "personnage" incontournable dans l'histoire, il était en fuite lui aussi et se retrouve arrimé à ce groupe hétéroclite, tout en élisant l'un d'entre eux (Andrei) comme étant "son homme", tandis qu'il se réfère (gentiment) à Irina comme à "la femelle plus bête qu'un mouton" ou à Tomasz le Polonais comme à "l'homme à la bonne odeur de pieds" (tout le contraire...).
Coeur de chien par Boulgakov Russie :
  •  Coeur de chien / Mikhaïl Boulgakov (Livre de Poche 1999)
    Brrr... pas un livre pour la maîtresse à son chienchien ! Une histoire noire et loufoque d'expérience sur un chien qui, greffé des organes d'un ancien dépravé, devient un humain alcoolique
  • Le Fidèle Rouslan / Gueorgui Vladimov (Belfond)
    Chien gardien de goulag, c'est sa vie, il n'en veut pas d'autre. Alors quand le goulag ferme...
     
  • La Dame au petit chien et autres nouvelles par TchekhovLa dame au petit chien / Anton Tchekhov *****
    Ah ce Tchekhov !
    Le petit chien n'a pratiquement pas de rôle ou de place dans le récit... il n'est aperçu que quelques rares fois par le lecteur, et uniquement pour qualifier la dame qui le promène !
    Anna, jeune mariée qui semble délaissée par son mari, est venue prendre l'air de la côte à Yalta, seule avec "son" chien :
    "On disait qu'un nouveau personnage était apparu sur la côte : une dame avec un petit chien. (...) Elle se promenait seule, portant toujours le même béret, et avec son loulou blanc. Personne ne savait qui elle était, et on l'appelait simplement "la dame au petit chien."
    Le narrateur, Dmitry Gourov, est un père de famille moscovite de 40 ans, marié à une femme revêche qu'il ne se gêne pas de tromper. Lui et sa famille sont aussi en vacances sur la côte de la Mer noire. Quand il aperçoit Anna et son petit chien, il tient là une nouvelle conquête.
    Anna n'est pas belle ou extraordinaire, elle s'écoute, hésite, geint souvent, je la traiterais facilement de "pleurnicheuse"... Et Dmitry prend cette liaison plutôt légèrement, histoire de passer du bon temps pendant des vacances sinon ennuyeuses avec femme et enfants.
    Cependant, les vacances terminées et chacun rentré chez soi, Dmitry, premier surpris, finira par se languir de cette femme. Il cédera finalement à la passion et se rendra jusqu'au village d'Anna : "Soudain la porte principale s'ouvrit, une vieille femme sortit, suivie du loulou blanc. Gourov voulut appeler le chien, mais son coeur se mit soudain à battre et d'émotion, il ne put se rappeler du nom du loulou." Anna, tout aussi émue, acceptera de continuer une liaison adultère dépendante d'allers retours entre Moscou et la région de Saint-Petersbourg...
    "La dame au petit chien" est présenté comme un des chefs-d'oeuvre de Tchekhov. Lire la suite
    ["Nouvelles"/Edition Livre de poche, 1993, traduit et préfacé par Vladimir Volkoff]
Les chaussures italiennes par MankellSuède :
  • Les chaussures italiennes / Henning Mankell  (Points 2011) 💙💚 *****
    À 66 ans, Fredrick Welin vit reclus depuis 12 ans sur une île de la Baltique avec pour seule compagnie un chat et un chien, et pour seules visites celles du facteur de l’archipel.
    Un livre merveilleux, inoubliable : Lire l'avis détaillé


NB : Puis-je avouer que dans ma jeunesse, ma meilleure amie anglaise Maxine m'avait offert un livre incroyable de drôlerie : "The official I hate cats book"... On le trouve à prix d'or sur les sites de livres d'occasion anglophones...Mais promis je ne le rachèterai pas !

jeudi 25 août 2016

P. Constant : "Des chauves-souris, des singes et des hommes" (Congo)

***** 2016 (Ed. Gallimard, 166 p.) 💗💙💚💛💜

"Olympe pleurait. Les garçons ne voulaient pas d'elle." (Incipit)

Ce roman de Paule Constant est l'une de mes plus belles découvertes de cette année. 
J'ai souvent pensé en le lisant au roman "Notre-Dame du Nil" de Scholastique Mukasonga (Rwanda), dont les thèmes sont absolument distincts, mais qui tous deux m'ont marquée par leur approche particulière du sujet et le style d'écriture.

Initialement, j'avais été attirée par le titre peu banal du livre de Paule Constant : "Des chauves-souris, des singes et des hommes"... Puis j'ai appris que le thème du roman était la propagation du virus Ebola, raconté sous forme de fable. Je me suis bien demandé à quoi tout cela pouvait ressembler. 

J'ai été conquise par ce livre qui aborde énormément de sujets de fond en filigrane : l'histoire bien sûr, le passé colonial évoqué ici et là, les ressources naturelles qui s'appauvrissent, la culture de l'hévéa et les saigneurs de caoutchouc, la présence chinoise (évoquée par la seule mention d'un paiement en yuan...), la mondialisation, les pratiques de l'industrie pharmaceutique, les médecins humanitaires...
Tout cela en contrepoint de la vie dans un village congolais sis près de la rivière Ebola. Quelques cases, quelques familles, une bande de garçons qui jouent les gros bras et se moquent d'Olympe la gamine. La visite du vendeur de pacotilles. Les pirogues qui vont et viennent pour transporter voyageurs, paquets... ou cadavres vers leur dernière destination. Les croyances et coutumes. Le White Spirit à tout faire. La suprématie de la gente masculine dans les fratries. Le dispensaire et ses religieuses belges, dévouées et pragmatiques.

En fait, le roman est structuré autour de deux histoires qui convergent à la fin. 

  1. Nous suivons donc la vie du village, les gamins qui font les fiers et disent avoir tué le gorille "dos argenté" qu'ils rapportent au village : de la viande de brousse, quelle aubaine royale ! Ce sera un vrai banquet, quasi orgiaque. La petite Olympe pour sa part se console de sa solitude en ramassant une petite chauve souris, qu'elle ne quitte plus. A chacun son trophée : le gorille pour les gars et la chauve-souris pour la gamine.
    "Olympe se résigna, les garçons étaient les plus forts. Ils l'avaient complètement éclipsée, elle et la chauve-souris qu'elle tenait dans la main comme un éventail dont elle ouvrait et fermait les ailes mécaniquement, une marionnette qu'elle agitait entre ses doigts, qu'elle déployait, qu'elle pliait, qui se soulevait et s'effondrait. Un animal devenu un jouet déjà un peu usé, un jouet qui allait casser." (p.45)
  2. Parallèlement, Paule Constant met en scène Agrippine, une Belge médecin sans frontière, désabusée par le monde actuel et cette course à tout et rien, qui part en Afrique faire une campagne de vaccination. Elle est stoïque devant les petits aléas, s'inquiétant pourtant de la bonne conservation de ses vaccins coincés à la douane. En attendant, elle partage la vie du petit dispensaire où elle est effarée d'apprendre qu'il n'y a pas de seringues jetables. Partage aussi temporairement la vie de ce dispensaire : Virgile, jeune français normalien parti "méditer" sur les traces de son grand-père jadis médecin des armées. 

Le récit est remarquablement bien écrit : à la fois éthéré et d'une grande puissance évocatrice.
Il y a du suspense, car le roman est construit autour du mystère des premières contaminations par le virus et de sa propagation. Nous ne connaissons pas la date des événements du récit, qui s'achève sur cette phrase : "Les jours suivants, le nom d'Ebola se répandit en lettres rouges dans la presse du monde entier."

Après ma lecture, j'ai consulté le site de l'OMS, selon lequel "le virus Ebola a été nommé ainsi en référence à une rivière passant près de la ville de Yambuku, dans le nord du Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo). C'est à l'hôpital de cette localité que le premier cas de fièvre hémorragique Ebola est identifié, en septembre 1976." Le virus avait alors touché aussi le Soudan. La nouvelle flambée du virus depuis 2014 touche l'Afrique de l'Ouest et en particulier la Guinée, la Sierra Leone et le Liberia.
C'est en poursuivant mes recherches que j'ai appris que les chauves-souris frugivores sont les hôtes naturels ("réservoirs") du virus Ebola. "Celui-ci s’introduit dans la population humaine après un contact étroit avec du sang, des sécrétions, des organes ou des liquides biologiques d'animaux infectés comme des chimpanzés, des gorilles, des chauves-souris frugivores, des singes, des antilopes des bois ou des porcs-épics retrouvés malades ou morts dans la forêt tropicale. (OMS)" 
Les populations humaines sont notamment infectées en consommant de la viande d'animal lui-même infecté.
J'ai fini par comprendre (ce n'était pas toujours explicite pour les néophytes) que la chauve-souris frugivore, qui est le "réservoir" du virus, contamine les mêmes fruits que mangent les gorilles. Eh non, les chauves-souris ne se mettent pas à chasser et mordre les gorilles... (pas encore du moins, dans un futur dystopique ?).

Le virus Ebola a fait plus de 11 000 victimes humaines et il a aussi particulièrement affecté la population de gorilles d'Afrique de l'Ouest, devenue espèce « en danger critique d'extinction ».

En conclusion : un roman passionnant, très bien écrit, qui nous interpelle sur un problème de santé publique sous un angle insolite mais instructif.

->> Mes lectures "africaines"...

mercredi 24 août 2016

Eric-Emmanuel Schmitt : "La nuit de feu"

***** 2015, Éd. Albin Michel, 183 p. 💗💙💚💛💜

Éric-Emmanuel Schmitt a attendu près de 25 ans pour écrire ce récit de voyage très particulier. En 1989, à 28 ans, jeune professeur de philosophie, il se joint à un groupe de Français pour partir en randonnée dans le désert du Hoggar, sur les traces du père Charles de Foucauld. Cette expédition au sein d’un groupe hétérogène l’inquiète dans un premier temps, on sent qu’il manque clairement d’esprit aventurier. 
Mes chameaux à moi : au marché aux chameaux de DawarEgypte (2010)

"(…) - même de trop loin, les dromadaires ont la gueule d’une photo prise de trop près. Ici, chez eux en Afrique, les dromadaires me procuraient une impression différente. Calmes, libres, nantis d’une élégance nonchalante, ils arpentaient le pâturage d’une démarche élastique. Tandis que certains reposaient à l’ombre des acacias, d’autres cueillaient le chardon, écrêtaient les buissons, tendaient le museau jusqu'aux branchages. Précautionneusement, ils se contentaient d’une fleur par-ci, d’une feuille par-là, respectant les végétaux pour que leur vie se perpétue. Silencieux, quasi-immobiles, ils devenaient de grandes plantes parmi les arbustes, empreints d’une sérénité végétative, leurs longs cils évoquant des pistils et des étamines qui voileraient un regard débonnaire." (p.32)

"Chaque pas prodiguait une victoire. Chaque effort annonçait une défaite. Abayghur, lui, progressait sans souffrir. Ses trois dromadaires aussi. 
À eux quatre, placides, plus lents qu'ils ne l'auraient été sans nous, ils nous démontraient à quel point nous restions étrangers, étrangers au désert, étrangers au climat, étrangers au sauvage dénuement. 
Je soupçonnais même les dromadaires de hausser les épaules en se gaussant de nous."






Toutefois, grâce à la gentillesse d’Abayghur, le guide touareg, il va découvrir le désert, le silence, la beauté de cette nature particulière, l’amitié… 
"Nous montâmes jusqu'à un promontoire.Devant nous s’étendaient des centaines de kilomètres, les uns plats, les autres occupés par des reliefs. La nature jouait une symphonie sur ses grandes orgues : pour accompagner le majestueux panorama, elle multipliait les irisations, colorait le ciel de teintes rares, depuis l’orange piqué de bleu jusqu'au violet épais, en passant par le turquoise et le parme." (p.163)
Un soir, il s’égare dans la montagne et se trouve séparé du groupe. Transi de froid, sans vivres et sac de secours, il s’ensevelit dans le sable pour passer la nuit. Ce sera sa « nuit de feu » au cours de laquelle il vit une « extase mystique » et découvre « Dieu ».
"Cette hygiène spirituelle, j’en éprouvais désormais le besoin. Et, pour la première fois, gêné, timide, je me suis mis à prier."(p.163)
"Mon pays… En avais-je un ? Je savais maintenant que je venais de nulle part et que je n’allais nulle part. Je vagabondais. Je visai le soleil au zénith. Mon pays ? Le désert est mon pays car c’est un pays d’apatrides. C’est le pays des vrais hommes qui se défont des liens. C’est le pays de Dieu." (p.169)
"La perspective de quitter le Hoggar me fragilisait. A mesure que le temps passait, que le mont Tahat s’éloignait, je portais un regard critique sur ma nuit étoilée… Ne m’étais-je pas emballé trop vite ? N’avais-je pas interprété de façon mystico-religieuse des phénomènes purement somatiques ? La soif, la faim, l’épuisement avaient affecté mon corps et m’avaient conduit au délire. Et ce bien-être absolu dont je gardais le souvenir, ne le devais-je pas à mon hypothalamus qui avait secrété des endorphines ? Cette « foi » que je croyais apercevoir en moi, n’était-ce pas l’habillage spirituel de la confiance que mon système nerveux avait chimiquement générée pour me permettre de dominer ma terreur et ma fatigue ?" (pp. 173-174)
 "Au retour du Hoggar, l’écrivain larvaire qui sommeillait en moi depuis l’enfance s’est assis à une table pour devenir le scribe des histoires qui le traversent. Je suis né deux fois : une fois à Lyon en 1960, une fois au Sahara en 1989. " (p.178)"Face au questionnement sur l’existence de Dieu, se présentent trois types d’individus honnêtes, le croyant qui dit : « Je ne sais pas mais je crois que oui », l’athée qui dit : « Je ne sais pas mais je crois que non », l’indifférent qui dit : « Je ne sais pas mais je m’en moque »." (p.181) 
J’ai aimé le livre non pas pour sa partie « quête initiatique » ou pour le récit de sa rencontre mystique, car j’ai la corde moins sensible sur les récits de conversion mystique. J'ai aimé le roman d’Éric-Emmanuel Schmitt pour le cheminement dans le désert, remarquablement décrit, poétique, envoûtant. 

J’ai eu l’impression de marcher à ses côtés dans cette randonnée, et cela m’a rappelé les souvenirs précieux de ma randonnée dans le désert du Sinaï il y a moult années. Pas d’expérience mystique pour moi à l’époque mais un sentiment de plénitude et de sérénité incroyables au réveil, à l’aube, en même temps que le point du jour, avec toute cette immensité sableuse alentour, et le silence, et la beauté incommensurable. Je n’ai jamais revécu pareille sensation. 
Avec sa « Nuit de feu », Éric-Emmanuel Schmitt a écrit un récit de voyage captivant. Comme en son temps Pierre Loti et son « Désert », un de mes livres de chevet préférés...

NB : Pour les puristes... : J'évoque le marché aux chameaux de Dawar en Egypte en légende de ma photo : ce sont bien des camelidés dromadaires ! Il n'y a que des camelius dromedarius (1 bosse) en Afrique, au Proche-Orient et en Arabie. Le camelius bactrianus (2 bosses) se trouve en Asie Centrale et Chine.

samedi 27 février 2016

Boualem Sansal : "2084"

***** réf. géogr : Algérie (auteur) / "Abistan" (contrée dystopique...)
Éd. Gallimard, 2015
Grand prix du roman de l'Académie française 2015 - Meilleur livre 2015 de la revue "Lire"

Hum hum... Livre encensé par la critique, couvert de prix, commenté à foison dans les reportages TV ou journaux. 
J'avais hâte de me propulser dans cet ovni littéraire. D'autant que j'aime l'Algérie d'où vient l'auteur et que j'apprécie le thème de la dystopie (mes favoris étant Vladimir Sorokine et Antoine Volodine - tiens je n'avais jamais remarqué auparavant la concordance de sonorité). 
Et bien sûr en son temps, j'étais férue de "1984" d'Orwell, livre culte de mes années de jeunesse, auquel je voue toujours la même addiction et que Boualem Sansal met en exergue dans son introduction.

Eh bien, pour aller droit au but : abandon du roman de Boualem Sansal "2084" à la page 31.

Certes, je lisais dans les transports... Mais tout de même, dès les premières pages, j'ai réalisé que je ne parvenais pas à "entrer" dans l'histoire. Je lisais un paragraphe puis mes pensées devaient divaguer quelque peu car j'avais complètement perdu le fil du livre. 
Les premières introductions sur l'Abistan et son prophète Abi m'ont, je n'oserais dire "ennuyée", mais laissée de marbre. Puis la rencontre avec le personnage Ati m'est totalement passée au-dessus de la tête. Je me suis à un moment donné demandé si je comprenais quoi que ce soit à ce que je lisais, et j'ai réalisé que je m'étais laissée emporter par la sonorité proche de Abi et Ati et que dans ma lecture les deux commençaient à former un même personnage.
Le style ? Je dois reconnaître que je n'ai pas ressenti de flash, je lisais une phrase, la phrase était lue et vite oubliée. Alors que je prends tant de plaisir à relire des phrases d'ouvrages dont j'apprécie particulièrement le style.

Ayant un certain âge où je me dis que j'ai tant de livres à lire avant la fin de ma vie, j'ai décidé de mettre le holà sur '2084" qui me barbait plus qu'autre chose. Et pourtant, mon livre préféré de l'an dernier fut le FABULEUX roman dystopique d'Antoine Volodine intitulé "Terminus radieux" : l'écriture m'avait emportée, le thème, les personnages... Je l'avais dévoré, m'étais agrippée à lui, ne le lâchait pas pour pouvoir grappiller une page de plus à droite ou à gauche dans les files d'attente.

De l'écrivain russe Vladimir Sorokine "ès-dystopie" : voir Journée d’un opritchnik 2006***, La Glace**** 2002,  La tourmente **2010 , Roman (1er billet) ****1985/89, Roman (2e billet) ****,

lundi 9 novembre 2015

S. Wenger : "Jours tranquilles à Tunis"

***** Chroniques, 09/2015, Ed. Riveneuve éditions, 232 p.

L’auteur de ce petit recueil est une journaliste française correspondante à Tunis de plusieurs journaux, qui a tenu les chroniques de son séjour en Tunisie entre l’été 2012 et l’été 2015. Elle avait auparavant vécu 7 ans au Caire comme correspondante en Egypte. Elle connaît également la Syrie où elle a séjourné entre 2004 et 2007, à Alep.

Le titre ("Jours tranquilles...") ne manque pas de surprendre pour qui ne connaît pas cette collection, car de quiétude il est rarement question.

J’ai de suite été intéressée par le regard que la journaliste portait sur la société tunisienne, un regard influencé, comme elle le souligne, par ses dix années de vie et de reportages en Egypte et en Syrie. En ce qui me concerne, je n'ai qu'une vision raccourcie à trois semaines de la Tunisie, à l'occasion de vacances familiales en 2003.

La construction du livre est linéaire, suivant l’ordre chronologique et entrecoupant les chroniques ou « instantanés » du quotidien d’entrefilets de presse portant sur l’actualité du moment (procès, incidents, assassinats, campagne électorale etc.). Cette alternance de sujets légers et d'informations tragiques surprend, mais montre aussi que la vie suit son cours.

L'ourvrage (re)plonge le lecteur dans l’histoire agitée et exceptionnelle de ces dernières années. La journaliste évoque bien entendu les événements qui ont précédé son arrivée en Tunisie. La mort du marchand de légumes de Sidi Bouzid en décembre 2010, à qui l’on avait confisqué sa charrette. La fuite de Ben Ali en janvier 2011… Exactement à la même période, fin décembre 2010 début 2011, nous étions en vacances en Egypte à descendre le Nil en famille sur une petite felouque, ignorant les événements parallèles en Tunisie, mais sentant croître la tension en Egypte notamment au regard de la population copte.. 

Dans ses chroniques, Stéphanie Wenger nous fait part de ses découvertes des spécificités de ce petit pays de 10 millions d’habitants appelé à devenir « l’exception tunisienne ».
Au quotidien, elle nous fait partager la cuisine (le pain bagnat, le lableli qui fait l’objet d’une chronique savoureuse…), le dialecte et ses adaptations de mots français, la séance chez le coiffeur habitué à couper les nonnes « à l’italienne », le mauvais œil qu’une amie lui a ôté et qui la faisait bailler à n’en plus finir. Elle décrit la tristesse des cinémas d'aujourd'hui (j’ai repensé au récit de Joël Alessandra évoquant l’ancien cinéma municipal de Constantine) et nous emmène dans « l’empire de la fripe ». S’agissant du foot, S. Wenger s’arrête aussi sur le soutien de la Tunisie à l’équipe d’Algérie en lice contre l’Allemagne pendant la coupe du monde, et commente la rivalité des deux clubs de foot, l’Espérance de Tunis et le Club africain.
Ces "instantanés" aident à connaître la société tunisienne bien mieux qu'un guide touristique ne le ferait.

Tout au long de son récit, l'auteur aborde aussi les sujets politiques, commentant les assassinats d'opposants, l'emprisonnement d'un rappeur, le viol d'une jeune femme, les manifestations, la campagne électorale, la menace terroriste qui a frappé au musée du Bardo, et sur la plage de Sousse. quelques jours avant son départ de Tunisie. On y sent une Tunisie déchirée sur certains sujets et désemparée des suites de la révolution de jasmin, mais qui envers et contre tout met en place en octobre 2013 un "dialogue national" orchestré par quatre syndicats (des travailleurs, du patronat, des avocats, et la ligue des droits de l'homme) qui ont eu à coeur de relancer le processus démocratique et de parvenir à des élections libres.
Le récit du vote de la nouvelle Constitution tunisienne en janvier 2014, résultat d'un compromis historique, est passionnant.

Le 9 octobre 2015, le Prix Nobel de la paix est décerné à ce quartet du "dialogue national" tunisien. Le livre de Stéphanie Wenger, publié en septembre 2015, aide à comprendre le cheminement de la Tunisie et des Tunisiens jusqu'à ce résultat. Puisse ce printemps durer toutes saisons toutes années.

Quelques instantanés de notre voyage familial en Tunisie en 2003 (cliquez sur le diaporama) :


A titre plus anecdotique, vers la fin de son ouvrage, Stéphanie Wenger nous fait part de ses questions non résolues, alors qu'elle s'apprête à quitter la Tunisie :
« - Qui achète les coffres forts qui sont exposés au bord de la route- Pourquoi le voyant des taxis signifie « libre » quand il s’allume au rouge ?- Pourquoi les œufs s’achètent par quatre ?- Pourquoi appelle-ton métro léger ce qui n’est après tout qu’un tramway ? Qu’est-ce qu’un métro lourd ?- Qui a noué les rubans autour du cou des pigeons de la mosquée Al Fath ? Je pense que c’est le vieux mendiant en fauteuil. J’ai toujours voulu lui poser la question… » (p.221)

mercredi 21 octobre 2015

Agatha Christie : une vie rêvée en BD

***** "Agatha, la vraie vie d'Agatha Christie"
A. Martinetti, G. Lebeau & A. Franc, Ed. Marabout, 128p., 2014

J'ai beaucoup aimé cette BD. Le personnage d'Agatha Christie est fascinant et cette BD fort bien faite nous la rend éminemment sympathique. (NB : une excellente idée de cadeau...)

Avis aux amateurs de planches colorées, ou surchargées ou remplies de somptueuses aquarelles : le dessin est ici très simple. Cela surprend au début, mais on se fait vite à la silhouette peu apprêtée d'Agatha et de ses comparses de création Hercule Poirot, Miss Marple ou Tommy et Tuppence Beresford. Car c'est là une des trouvailles du livre : faire intervenir avec moult humour les personnages créés par Agatha tout au long de sa vie. 

Agatha Christie (1896-1976) et moi avant cette BD ?
Eh bien, on a passé des moments formidables toutes deux durant toute mon enfance ! J'étais addict des intrigues de Lady Agatha, qui m'ont fait voyager dans tant de pays.  "Le Train Bleu" (1928), "Le Crime de l'Orient-Express" (1934), "Pourquoi pas Evans ?", "A.B.C. contre Poirot" (1935), "Meurtre en Mésopotamie" (1936), "Mort sur le Nil" (1937), "Dix petits nègres" (1939), "N. ou M. ?" (1941), "Cinq petits cochons" (1942), "La maison biscornue" (1949), "Le miroir se brisa" (1962)...

Diaporama "Souvenirs du Nil en felouque" (cliquez pour faire défiler les photos)


Quelle magie plus récemment d'avoir descendu le Nil en felouque avec la petite famille et croisé le fameux bateau "Steam Ship Sudan" sur lequel voyagea Agatha en 1933, et qui lui inspira "Mort sur le Nil"...
Cela fait partie des moments exceptionnels dans une vie, isnt'it ?
Ci-joint le diaporama de notre dérive sur le Nil en felouque, et un aperçu des diverses embarcations croisées.
Quels gens souriants et chaleureux nous avons rencontrés.


Grâce à cette bande dessinée, j'ai découvert le cheminement d'Agatha Miller, de son enfance dans un manoir victorien du Torquay (Devon), sa passion pour la lecture, les voyages qu'elle effectue avec sa mère après la mort de son père, en Egypte (euh ben oui... c'est désarmant, mais Agatha semble s'ennuyer à mourir face à la Grande Pyramide de Gizeh !!!), en Italie...

Passionnante aussi son expérience d'infirmière pendant la première guerre mondiale, où elle s'intéresse aux remèdes et potions, et s'initie aux effets de poisons biologiques comme le curare ou chimiques comme l'arsenic, et autres poisons qu'elle utilisera ensuite dans ses romans. Elle aurait même obtenu un diplôme de pharmacienne...

Agatha et son mari auront une fille unique, Rosalind, en 1919. Il ne m'a pas semblé qu'Agatha débordait d'amour maternel, elle si prompte à laisser sa fille chez sa mère dès qu'un voyage se profile...
Déjà une femme de forte tête, un premier mariage, où, se découvrant trompée, elle organise sa propre disparition et jubile que les soupçons se portent sur son époux adultère. 


On est abasourdi d'apprendre combien elle est une femme exceptionnelle. En voyage en Australie, elle aurait été la première européenne à faire du surf, sur la plage de Waikiki.

Puis Agatha rencontre un archéologue de 15 ans son cadet, qu'elle épouse en 1930, Max Mallowan, et se passionne pour les fouilles, elle participe à ses côtés à la découverte d'Ur en Irak, et développe un procédé personnel pour nettoyer les vestiges : avec sa crème pour le visage !
(cf. Meurtre en Mésopotamie -1936)

Gourmande et potelée, Lady Agatha ne se formalise pas du regard d'autrui et profite de ces petits plaisirs.

Elle apparaît dans cette BD biographique surprisingly dépendante des rentrées financières de ses oeuvres. Et l'enjeu me semble énorme : "A Christie for Christmas", soit un rythme d'écriture d'un roman par an !!! Ce qui explique une bibliographie plus que prolifique avec 66 romans, 154 nouvelles et 20 pièces de théâtre.

Agatha Christie par O. Kokochka
J'ai aussi appris que son petit-fils avait sollicité le peintre tchèque Oscar Kokochka pour faire son portrait (en mai 1968), moyennant un cachet de 15000 livres !

Actuellement, je suis plongée dans la lecture de la biographie de Daphné du Maurier ("Manderley forever"). 11 ans d'écart avec Agatha mais je vois de nombreuses similitudes dans la vie et la personnalité de ces deux femmes. Toutes deux éprises de littérature, elles ont fait leurs Finishing Schools en France. Elles ont commencé à publier à une paire d'années près : "La Mystérieuse Affaire de Styles" (starring Hercule Poirot) en 1920 à 30 ans pour Agatha et "The Loving Spirit" en 1921 à 24 ans pour Daphné.
Toutes deux ont un penchant pour les intrigues à suspense, mais sous un habillage plus romanesque et historique chez Daphné du Maurier (bien qu'en milieu de parcours, elle souhaite s'émanciper de cette étiquette), tandis qu'Agatha s'en tient à la résolution de son intrigue policière sans marivaudages ou galanterie. La palme du voyage revient toutefois sans conteste à Lady Agatha, qui a parcouru le monde tandis que Daphné s'en est tenue à la proche Europe.
Se seraient-elles jamais croisées ?

--> voir la chronique "polars" et "voyages"...
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