samedi 27 décembre 2014

Eleanor Catton : "Les luminaires" (Nlle-Zélande)

***** (Ed. Buchet-Castel, 2014, Trad. Erika Abrams, env. 1000 p...)
Alors voilà le pavé de l'année ! quasiment 1000 pages, un bon kilo de littérature.
Une très belle écriture au délicieux style suranné empruntant aux oeuvres littéraires du 19e siècle. Un vocabulaire d'une grande richesse, et mes félicitations à la traductrice qui a produit un texte vraiment magnifique en français.
Je suis allée au bout de ce pavé par curiosité (le roman de cette si jeune auteure, née en 1985, a obtenu le prix Booker Prize for Fiction 2013). A chaque tranche de 100 pages, j'éprouvais le sentiment d'avoir accompli un exploit. 
Pourquoi ? 
Parce que l'histoire est somme toute assez statique et les différents chapitres nous la font revivre sous différents angles et points de vue. Le tout multiplié par 1000 pages, c'est parfois un peu longuet. 
Et parce que, dès le départ, je me suis retrouvée perdue au milieu de ces si nombreux personnages. Mon conseil : photocopier la liste des personnages en début d'ouvrage et l'utiliser comme marque-pages (ce que j'aurais dû faire !!!). Il m'a fallu du temps pour bien identifier les noms et histoires individuelles de chacun.
Enfin, l'astrologie est un fil conducteur essentiel de ce roman, et s'il y a un sujet qui m'a toujours fait fuir, c'est bien celui-ci : là, j'étais servie, à tous les chapitres... J'ai donc systématiquement sauté les passages et en-tête de chapitres explicitant le cheminement des planètes et tous autres commentaires zodiacaux, en m'en portant très bien jusqu'à la fin.
La fin, justement, je l'ai trouvée extrêmement ramassée et précipitée (le comble pour un pavé de 1000 pages). Donc je suis restée quelque peu sur ma faim à la fin, tout en étant tellement soulagée d'être venue à bout de ma lecture. Qu'il était lourd à trimbaler ce livre. Je souhaite une belle découverte aux lecteurs en quête d'un challenge littéraire ou bien passionnés par la Nouvelle-Zélande. Les autres auront besoin d'une certaine dose de courage pour venir à bout de cet ouvrage. 
S'agissant du contexte de la ruée vers l'or en Nouvelle-Zélande, ma référence et préférence, sans conteste, est : "La couleur des rêves" de Rose Tremain... Sublime !

Résumé éditeur : "Nouvelle-Zélande, 1866. En pleine ruée vers l’or, l’île voit débarquer sur ses côtes tout ce que la vieille Europe compte d’ambitieux et de désespérés. Parmi eux, Walter Moody, un jeune britannique ruiné bien décidé à trouver fortune accoste au port d’Hokitika, sur la côte Ouest, après un éprouvant voyage. Mais une étrange assemblée l’attend dans le petit hôtel où il a trouvé refuge. Là, dans une atmosphère des plus tendues, douze hommes du cru tiennent une réunion secrète pour tenter d’élucider des faits étranges qui agitent la communauté depuis plusieurs semaines. Un riche notable a disparu, une prostituée a tenté de mettre fin à ses jours, et on a découvert une immense fortune dans la maison d’un pauvre ivrogne, mort lui aussi. Moody succombe bientôt à l’irrésistible attrait du mystère et se retrouve plongé dans un entrelacs d’intrigues et de destins vertigineux.
Formidable restitution des grands romans anglo-saxons du XIXe siècle, Les Luminaires est une narration ambitieuse dont la structure emprunte à l’astrologie pour livrer un inoubliable roman d’amour, une histoire de fantômes, de pouvoirs et d’énigmes insolubles campés dans une Nouvelle-Zélande ou la fièvre de l’or est reine."

jeudi 25 décembre 2014

Noël au balcon (non, au jardin), Pâques aux tisons ?

Arum - Touffe de pavot - Pied d'ancolie - Boutons de roses de Noël - Fleur de pervenche
Ce 25 décembre 2014, beau soleil et douceur avec environ 10°.

Trop tentant pour ne pas aller jardiner en ce jour de Noël...

Ce qui surprend de prime abord, c'est la verdure... Tout est encore vert au jardin.
Il n'y a plus grand chose en fleur car j'ai pris soin de tailler les vivaces pour l'hiver, mais certaines étaient encore très florissantes au moment de la taille (les gauras, les penstemons...).

La plus belle au jardin en ce moment, c'est mon incroyable touffe de pavot d'Orient (en haut à droite sur la photo). Je l'avais transplantée pour pouvoir l'admirer dès le début du printemps, et le déménagement a eu l'heur de lui plaire.

Autre surprise : mon pied d'arum s'est développé comme jamais à partir du début de l'automne ! 
Jusqu'à présent et ce depuis plusieurs années, il végète en peinant à produire "une" grosse feuille et à la conserver (oui, je dis bien : "une"...). Alors qu'à l'achat (dans une brocante, il était superbe avec deux fleurs majestueuses) Or, là, le pied est superbe, même s'il a subi des attaques de gastéropodes. Je me demande ce qu'il me réserve pour l'an prochain...

Egalement très en forme, mon pied d'ancolie (en bas à gauche sur la photo). Je pense que je devrais le tailler plus ras pour l'hiver, mais je n'ose pas m'en prendre à ses jolies feuilles tendres....

Sauge de Jérusalem
Sinon, la vraie plante hivernale, la rose de Noël (ou hellébore) me prépare déjà ses gros boutons floraux (photo du milieu droite). J'avais déjà 4 pieds d'hellébores blanches ou vertes, et le père Noël m'a gâtée en m'offrant 5 nouveaux pieds d'espèces moins communes : hellébores roses piquetées, pourpres, rose clair, rose foncé... Tout ça fut mis en terre ce jour.

Enfin, ma sauge de Jerusalem (ci-contre) est toujours aussi resplendissante et s'entête à continuer de me faire des boutons floraux... On est en décembre quand même... Là, j'ai peu hésité, j'ai coupé tous les boutons et taillé la touffe pour qu'elle supporte mieux les frimas annoncés pour les jours prochains.

Qui aurait cru que je passerais mon après-midi de Noël au jardin, et non pas devant la cheminée !
Pendant ce temps, à Montréal, il a plu en ce jour de Noël.
C'est pas bon tout ça...

Nicolas Wild : "Kaboul disco" (BD)

***** Tome 1 : "Comment je ne me suis pas fait kidnapper en Afghanistan" - 2007, Ed. La Boite à Bulles
***** Tome 2 : "Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan" - 2008, Ed. La Boite à Bulles

Une très bonne découverte !
Nicolas Wild brosse dans ces deux tomes le récit de son expérience personnelle de dessinateur expatrié en Afghanistan en 2005, où il collabore au sein de l'agence Zendagui.
Sa première mission consiste à mettre en images la constitution afghane. Il travaillera ensuite sur une campagne de recrutement pour l'armée afghane, et dans le 2e tome, sur des visuels dénonçant l'opium (dans un pays devenu premier producteur mondial).

Cette BD est non seulement passionnante à lire, on s'attache à ce petit bonhomme à lunettes qui narre sans artifices son quotidien au sein de la communauté expatriée française (rendez-vous au restaurant "La joie de vivre" !) mais en plus elle est instructive et nous plonge dans un pays en reconstruction, à la démocratie encore hésitante (voir les planches sur les 1eres élections législatives en 2005), où la sécurité n'est pas acquise.
Nicolas Wild réussit à faire partager au lecteur sa bonhomie, son humour jamais sarcastique (j'ai souvent ri !) et son intérêt croissant pour l'Afghanistan. Un bonus en fin d'ouvrage comporte des photos de lui et ses collègues, en pique nique ou au travail, ainsi que des illustrations des campagnes de communication auxquelles il a participé (autocollants et affiches contre la culture de l'opium).
Un coup de coeur ! A quand le tome 3 qui avait été annoncé dès 2008 ? J'ai hâte...

--> Chronique "BD"

"Gil St André" / L'Intégrale Cycle 1 (BD)

***** Jean-Charles Kraehn & Sylvain Vallée : "Gil St André" L'Intégrale Cycle 1 tomes 1 à 5 (Ed. Glénat, 2011)
1/ "Une étrange disparition" (1996) 2/ "La face cachée" (1998) 3/ "Le fugitif" (1999) 4/ "Le chasseur" (2000) 5/ "Enquêtes parallèles" (2001)

Je ne connaissais pas cette BD et la publication du recueil des 5 premiers tomes fut l'occasion de passer un bon moment... sans avoir découvert là un coup de coeur. C'est une BD assez classique, dessin et personnages classiques, intrigue cependant plutôt... intrigante ! Surtout le premier tome autour de Barbella et de Glen.
Ca se lit facilement comme un bon petit polar, en quelques heures. Mais je doute d'en conserver des souvenirs précis plus tard.
Dans le même esprit (les puristes vont me foudroyer...), j'ai dévoré les Largo Winch : là, il y a de l'action et un brin de réflexion, du suspense, des dessins enlevés. Pas question d'oublier Largo !

Résumé éditeur : "Gil St-André, chef d'entreprise établi à Lyon, mène une vie sans histoires jusqu'au jour où sa femme Sylvia disparaît sans laisser de traces. Dans un premier temps, la police se montre inefficace et Gil décide de mener lui-même l'enquête, aidé en cela par une jeune stagiaire de police, Djida Feschaoui, un peu amoureuse de lui. L'enquête les conduit tous deux en Belgique, où ils assistent impuissants à l'enlèvement dans un petit avion de tourisme d'une certaine Viviane Lemersh, actrice porno et étonnant sosie de Sylvia. De retour à Lyon, la belle-mère de Gil est assassinée, obligeant ce dernier, accusé du meurtre, à prendre la fuite... Commence alors une incroyable aventure qui ne laissera pas Gil indemne..."

--> Chronique "BD" du blog

jeudi 18 décembre 2014

Jean-François Beauchemin : "Le jour des corneilles" (Québec)

***** 2004 (Ed. Les Allusifs, 154 p.)
Voici ma première lecture du défi Québec'o trésor... 
Pas une très bonne pioche à mon goût, dois-je reconnaître.

Au commencement, je fus ébaubie par le style : le roman est écrit en « français médiéval », et j’ai eu l’impression de parcourir quelque livre de Rabelais. Puis rapidement l’histoire m’a fait penser à « L’enfant sauvage ». Voilà, je m’apprêtais à entrer dans l’univers d’un « enfant sauvage » s’exprimant cependant dans la langue de Rabelais.

Ce langage surprenant m’a plu heureusement d’emblée, car l’histoire m’accrochait moins. 
Un couple vit dans une cahute isolée en pleine forêt, loin du village où vivent « les bourgeois ». La femme accouche d’un petit garçon et meurt en couches. 
Le père perd un peu la raison (des « gens » visitent « son casque »), et se retrouve seul à seul pour élever son enfant. Elever est un bien grand mot, car le père ne cesse de houspiller, battre, punir son garçon. Les coups pleuvent notamment quand le père est « visité par les gens ». Certaines scènes de punition sont d’une réelle violence.
Le gamin dans tout cela tente d’esquiver autant qu’il le peut mais finit toujours roué de coups, sanguinolent et abandonné loin de la cabane. Ses moments de douceur ne tiennent qu’au souvenir de sa mère, et aux apparitions fantomatiques de celle-ci. Confronté en permanence à la brutalité sauvage de son père, la gamin se demande si ce père nourrit un peu d’amour pour lui, et cette question finit par l’obséder.

La fin du livre est d’une violence inouïe, c’est tout juste si l’on n’est pas pris d’un haut le cœur en lisant le texte. C’est tout simplement monstrueux. Et j’ai vite refermé le livre en espérant oublier ce que je venais de lire.

En conclusion : un livre qui sort du lot par son style intéressant, mais une histoire hélas cauchemardesque qui l’emporte sur le style et file la nausée. (et oups j'étais dans les transports en lisant la fin, parcourue de frissons d'horreur)

Extrait : à sa naissance, l’enfant est enfourné par son père dans le trou d’une marmotte… c'est son unique souvenir d'un moment affectueux dans sa vie
"S’emparant de ma personne, père me mena par-delà la forêt jusqu’au champ de Monsieur Ronce, où se trouvait un trou de marmotte peu aprofond. J’y fus enfourné puis laissé à moisir, séjournant là pour l’équivalence d’une course de soleil, pleuroyant extrêmement de désarroi, de soifs et d’appétits. Caillasses me griffaient l’échine. Poussiers et sables m’emplissaient esgourde, œil et bouche. Paille se tissait à ma maigriotte chevelure."

En espérant que ma prochaine découverte dans le cadre du défi  Québec'o Trésors sera plus avenante... Ce devrait être "L'énigme du retour" de Dany Laferrière...

--> Chronique "Québec"

Paul Harding : "Enon" (EU)

2013 (Ed. Cherche-Midi, 286 p.)
"Enon"... Eh ben non !
Allez, je poursuis dans la veine de mes déceptions littéraires.
Après le dérangeant "Le jour des corneilles", j’ai pensé me changer les idées en attaquant le dernier roman ("Enon") de la nouvelle coqueluche littéraire américaine, Paul Harding (coqueluche depuis son premier roman "Les Foudroyés", Prix Pulitzer 2010).

Arrêt définitif des frais page 64… Why ? Mal écrit, style insipide et gênant tant il est insipide (à la différence du "Jour des corneilles", où le style, incroyable et inventif, m’avait au moins poussée à tenir bon jusqu’à la fin). 
L’histoire de "Enon" ne m’a pas emballée non plus. Un couple de la classe moyenne qui bat de l’aile, faussement soudé autour de leur fille unique : quand la jeune ado meurt renversée à vélo, le couple se disloque du jour au lendemain et l’homme sombre dans la déchéance. Je ne peux en dire plus car je me suis arrêtée à un quart du livre, sans aucune envie de connaître le devenir de cet homme.
Hormis certaines descriptions de la campagne et des oiseaux, l’histoire ne m’a pas un instant captivée, ni les personnages.

Sans regrets, j’ai abandonné pour laisser la place au suivant de la liste d’attente : "L’amour et les forêts" d’Eric Reinhardt (je n'en suis qu'à la p. 43, et ce n'est encore pas le coup de foudre auquel je m'attendais, patientons encore un peu). Heureusement que j'ai lu de vraiment bonnes BD entre-temps pour égayer tout ça ! Ah vivement une excellente lecture qui me laisserait en pâmoison comme les Claudie Gallay ou Delphine de Vigan...

dimanche 30 novembre 2014

London Calling

A l'occasion de notre London Tour en famille cet automne, quelques notes musicales.

Tout d'abord, nous logions dans le quartier de Hammersmith... 
Que de concerts mythiques dans cette salle.


En parlant de mythes, nous nous devions d'accomplir notre pèlerinage sur le passage clouté d'Abbey Road, et de traverser cent fois les clous à l'image des Beatles... 
Unique de faire partager aux enfants.
Coup d'oeil bien sûr aux célèbres studios d'enregistrement.


En face de la cathédrale Saint Paul, le Punk'ed Bus stylisé par V. Osment (un exemplaire des Street Art Buses parsemés dans la capitale). 
On y lit les noms de Malcolm McLaren, les Sex Pistols, Siouxies and the Banshees (que j'ai vus en concert à l'Apollo Hammersmith dans les '80 !), The Clash, et le titre "God save the Queen" barrant la figure de la reine : osé ! Certes, on est en 2014...
Punk'ed Bus, et  vrai double-deck
Siouxie and the Banshees est aussi sur le bus (vue en concert avec Maxine dans les '80)




Envie de lire un polar punk rock ? "La jambe gauche de Joe Strummer" de Caryl Férey vous tend la main...

En présumant que le monde sait qui est Joe Strummer of course. Allez, un peu de Clash :

"London calling to the faraway towns
Now that war is declared - and battle come down
London calling to the underworld
Come out of the cupboard, you boys and girls
London calling, now don't look at us
Phoney Beatlemania has bitten the dust
London calling, see we ain't got no swing
Except for the ring of that truncheon thing

The ice age is coming, the sun is zooming in
Meltdown expected, the wheat is growing thin
Engines stop running, but I have no fear

Cause London is drowning - and I, live by the river"  (...)"
Led Zep, Queen, Pink Floyd, Rolling Stones, Sex Pistols,
Nirvana, Jimi Hendrix, Kiss : Belle(s) affiche(e)...

Pour finir, un tour aux puces de Camden Town, et une échoppe d'affiches de concerts qui font rêver.

Ouah : Queen en 1974...

Bon, nous on se consolera en allant écouter Queen 40 ans après, en janvier 2015, sans Freddie M, avec Adam Lambert.


--> Chronique "Ziquemu" et page "Concerts", et bientôt la note musicale from Dublin, cette fois avec Phil et Rory

Marjane Satrapi : "Poulet aux prunes"

***** Réf. géogr : France/Iran (Ed. L'Association, 2004)

"Poulet aux prunes" est le dernier "roman graphique" publié par Marjane Satrapi depuis 10 ans, après son précédent opus, "Broderies", publié en 2003.

C'est une petite merveille. L'histoire pourtant triste de Nasser Ali, musicien habité par son art et son tar, dont la vie se brise en 1958 quand son épouse qu'il n'a jamais aimée casse ce précieux et fidèle instrument.
Désespérant de ne jamais retrouver un instrument au son aussi pur, Nasser Ali décide que sa vie n'a plus d'importance, il se réfugie dans sa chambre pour se laisser mourir, tandis que la vie continue dans les autres pièces : cris et rires de ses deux enfants, vociférations de son épouse. Son épouse qui tentera le pardon en lui concoctant son plat favori, le poulet aux prunes, auquel Nasser Ali ne daigne toucher.
Durant les huit jours que va durer son agonie, Nasser Ali consacre chacune de ces journées à différents souvenirs, des événements divers mettant en scène les membres de sa famille, et son amour de jeunesse Irâne.
Le propos n'est pourtant pas mélancolique, car Marjane Satrapi saupoudre son récit d'une bonne dose d'humour. En même temps, elle nous donne à voir l'Iran des années '50, les prémices de la révolution iranienne, l'exil de certaines familles aux Etats-Unis.
Les dessins toujours en noir et blanc, la patte de Marjane Satrapi, sont toujours aussi beaux.

Le hasard le plus bienvenu a programmé dans la foulée de ma lecture le film adapté de "Poulet aux prunes", par Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud (2011).
Ce film est un petit bijou de poésie et d'humour, avec une distribution éblouissante : Mathieu Amalric (Nasser Ali), Maria de Medeiros (l'épouse), Golshifteh Farahani (Irâne), Edouard Baer (l'ange de la mort Azraël), Chiara Mastroianni (la soeur fumeuse invétérée), Isabella Rosselini (la mère de Nasser Ali), Djamel Dbouze (vendeur au souk). 
Vraiment un très beau film, doté d'une mise en scène très originale.

Il est temps que je m'attaque sérieusement à Persépolis !

dimanche 23 novembre 2014

Kathryn Stockett : "The Help" (EU)

***** "La couleur des sentiments" (Etats-Unis, 2009)

Premier roman de Kathryn Stockett.
Quel talent, pour conter sur 500 pages environ un récit sur la ségrégation aux Etats-Unis dans les années 60.

Lieu : la ville de Jackson (Mississipi). Personnages :
- bien sûr, Skeeter (= moustique), jeune femme fraîchement diplômée de 23 ans, de retour à Jackson après ses 4 années d'études. Skeeter est blanche, habite une plantation du Sud comme ses amies de la Junior League.

Sauf que. 
Oui sauf que Skeeter est "a million miles away" du comportement de ses paires, racistes, suffisantes, femmes au foyer et dépendantes. Skeeter est open-minded et veut être journaliste.

- Et puis il y a Aibileen et Minnie, deux domestiques noires ayant à charge l'intendance et le caring after des bébés, sous la surveillance constante et méfiance de leurs maîtresses, véritables harpies. 

- N'oublions pas le personnage de Celia Foote, jeune mariée à un riche et beau gentleman sudiste. Toutefois totalement affolée car issue de la "White Trash", unprepared, et qui enchaîne fausse couche sur fausse couche. Les dames de la haute la snobent. Heureusement pour Celia, Minnie accepte de devenir sa "Help", et plus qu'une "Help", c'est une confidente, une amie, la seule, qui va s'intéresser à elle.

Skeeter va convaincre ces nounous et servantes noires et une douzaine d'autres de témoigner sur leur vie quotidienne au service de ces femmes au foyer blanches de la haute dans le sud des années 60. Elle en fera un premier roman, qui sèmera bien entendu l'effroi au sein de la communauté bien-pensante de Jackson dès sa publication. Le roman fera aussi la fierté des contributrices de la communauté noire, alors que se préparent les premières grandes actions pour les droits civiques.
L'anecdote, c'est l'acte hors norme commis par Minnie à l'encontre de son abominable ex-maîtresse, la terrible Hillie : elle lui a offert un gâteau au chocolat, l'a regardée le déguster et lui a révélé : "You ate my shit."

Roman époustouflant.

De même que l'adaptation ciné, datant de 2011, avec Emma Stone (Skeeter), Jessica Chastain (Celia Foote), Sissy Spacek (la mère de Hillie, super drôle), Viola Davis (Abileen) et Octavia Spencer (Minnie)... Le film est très bon, et chapeau pour la reconstitution de la vie dans les années 60, environnement, mobilier, habillement, coiffures. On s'y croirait.

A noter justement dans la bande son du film la remarquable chanson "Jackson" par Johnny Cash et June Carter : j'en profite pour louer cet autre excellent film consacré à Johnny Cash, sublime, avec des acteurs tellement convaincants que l'on est totalement dedans : "Walk the Line" (2006, avec River Phoenix et Reese Witherspoon : un talent fou !!!!!!!!!!) 

--> "Mes romans préférés"...

samedi 22 novembre 2014

Gerry Alanguilan : "Elmer" (BD)

***** (Ed. Cà et Là, 2010, 144 p.)
Un jour de l’an 1979, les poulets ont évolué en pseudo-humains.
Pseudo sans connotation négative : ils sont doués de raison, ils savent lire, écrire, parler et, comme les hommes, ils habitent dans des maisons…
Physiquement cependant, ils ont toujours l’apparence de volatiles.

Dans ce monde nouveau, les hommes et les poulets disposent des mêmes droits et cohabitent. Certains, fort rares, envisagent même le mariage mixte poulet/humain. 
Mais ce n’est quand même pas le meilleur des mondes, comme nous le raconte le « personnage » principal, Jake Gallo, qui désespère de trouver un job en raison justement de son état de poulet.
A travers le journal de son père, Elmer, récemment décédé, Jake va nous faire revivre l’avant et l’après :
les conditions d’élevage des poulets de batterie, les atroces séances d’abattage (les dessins sont parfois très durs), le destin des volailles à la rôtisserie… puis les batailles que se livrent poulets et hommes, à la vie à la mort.
Et l’après n’est pas tout rose donc, avec une ségrégation d’un côté comme de l’autre.

Cette harmonie vraiment ténue va voler en éclat avec l’annonce de l’épidémie de grippe aviaire en 1987. A nouveau, c’est le règne de la terreur, la communauté de poulets est massacrée, exterminée, tente de se défendre en entamant des actions commandos également meurtrières.
L’auteur Gerry Alanguilan brosse le tableau d’une société éclatée, rongée par l’instinct de supériorité des uns et leur haine vis-à-vis des autres. Passée l’épisode de la grippe aviaire, c’est un apaisement qui se profile, emmené par des personnages aussi tolérants que Ben le fermier.

J’ai de suite pensé à la bande dessinée "MAUS" d’Art Spiegelman, où les personnages revêtent les traits de souris, et qui dépeint la Shoah et l’exil douloureux de survivants à New York et la relation particulière d’un père et de son fils.

Ces deux BD sont dessinées en noir et blanc. Pour en revenir à « Elmer », j’ai trouvé les dessins très bien faits, et les représentations de la maisonnette, du jardin, des paysages magnifiques : cela donnait envie de sortir ses crayons et se mettre à les colorier. (Du reste, la mode est aux coloriages pour se "déstresser"... je pourrais commencer par cette BD).

Une bande dessinée qui n'est pas dénuée d'humour ou d'un brin d'ironie : ainsi, le plat préféré de la famille poulet, c'est le... canard rôti !

NB : Gerry Alanguilan est un dessinateur philippin, « encreur » qui a participé à plusieurs comics fameux.

Une très bonne découverte.

Et j'ai honteusement repensé aux scènes de OSS 117 dans l'élevage avicole, avec Jean Dujardin s'amusant à éteindre/rallumer la lumière pour entendre/cesser d'entendre les poulets. Voui, j'avoue que ce genre de scènes (et ce genre de films !) me font bien rire !!!

--> Mes "BD"...

Sur les rayons de la bibliothèque...

Merci M. Kowal,
Plus beau le métro.

Douceur au jardin, le 22 novembre...

Très belle journée que ce samedi 22 novembre : environ 15°, soleil et linge à sécher dehors comme aux beaux jours. 
On n'est qu'à 8 jours de décembre, hum hum. Pas très normal tout ça en région parisienne.

La mission du jour, poursuivre l'arrachage du lierre qui a envahi la clôture. 
Résultat, en deux heures, à peine un mètre carré retiré, bobo aux épaules et au dos. 
Quelle plante que ce lierre : il faut le voir former de véritables troncs et étouffer ce pauvre grillage (que dire des quelques arbres qui l'ont subi). D'ailleurs, j'avais parfois peine à distinguer la plante du grillage et il m'est arrivé hélas de cisailler les deux.

Ce faisant, ai découvert un pauvre petit mulot mort au pied du lierre, le coupable me semblant hélas être mon teckel adoré, grande chasseresse de mulots à mon plus grand regret, et qui passait son temps à fourrager à mes pieds en reniflant fort et frétillant comme une obsédée. Le lierre doit abriter des cachettes à mulots, c'est clair.
J'ai aussi mis à nu un nid (je pense de merle) au milieu des lianes de lierre, mais pas osé l'abîmer donc j'ai coupé tout autour. 

Pendant ce labeur, une mésange charbonnière s'est perchée à proximité et m'a lancé quelques "vrilles", j'ai dû m'arrêter de travailler pour la regarder et essayer de deviner ce qu'elle attendait de moi. Pas compris donc me suis remis à la tâche, J'espère qu'elle ne m'enguirlandait pas pour détruire le mur de lierre qui lui fournit réserves de nourriture (y'en a des bêtes là-dessus :  araignées, gendarmes...) et cachettes ?

Du reste, les avis sont partagés concernant le lierre : tolérable et hôte pour la faune locale ou totalement nuisible à éradiquer à l'huile de coude en terminant par des injections de roundup dans les troncs... Gros boulot tout de même.

Larve de cétoine dorée
Qu'ai-je croisé d'autres en ces quelques heures au jardin ? 
Une coccinelle prenant le soleil sur le mur de la maison...
Et aussi, ô combien hélas, une de ces bestioles dont j'avais si peur jadis, et qui est un ami du jardinier, habitant son compost... La cétoine dorée (Cetonia aurata).
La mienne était très grosse, le compost lui avait fort réussi, mais comme nous avions transféré une partie du compost dans un seau, la pluie avait inondé le seau et certainement noyé ma pauvre cétoine. Réduite à un gros ver blanc mort. Bon j'en ai profité pour la prendre en photo... et l'ai exposée à l'air libre pour que quelque oiseau  profite au moins d'un bon festin.

mercredi 19 novembre 2014

C. de Metter/D. Kennedy : "Piège nuptial" (Australie)

Vues aériennes du bush et champ (Australie, 2005)
La bande dessinée de Christian de Metter, adaptation du roman de Douglas Kennedy "The Dead Heart"
Editions Casterman, 2008, 124 p.

Après avoir découvert Christian de Metter avec sa BD "Rouge comme la neige" (si noire), j'ai plongé à nouveau à ses côtés en plein bush australien. Et le voyage est tout aussi noir. Glaçant.

Nick, journaliste américain, décide de se changer les idées en sillonnant un bout d'Australie à bord de son combi Volkswagen
Vlan ! Collision avec un "Roo", vous savez, ce grand truc à poche qui saute joyeusement en plein milieu des routes australiennes.
Combi en panne, prétexte à rencontre avec Angie,  autostoppeuse sans complexe.

A partir de là, Nick entreprend sa descente aux enfers dans un bled rayé de la carte et habité d'une famille de dingos arriérés et violents. Bienvenue à Wollanup, loin de tout, à la merci d'une bande de dégénérés, pour servir d'étalon frais à cette Angie cruella d'enfer.
On peut aussi penser à l'ambiance si terrible du film "Délivrance", qui se déroulait dans un coin de nature sauvage en Géorgie où une bande de péquenots dégénérés terrifie 4 jeunes randonneurs.
Voyage en Australie 2005 :
fascinée par les kangourous..
.
Christian de Metter a soigné ses planches et l'on apprécie les dessins à l'aquarelle. Il exprime très habilement la tension et le huis-clos infernal pour Nick seul contre toute une bande de dangereux timbrés, dont l'activité au demeurant est de chasser le "Roo", de le dépecer (c'est Angie l'experte, pour tout dire !) pour la revente de la bidoche.

Quelle chance d'avoir un hublot 
pour capter cette image...
(en revanche, qui dit hublot dit renoncement 
à toute mobilité sur un très long courrier !
Faut savoir ce qu'on veut : moi c'est le paysage)
Heureusement, au milieu de cette bande de fous, il y a la douce (et surtout "normale") soeur d'Angie,

Le lecteur est alors tenu en haleine par la quête d'un moyen d'évasion et l'attente. Longue attente, simulation de la folie ou de la dépression.
Puis tout s'accélère avec cette fameuse évasion et la course poursuite effroyable et sans merci dans le bush.
Brrrrr. C'est du quitte ou double. C'est terrible.

A en faire des cauchemars en avion (avez-vous lu la fin ???). Joke avec ma photo... 
Ci-joint quelques photos prises lors d'un voyage au pays des "Roos" en 2005, où je n'ai dû croiser que deux ou trois marsupiaux vivants et sautillant dans les champs, pour une dizaine de kangourous morts écrasés sur la route.

--> Chronique "BD" et quelques "lectures d'Océanie"

Jean-Marie Blas de Roblès : "L’île du Point Némo"

***** - Ed. Zulma, 2014 - 430 p

Mettez dans un shaker du Jules Verne (beaucoup d’Île mystérieuse, mâtinée de Vingt mille lieues sous les mers, de Michel Strogoff, de Cinq semaines en ballon, etc.), un peu d’Agatha Christie (Le crime de l’Orient Express par exemple !), de Conan Doyle, de Maurice Leblanc, et même du Shakespeare, du Victor Hugo et une touche d’Herman Melville aussi…
Secouez intensément.
Lisez.
Vous aurez un sacré tournis. Comme moi qui ai lu ce livre beaucoup trop vite.

Jean-Marie Blas de Roblès a écrit un « roman fusée », bardé de personnages, d’aventures, d’anecdotes, de réflexions philosophiques. Un récit alambiqué et érudit, superbement écrit, qui nous fait courir sur toute la planète, et ce, sur terre, dans les cieux comme sous l’eau. On n’a jamais le temps de souffler, on doit lire aussi vite que courent les héros à la poursuite d’un diamant volé, jusqu’à l’ïle du Point Némo.

Lecture vertigineuse. 
Grand roman… mais qu’il ne faut pas avaler d’une bouchée. J’ai eu ce tort et je suis sortie de ma lecture exsangue, essoufflée, submergée par tant d’actions, d’horizons et de personnages. C’était trop en si peu de temps, et j’ai le sentiment de ne pas pouvoir digérer le roman, et qu’il ne m’en restera plus tard que des miettes confuses, des flashes de certaines scènes (le musée cirque qui brûle, le voyage dans le Transsibérien, la croisière dans le zeppelin, les détritus de plastique dans l’océan…), qui s'estomperont et à la fin, il ne me restera pas grand souvenir de l'intrigue du Point Némo. Dommage.

Tiens, j'en verrais bien un film avec entre autres Catherine Frot et André Dussolier (à la Prudence Beresford, version Jules Verne).

dimanche 16 novembre 2014

Art de rue, heureusement, sinon la rue serait si triste























Au détour de quelque rue dans Paris :
  • d'amusantes bouches d'égout ou plaques de regard électrique (de la compagnie POPP comme sur la photo en haut à droite, quartier Châtelet)
  • et des panneaux de signalisation détournés (mais le message reste compréhensible Thanks God) qui sont l'oeuvre pour celui du haut de la photo de l'artiste breton Clet Abraham (le sens interdit d'en bas ne porte pas d'autocollant, marque de fabrique de Clet, il doit s'agir d'un dérivé peint par un inconnu mais tout de même rigolo !).
  • Et puis des peintures murales, comme ce mouton ("jesuisceuxquejesuis") côtoyant une boite de thon ("Tuna") et le dessin d'un ado sac au dos et visage enfoui dans ses mains. En bas, une plaque murale "To loose Lautrec" à l'effigie du peintre, juste en face du musée Picasso à Montmartre.
--> "Street Art"

Jaume Cabre : éblouissant "Confiteor" (Espagne)

***** ("Jo confesso" 2013 - Ed. Actes Sud, Traduit du catalan par E. Raillard, 780 p.)

Oh la la... Qu'il est lourd ce "J'avoue". Et pourtant je l'ai trimbalé partout pendant une dizaine de jours, sans pouvoir décrocher de l'histoire d'Adria Ardevol à la croisée de cinq siècles d'histoire et dans une langue magnifique mais se jouant de ci de là de la ponctuation pour mieux propulser le lecteur dans un voyage dans le temps perpétuel.

Une lecture très exigeante, ardue bien souvent, qui requiert une concentration totale.

Que de personnages, que d'époques souvent balayées dans un même chapitre voire dans un même paragraphe, où un personnage s'exprime et c'est un autre d'une autre époque qui termine la phrase.
Qui cherche un défi littéraire en trouve un exceptionnel avec Confiteor. Jaume Cabre, qui a consacré huit années à écrire ce livre, a dit "J'ai compris  que j'avais besoin d'une simultanéité dans le temps et dans l'espace, même si cela devait constituer un défi à la linéarité du langage." (in Page, n°162)

Je ne me risquerai pas à résumer l'histoire de ce pavé (lourd, tellement lourd, mais si riche tellement riche). Adria, en fin de vie et atteint par la maladie d'Alzheimer, confesse ses souvenirs. Son ami de toujours, et seul ami d'une vie, Bernat s'empare du récit pour éditer un roman monumental. 
J'ai dit "seul ami" ? Je corrige : toute sa vie durant, Adria fut accompagné par ses deux figurines jouets d'enfance, l'indien Aigle-Noir et le shérif Carson. Des confidents et des conseillers omniprésents dans le livre, qui ne manquaient pas de recréer un élan de sympathie de la part du lecteur vis-à-vis du personnage d'Adria parfois peu facile à appréhender.

Ses parents tissent chacun des ambitions démesurées pour Adria : tandis que son père lui impose d'apprendre au moins 10 langues, sa mère rêve d'en faire un violoniste virtuose.
"Je me suis toujours souvenu de papa comme d'un homme âgé. Maman, en revanche, c'était Maman. Dommage qu'elle ne m'ait pas aimé." (p.54)

A son ami Bernat :
"Je lui parlai des cours d'hébreu et des matières de philosophie que j'intercalai avec celles de philologie et de ma décision de passer ma vie à étudier et si je peux donner des cours à l'université, super ; sinon, je deviendrai érudit privé." (p.320)

Une rencontre :
"Isaiah Berlin posa le livre sur la petite table et dit je lis tous les jours et tous les jours je m'aperçois qu'il me reste tout à lire. Et de temps en temps je dois relire, même si je ne relis que ce qui est digne du privilège de relecture." (p.573)

En fin de vie :
"Je sais bien : je t'ai tout raconté en désordre, mais c'est aussi que ma tête est un peu démeublée. (...) Je n'ai pas le courage de regarder en arrière ; d'un côté parce que lorsque j'écrivais certaines choses je pleurais ; et de l'autre parce que chaque jour je sens qu'une chaise ou un bibelot disparaissent de ma tête. Et je me convertis peu à peu en personnage de Hopper, regardant à travers la fenêtre ou à travers la vie, le regard vide et la langue pâteuse de tabac et de whisky." (p.762)

Il faut oser s'attaquer à ce livre, s'accrocher et puis ensuite, de toutes façons, on se retrouve happé et on ne peut plus le lâcher, ce livre qui pèse trois tonnes.

La passion d'Adria pour les vieux livres et les éditions rares m'a fait penser au "Cimetière des livres oubliés" de Carlos Ruiz Zafon, qui se déroule aussi dans la Barcelone des années 40, mais la comparaison s'arrête là car "Confiteor" vogue à des années lumières au-delà de "L'ombre du vent"...

samedi 15 novembre 2014

A. Juillard : "Le cahier bleu" + "Après la pluie" (BD)

André JUILLARD : "Le cahier bleu" ***** (1993)
C'est une bande dessinée joliment dessinée et expressive.
J'ai bien aimé le personnage de Louise, québécoise vivant à Paris dans un appart' sans rideaux donnant sur le métro aérien de Bir Hakeim... C'est ainsi que va démarrer l'intrigue. Le dossier en fin d'ouvrage met en avant le découpage des images de cette fameuse scène initiale en panoramique comme dans un tableau de Hopper.
Chassé-croisé amoureux, hasards qui n'en sont pas, et surtout très belles vues de Paris, en passant par le Palais de Tokyo, le Théâtre du Châtelet, l'Institut de Paléontologie...
C'est finalement plus le dessin que le scénario, un peu alambiqué, que je retiendrai.

André JUILLARD : "Après la pluie" ***** (1998)
Cet album n'est pas la suite du précédent mais il met en scène, en arrière-plan, nos deux personnages Louise et Victor. La part belle échoit dans cet opus à Eve et Abel.
Les dessins sont toujours aussi agréables, belles images de la Toscane sous la pluie entre autres. En revanche, le scénario est un brin décousu, ce qui gâche grandement le plaisir.
Et la fin m'a gênée, trop brouillonne et incongrue. De plus, le petit garçon représenté à la fin m'a paru fort mal dessiné : disproportionné, un corps et une tête de de jeune enfant pour ce qui devait être un bambin... Je n'ai pas compris une telle bizarrerie dans le dessin.

NB : André Juillard a collaboré à certains albums de Blake et Mortimer, et la série "L'épervier"

--> Chronique "BD"

Girls in Hawaii, again and again

Girls in Hawaii - Solidays 062014
Un très bel article en hommage au groupe belge GIRLS IN HAWAII a récemment été publié sur le site de Télérama (lien).
Avec humour, l'article précise en introduction qu'en lançant une recherche "Girls in Hawaii" sur Internet, on commence à moins voir de filles en maillot de bain et l'on a plus de chances d'être orienté sur ce que Télérama appelle "le meilleur des groupes belges en activité".

Girls in Hawaii
performing "Flavor" : la folie !!!
Les GiH viennent d'enregistrer un nouvel album acoustique et entreprennent une nouvelle tournée dans des salles "intimes" : c'est l'occasion de découvrir ce grand groupe, qu'humblement je consacre comme "ZE" découverte musicale de l'année 2014 en ce qui me concerne ! 




Et si j'en reste à mes découvertes musicales de l'année 2014...
Mention spéciale à LE PRINCE MIIAOU !!!
Un groupe rock français mené par une jeune auteure compositrice chanteuse prodigieuse, découverte en première partie du concert de EELS à la salle Pleyel.


NB : En 2013, ce fut la découverte de Jake BUGG...
Jake Bugg - Paris 2013
Jake Bugg - Trianon

Le jeune prodige anglais de la guitare et de la voix, et du rythme et de tout...

Il fêtait tout juste ses 19 ans quand nous l'avons vu au Trianon en 2013 : un visage de jeune ado encore poupon, mais quelle prestation !

Il avait déjà tout d'un grand...



--> Voir les posts "You have to know Jake Bugg" et "Jake Bugg, a star is born".

Alors, que réservera 2015 ?...

---> Voir aussi la chronique "musique" de ce blog et la page "concerts"

mardi 11 novembre 2014

Alaa El Aswany : "Automobile Club d'Egypte"


***** (Ed. Actes Sud, 2013, Trad. Gilles Gauthier, 542 p.)

Un très beau roman sur l’Egypte de la fin des années 40, encore sous tutelle britannique, alors que commencent à s'élever quelques voix pour davantage d'autonomie au peuple égyptien, voire certaines revendicatrices de ce que l'on n'ose encore nommer l'indépendance. Mais réprimées facilement faute de soutien conséquent à l'époque. Cependant, quelques années plus tard...

Certes, un souverain est en place, Farouk, mais qui rapidement n'a plus de fil conducteur que la débauche et le jeu, ce que seule lui permet la fréquentation de l'Automobile Club du Caire, et tant pis si ce sont les Britanniques qui tirent les rênes de cette débauche !

L’histoire est contée à plusieurs voix, celle de chacun des membres de la famille d'Abelaziz Hamam, ancien grand propriétaire à la campagne, contraint, ruiné, de rabattre sa famille au Caire dans des conditions précaires. Une voix par chapitre, et des sauts de chapitre qui entretiennent un vrai suspense puisque l'on laisse en l'état tel personnage confronté à un véritable dilemme et pouf changement de chapitre, il faut que le lecteur enchaîne sur les déboires de tel autre personnage et se souvienne de ce qui précède : bref, un procédé littéraire haletant, mais aussi exigeant.
On se trouve rapidement pris par le sérieux scolaire de la petite Saliha, ses déboires avec les fausses ballerines de gym, puis son mariage forcé ; on suit la vie des trois autres fils, l'un arriviste et arrogant, l'autre un peu simplet qui a vite fait de tomber dans l'escarcelle des vieilles européennes un brin nympho, et le troisième studieux et responsable, et dont la conscience politique s'élève petit à petit, jusqu'à...

Donc : un excellent livre sur l'Egypte, fouillé et foisonnant. On en s'ennuie pas à une seule page, on est totalement projeté dans cette Egypte des années 40.

Résumé de l'éditeur : "En cette fin des années 1940, sous les pales des ventilateurs de l’Automobile Club du Caire, l’Égypte des pachas et des monarques flirte avec aristocrates et diplomates de tout poil, pour peu qu’ils soient européens. Régulièrement, Sa Majesté le roi honore de son éminente présence la table de poker. Extravagance, magnificence et décadence qui s’arrêtent aux portes des salons lambrissés. Dans les communs, une armada de serveurs et d’employés venus de Haute-Égypte et de Nubie s’escriment à satisfaire les exigences de l’inflexible El-Kwo, le chambellan du roi. L’esclave du monarque est aussi le chef suprême des employés de tous les palais royaux, qui régente dans ses moindres détails leur misérable existence et se délecte à professer l’art de la soumission.
Parmi ses “sujets” : Abdelaziz Hamam, descendant d’une puissante famille ruinée, venu au Caire dans l’espoir d’assurer l’éducation de sa progéniture. À suivre les chemins contrastés qu’empruntent ses enfants, on découvre les derniers soubresauts de l’Égypte pré-nassérienne : morgue des classes dominantes, dénuement extrême des laissés-pour-compte, éveil du sentiment nationaliste. De toute part l’édifice se lézarde, et dans le microcosme de l’Automobile Club, où le visage noir charbon d’un domestique ajoute une touche d’élégance au décorum, frémissent les temps futurs et l’explosion révolutionnaire qui va embraser le pays."

--> voir aussi la chronique "Lectures d'Afrique" ou la page "Littérature africaine"...

"Panique à Londres" ! (Petillon & Rochette)

*****
BD archi drôle !!!
Comme quoi se faire un moment de lecture amusant et revigorant, ça ne mange pas de pain (merci notre bibliothèque municipale sans laquelle je n'aurais pas découvert cet ouvrage si rigolo).

L'histoire ? Rocambolesque et énorme clin d'oeil aux relations franco-anglaises (l'entente cordiale, que nenni !)... D'ailleurs tout commence par la conduite à gauche ou à droite selon notre côté de la Manche. C'est ainsi que deux patients (français) d'un asile de Dieppe profitent d'un accident entre leur ambulance et une voiture de hippies anglais roulant à contre-sens, pour se faire la malle dans la perfide Albion.

Ces deux représentants de la nation française sont Louis le Vétilleux, qui se clame "véritable et unique souverain de Jersey et Guernesey" en vertu d'un authentique parchemin du XIIe s, et "Dico", personnage un tantinet à côté de la plaque qui change d'identité à chaque nouvelle entrée du dico des noms propres qu'il trimballe avec lui. Ainsi, il passe de Sartre à Tamerlan, ou Thatcher (pas longtemps vu son impopularité) et finit même en Winston Churchill puis Cantona !

Les deux hurluberlus réussissent à semer la panique en Angleterre sous couvert d'invasion et revendications territoriales de la France. Ce pourrait rester au registre du farfelu si ne s'était ajouté un quiproquo avec des islamistes britanniques ayant pris le "faux" Tamerlan au pied de la lettre.

Et la fin est savoureuse... Pauvre Québec !!!

Drôle drôle drôle !

--> chronique "BD"

samedi 8 novembre 2014

London Tour

Alors... fin octobre un petit changement d'air s'imposait pour la Toussaint.

Direction London, et première fois en Eurostar (on ne s'est même pas rendu compte du passage sous la Manche).
Un temps printanier fort agréable (estival selon l'appréciation des Anglais).
De ci de là des Britanniques, mais partout des... Français !
Nous avons donc quadrillé Londres dans tous les sens et à toute heure (attention le soir quand on cherche à dîner accompagné d'un mineur ! je ne parle pas bien sûr du pubcrawl).
Beaucoup de sightseeing mais aucun musée ! la faute hélas à l'overdose de Moma et de Met à New York cet été.
Première découverte du London Eye : 
intéressant de jour comme de  nuit...
un petit coup de Trafalgar Square et la Cathédrale Saint Paul de nuit.

Bien sûr : Big Ben... solennelle et sous le soleil !

Portait Street Art d'Elizabeth à Soho quand nous cherchions désespérément un samedi soir
un pub acceptant un ado de moins de 18 ans !
Autres photos : Passage obligé avec deux ados au marché de Camden Lock.
Bilan des courses : un sweat Run DMC, un Tshirt Run DMC
un Tshirt avec le singe qui s'était pris en selfie, une enceinte haut parleur miniature ultra forte
et des plats sur le pouce qui à l'Indien, qui à l'Oriental, qui au Chinois, et bibi aux donuts


On commence par d'excellents Fish and Chips accompagné de Mushy Peass et de London Beer
au Brook Green Cafe non loin de l'Hammersmith Apollo ("No Sleep til' Hammersmith !")
puis fascination pour les double decks
que nous avons pris à foison compte tenu des fermetures de métro

Le Bus stylisé est un exemplaire des Street Art Buses parsemés dans la capitale :
celui-ci est le Punk'ed Bus par V. Osment.
--> Voir aussi la partition musicale de cette escale londonienne : "London Calling" et les autres voyages...

dimanche 2 novembre 2014

Les fleurs toujours au RV au jardin

Au 31 octobre et en ce premier jour de novembre, de courageuses fleurs restent fidèles au rendez-vous... 
Penstemons et gauras - rose - gerbera - sauge jaune -
sauge violette - plumbago dentelaire sauvage
Il faut dire qu'avec un peu plus de 20° en ce weekend de la Toussaint, le jardin se sentait d'humeur estivale.

Ici et là, une poignée de jolies roses.

Les touffes de penstemons (fleurs en clochettes) et de gauras (fleurs aériennes comme des papillons) sont toujours d'actualité (en haut à droite sur la photo).

Les sauges arbustives s'éclatent vraiment, comme d'habitude : sauges rouges, fuschias, jaunes (photo), violettes (photo) et la petite dernière plantée il y a une semaine : une sauge bleue ! (celle-ci, je l'ai installée entre un pied de sauge violette et un pied de lavande : je pense qu'elle sera à son aise avec ces deux voisines).

Et qui m'a fait la surprise de pointer son nez entre les touffes d'épais feuillages verts : une fleur de gerbera ! (fleur rose, milieu gauche de la photo). Il me semble pourtant que ce n'est pas le moment... mais je ne vais pas me plaindre.

Enfin, et vraiment pour finir en ce qui les concerne car elles sont en fin de floraison : une fleur de plumbago dentelaire issue d'un plant ramassé dans les friches aux abords du parking de la gare (en bas à droite sur la photo ).

Sauge de Jérusalem : nouveaux boutons floraux début novembre !
Alors, au tout début du mois de novembre, qui nous réserve encore de belles surprises ?

La sauge de Jérusalem ! J'avais coupé ses boutons floraux fanés il y a quelques temps, me disant qu'il fallait commencer à préparer la belle pour l'hiver. Et voilà que surgissent de nouveaux boutons qui, s'il ne se met pas à geler sans prévenir, vont s'épanouir en plein automne...
Ce plant de sauge de Jérusalem est une de mes grandes réussites... Pourtant planté aux pieds d'un néflier et d'un laurier, sa touffe gagne en majesté et il produit des fleurs jaune vif magnifiques.

F. Couao-Zotti : "La traque de la musaraigne" (Bénin)

***** (Editions Jigal, 2014, 215 p.) - Réf. géogr. : Bénin / Ghana / France
Je n'ai pas retrouvé dans ce roman profondément sombre de l'auteur béninois Florent Couao-Zotti la poésie et la magie de son roman "Les fantômes du Brésil" (2006).
La quatrième de couverture évoque pourtant "néologismes, audaces grammaticales, jeux de mots." Le livre est certes bien écrit mais je suis restée sur ma faim quant aux audaces du style.

Enfin, s'agissant de l'histoire... le personnage principal est un jeune Breton fuyant ses responsabilités , débarqué au Bénin pour ne sembler se préoccuper que de la "bagatelle". Il se dit poète et se veut les "semelles au vent", mais il n'est guère attachant, au contraire je l'ai trouvé désagréable et irritant.. 
En revanche, le personnage de Déborah a beaucoup plus d'épaisseur. Jeune ghanéenne en cavale après avoir fauché l'argent d'un casse, elle est dotée d'un aplomb et d'une vivacité incroyables. C'est à elle que le lecteur s'intéresse finalement.

Le livre fut avalé en un rien de temps, l'intrigue se durcissant soudain autour de la menace de "ravisseurs islamistes venus du Nigéria voisin à la recherche d'otages européens." C'est là que l'on bascule dans l'actualité la plus contemporaine. Et le résumé de l'éditeur frappe très juste en évoquant "un âpre condensé de l'actualité politique en Afrique de l'Ouest." Le Bénin, que je pensais encore calme (aussi parce que l'on en parle peu dans l'actu occidentale), secoué des mêmes soubresauts que le reste de la région.

Une fin de roman inattendue, pour bien marquer qu'il s'agit là d'un sombre roman. Pauvre Déborah. Culot et vivacité font peu le poids face à l'hydre géopolitique. Je m'attendais à un avenir plus optimiste pour elle. Brrr...  

--> Autres "lectures d'Afrique"...
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