samedi 28 novembre 2020

David Hockney en Normandie

D. Hockney peignant devant sa maison de Beuvron-sur-Auge
(photo figurant sur la carte-cadeau reçue à l'expo)
Je crois bien qu'il s'agissait de ma première sortie "expo" depuis le premier confinement, à part la virée sur l'expo Web de Josh Smith à New York, et la dernière avant le deuxième confinement. Décidément, il faut être rapide, et affuté quant aux bons plans.

Cette petite exposition d'une dizaine d'œuvres de David Hockney à la galerie Lelong est prolongée jusqu'au 27/02/2021, elle est gratuite, il faut y courir dès que ce sera possible ! Elle met en joie. Même à travers le masque, on a l'impression de respirer à pleins poumons l'air de la campagne normande. Il faut dire que les tableaux sont de bonne taille, les couleurs bien vives, le trait alerte. Sacré bol d'air qui fait tant de bien en ce moment.


Et de surcroît, la galerie offre aux visiteurs une très jolie carte présentant le tableau du pommier "Apple tree" et une photographie de David Hockney peignant depuis la cour, la maison de son coeur... Un petit souvenir de fort belle facture.

Trees Mist
De fait, David Hockney, qui était revenu en Europe dans le cadre des grandes expositions qui lui ont été consacrées, à Londres, Paris, Amsterdam, avait décidé de passer un peu de temps en France avant de refaire le fatigant voyage transatlantique qui le ramènerait dans sa Californie adoptive.
Il tenait en particulier à revoir la tapisserie de la reine Mathilde à Bayeux.

C'est en compagnie d'amis dont le directeur de la galerie Lelong, admirant depuis Honfleur la vue sur le pont de Normandie et Le Havre, que l'idée lui vient de faire une pause ici, dans le pays d'Auge, pour prendre le temps de peindre le paysage au gré des saisons. Alors il s'installe dans une vieille maison traditionnelle à colombages du XVIIe siècle près du village de Beuvron-sur-Auge. Comme l'indique le texte introductif de la galerie Lelong, Hockney observe "que les impressionnistes, à l’affût de la modernité, ont dédaigné ces maisons typiques de la région. [Lui] y voit par contre un écho des chaumières du paysage hollandais que représentèrent Rembrandt et le jeune Van Gogh, les deux grands maîtres qu'il aime à regarder en ce moment".

Dessin sur iPad
Il installe donc son atelier dans la grange, et peint accompagné de son Jack Russell Ruby, qui figure sur plusieurs dessins. La maison est entourée d'un vaste terrain, d'une mare et d'arbres, pommiers, poiriers, cognassiers ("quince tree"), peupliers que David Hockney reproduit en peinture au fil des saisons, dans la pleine lumière de l'été et dans les premières brumes de l'hiver : "Trees mist", "Trees with less mist"...
David Hockney entend capturer "le passage du temps" depuis sa nouvelle demeure, et "se rend compte que la plupart des gens ne regardent pas vraiment ce qu'ils ont sous les yeux, ils ont sans doute autre chose à faire."

La galerie expose des acryliques sur toile et quelques dessins réalisés sur iPad.

Pour découvrir les pans intimes de la vie de David Hockney, son histoire, les ressorts de son talent, ses amours, ses amis, rien de plus sympathique et passionnant que le roman de Catherine Cusset "Vie de David Hockney" paru en poche.
Le Monsieur est né en 1937, il a aujourd'hui 83 printemps...

https://www.galerie-lelong.com/fr/exposition/99/david-hockney-ma-normandie 

mercredi 18 novembre 2020

Claire Léost : "Le monde à nos pieds"

*****  (JC Lattès, 2019, 300 p.) 💚
Dévoré ce roman !
Le devenir d'un petit groupe d'amis depuis leur première rentrée à Sciences-Po en 1994, à la fin des années Mitterrand, jusqu'à l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron en 2017. 
Trois garçons et trois filles d'horizons variés, Louise, Katel, Delphine, Lucas, Max, Stan... 
A peine vingt ans. Jeunes, beaux, pleins de rêves et d'idéaux. Militants, engagés, ils se passionnent pour la chose politique. Confiants qu'un jour le monde sera à leurs pieds. Amitié et histoires de coeur aussi...
Puis la compétition, les ambitions divergentes, les aléas de la vie, fragmentent l'amitié et construisent les adultes qui tenteront de s'épanouir qui en politicien, qui en femme de presse, qui en écrivain... Chacun son chemin. Jusqu'aux retrouvailles. Une fin aussi qui n'a pas manqué de toucher mon petit côté fleur bleue.

Un livre très bien écrit et des personnages tous attachants à leur manière, que l'on prend plaisir à suivre.
Une chronique passionnante de la vie politique de ces deux décennies et des débats estudiantins. Cela n'a pas manqué de me rappeler des souvenirs. 
Je m'y suis retrouvée, dans ces années '90.

Quant à la décennie précédente, aux nostalgiques des années '80, je conseille un roman graphique absolument exceptionnel, à lire, et à offrir : "La vie sans mode d'emploi, putain d'années '80" de Désirée et Alain Frappier 💛

Sigrid Nunez : "L'ami" (E-U)

 ***** The Friend (Ed. Stock, 2019) - National Book Award 2018

La narratrice pleure son ami et mentor, un écrivain et professeur de littérature qui s'est suicidé.
Le défunt laisse derrière lui un vieux danois, Apollon, un chien non pas beau comme un dieu mais grand comme un poney, que l'épouse numéro trois s'empresse de confier à la narratrice. Cette dernière, qui se considère avant tout comme une femme à chats, habite un appartement minuscule à Brooklyn, interdit aux chiens. Il va falloir s'y faire.
En même temps qu'elle réfléchit à la perte de son ami suicidé, à la nature profonde de leur relation (peut-on parler d'amitié amoureuse ?), elle lui dédit des écrits, elle "journalise". 

"Je journalise, bien sûr - d'ailleurs, je considère le fait de tenir un journal comme une sorte de méditation - et j'écris de la poésie".

Et elle s'efforce d'apprivoiser Apollon, ce grand dadais de chien qui bave, qui pond des déjections monumentales, et qui n'a même pas la place pour faire demi-tour dans le petit salon.
Seulement voilà, Apollon vit aussi son deuil et souffre de la perte de son maître. Le pauvre chien balourd et surdimensionné déprime.

« La plupart du temps, il m’ignore. Il pourrait aussi bien vivre seul ici. De temps à autre, il croise mon regard mais détourne les yeux immédiatement. Ses grands yeux noisette sont frappants d’humanité ; ils me rappellent les tiens. »

J'ai bien apprécié ce roman, certes parce que le chien est un personnage central, mais pas que !
Des passages drôles, une écriture sensible, des révélations sur le milieu de l'édition littéraire et une chronique de la vie universitaire américaine. Et puis, tout de même, j'ai été touchée par cet apprentissage d'une relation très particulière entre un gros chien arthritique et dépressif et une femme d'un certain âge abonnée à la solitude, une "invisible" comme disait l'écrivain.

"Ces derniers jours, j'ai passé tellement de temps à promener Apollon que je n'arrive plus à imaginer sortir marcher seule dans la rue."

Il me vient également à l'esprit deux autres romans qui dépeignent assez bien le milieu universitaire nord-américain :

  • "L'autre qu'on adorait" de Catherine Cusset  
  • "Special topics on calamity physics" ("La physique des catastrophes") de Marisha Pess

= deux énooormes coups de 💚

Sinon, d'autres lectures qui ont du chien : ICI ;=))

dimanche 15 novembre 2020

Du bonheur d'écouter Fleetwood Mac sur un skate

Tout récemment, une petite vidéo a fait le buzz et permis de faire découvrir aux jeunes générations un morceau culte du groupe Fleetwood Mac.
Sur cette vidéo, un homme roule sur son skate, heureux, tout bonnement heureux, en écoutant cette chanson de 1977, Dreams, et en chantant les paroles en playback. Par moments, il avale quelques gorgées de la bouteille de jus de canneberge qu'il tient la main. Cet homme affiche une telle nonchalance, il respire le bonheur. He IS feeling good.
La vidéo (Nathan Apodaca sur son skate ) est devenue virale, elle a été vue des dizaines de millions de fois et a relancé les ventes de l'album Rumours (1977) duquel est extrait la chanson (un album culte culte culte, non, cultissime !). Mick Fleetwood lui-même a commenté la vidéo et s'est filmé pareillement 😉.
Nathan Apodaca a expliqué que son auto étant tombée en panne, il est allé en skate à son travail dans un entrepôt de pommes de terre de Idaho Falls, en longeant l'autoroute, muni de sa bouteille de jus OceanSpray et de son téléphone. La société OceanSpray lui a offert un pickup, en remerciement de ce coup de pub incroyable et non prémédité...

Fleetwood Mac est un de mes groupes "de chevet", et Rumours un de mes plus précieux albums. 

Très beau concert le 11 octobre 2013 à Paris/Bercy, hélas juste avant que Christine McVie ne se décide à sortir de sa retraite d'ermite pour remonter sur scène. Nous avons donc eu droit au quatuor Stevie Nicks au chant, Mick Fleetwood à la batterie, Lindsey Buckingham à la guitare et chant et John McVie à la basse.
Stevie Nicks, toujours magnétique et magnifique
Fleetwood Mac, POPB, 11/10/2013



















Ce fut un très bon concert. Où l'on constate l'ascendant que prend le guitariste (Lindsey) sur les autres musiciens : solos de guitare nombreux, back vocals en sus de Stevie Nicks, chant en solo sur Big Love, speech d'intro du dernier morceau en rappel...).

Depuis, les inimitiés anciennes et récentes entre les membres ont fini par ronger la cohésion retrouvée sur le tard. 
Il faut dire que les relations houleuses trouvent leur origine dans les histoires d'amour et de sexe des membres : à l'origine, deux couples, Lindsey Buckingham (né en 1949) + Stevie Nicks (1948) d'une part, John McVie (1945) + Christine McVie (1943) d'autre part, et Mick Fleetwood  (1947) "dans l'entre-deux". Puis les couples se sont déchirés, les uns frayant avec les autres... Cela me fait vraiment penser à "Monday morning you sure look fine / Friday I got travelin' on my mind / First you love me, and then you fade away / I can't go on believin' this way"...
Le grand n'importe quoi, départs du groupe, carrières solos... 
Jusqu'à cette reformation autour de 2010 et à nouveau des concerts juteux. Encore plus juteux une fois que Christine McVie  a accepté de revenir, et que le groupe renoue avec sa formation initiale culte. 
Cependant, les blessures n'ont jamais cicatrisé et à la moindre étincelle, l'explosion couve. 
En 2018, le groupe reproche à Lindsey Buckingham de se prendre "pour le roi" et le congédie purement et simplement de la tournée à venir. Dans la presse, on lit ici et là que Stevie Nicks avait posé un ultimatum : soit elle, soit Lindsey... 
Contre-attaque judiciaire de ce dernier, affaire de gros sous, dédommagement à l'amiable qui sonne la fin définitive de la formation culte. Triste épilogue... Le Fleetwood Mac continue ses tournées, il a fallu deux guitaristes pour remplacer le prodigieux Lindsey.

I can still hear you saying you would never break the chain...
Fleetwood Mac : The Chain (Paris, 11/10/2013)
La setlist et les vidéos tirées de ce concert : 
  1. Second Hand News
  2. The Chain
  3. Dreams
  4. Sad Angel
  5. Rhiannon 
    Lindsey Buckingham, John John McVie et Mick Fleetwod
  6. Not that Funny
  7. Tusk
  8. Sisters of the Moon
  9. Sara 
  10. Big Love (Performed by Lindsey Buckingham)
  11. Landslide 
  12. Never Going Back Again
  13. Without you (une chanson de Fleetwood Mac qui avait été "perdue" : Stevie Nicks raconte en intro l'histoire de cette "lost song"...)
  14. Gypsy 
  15. Eyes of the World
  16. Gold Dust Woman
  17. I'm So Afraid
  18. Stand Back (Stevie Nicks song)
  19. Go your own Way
    Rappels :
  20. World turning
  21. Don't Stop
  22. Silver Springs
  23. Say Goodbye (23e et dernière chanson du concert, précédée d'une intro de Lindsey Buckingham)
Stevie Nicks continue de faire l'actualité, grâce à une reprise de son tube solo "Edge of Seventeen" en mash-up avec le morceau "Midnight Sky" de Miley Cyrus (duo à l'initiative de cette dernière), et le résultat est très appréciable - il faut dire que la chanson Edge of Seventeen (1981) est à l'origine une pépite exceptionnelle. 
Le résultat de ce duo inattendu s'intitule Edge of midnight (version mixée). 
Stevie Nicks a annoncé qu'elle avait accepté cette demande de Miley Cyrus car, n'ayant jamais eu d'enfant, cela lui faisait plaisir de rendre service aux jeunes.

--> chronique "music" du blog

mercredi 11 novembre 2020

Ugo Bienvenu : "Préférence Système" (BD)... et la poésie de W. H Auden

💛💛💛💛💛 (2019, Ed. Denoël Graphic)

Une excellente BD d'anticipation. Excellente BD tout court du reste, qui ne manque pas de laisser songeur, bien après l'avoir refermée.

Nous sommes en 2055, dans un futur donc très proche... 
Le personnage principal, Yves, se rebelle contre son  travail qui consiste à expurger du "big data", chaque jour, des fichiers obsolètes dont le taux de consultation sonne le glas de leur suppression. Ainsi en est-il de "2001 l'odyssée de l'espace" ou des poèmes de Rimbaud ou W. H Auden. Ces fichiers seront supprimés du cloud afin de faire de la place pour les selfies et vidéos de vacances de trucmuche et machinchose, puisque de telles photos et vidéos font à présent office de documents précieux qu'il importe d'archiver pour satisfaire les nouvelles générations. Effacement des trésors littéraires, musicaux ou cinématographiques du passé pour faire place nette et stocker les produits phares des réseaux sociaux.

«[2001 Odyssée de l'espace] - Mandat de destruction D-489... exécutable à 15h30 salle 72, bâtiment G.
- Franchement... La totalité de l’œuvre, tout, commentaires, articles et dossiers afférents tiennent sur 6 Go... On en est là ?
- On en est là, agent Mathon ! Si John-Streamy72 veut continuer de partager ses vidéos sur youtube, si Kamelia-72 veut continuer de poster ses photos de vacances, on en est là ! Que penseriez-vous si nous disions à K-Rineohmygod qu'elle ne peut plus montrer son corps sur Instagram ? Ce serait l'apocalypse, Yves ! La fin du monde occidental ! » 

Ne pouvant se résoudre au sacrifice de ce passé culturel riche mais jugé inutile, Yves décide de stocker au péril de sa vie les documents condamnés, dans la mémoire de son robot domestique Mikki, lequel porte aussi l'enfant à naître du couple. La BD en effet fait habilement cohabiter humains et robots.
(La mère, du reste, travaille à la réalisation de produits Playmobil, société qui est devenue... le fournisseur des produits culturels de ce monde nouveau !)

Hélas, Big Brother surveille les éventuels déviants : Yves est repéré, pourchassé, acculé.

La deuxième partie de l'histoire se déroule dans une campagne perdue, où Mikki l'androïde élève la petite fille, loin de la société, loin de l'urbanisation, en pleine nature. Ugo Bienvenu agrémente son récit de très beaux dessins des fleurs, arbres, insectes que la petite découvre au fil de ses jeunes années bucoliques. Le temps savoureux et tranquille de la chasse aux papillons, des comptines et du tai-chi enseigné sur l'herbe par Mikki.
Jusqu'à ce que...
La fin est intense. 
Néanmoins, le message optimiste qu'ont relevé les critiques autour de cette fin ne m'a pas paru si limpide, et je m'interroge encore au sujet de la signification des dernières planches, quand la jeune fille finit par rejoindre "le monde urbain". 

Bien sûr, on pense à "1984" de Georges Orwell (1949), et son héros fonctionnaire au département des Archives du ministère de la Vérité, qui lui aussi avait pour mission de manipuler la mémoire collective, en remaniant les archives.
Et puis aussi à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (1953) où les pompiers sont chargés de brûler les livres, pour ne pas laisser la moindre prise à quoi que ce soit qui détournerait les esprits de la pensée unique... Alors le pompier Montag, comme Yves, avait décidé de se rebeller et de sauver les écrits...

La BD d'Ugo Bienvenu a également le mérite de rafraîchir la mémoire autour de ces deux romans puissants, qui évoquaient un monde dystopique, et dans certains aspects prémonitoire. 
Elle met aussi à l'honneur le génial poète anglo-américain Wystan Hugh Auden, dont voici deux poèmes magnifiques...
  • "Funeral Blues [Stop all the Clocks]" (repris dans la scène de l'enterrement du film "Four Weddings and a Funeral") :
Stop all the clocks, cut off the telephone, 
Prevent the dog from barking with a juicy bone, 
Silence the pianos and with muffled drum 
Bring out the coffin, let the mourners come. 

Let aeroplanes circle moaning overhead 
Scribbling on the sky the message He Is Dead, 
Put crepe bows round the white necks of the public doves, 
Let the traffic policemen wear black cotton gloves. 

He was my North, my South, my East and West, 
My working week and my Sunday rest, 
My noon, my midnight, my talk, my song ; 
I thought that love would last for ever : I was wrong. 

The stars are not wanted now : put out every one ; 
Pack up the moon and dismantle the sun ; 
Pour away the ocean and sweep up the wood ; 
For nothing now can ever come to any good. 
  • J'aime aussi beaucoup cet autre poème, "The More Loving One" :
Looking up at the stars, I know quite well
That, for all they care, I can go to hell,
But on earth indifference is the least
We have to dread from man or beast.

How should we like it were stars to burn
With a passion for us we could not return ?
If equal affection cannot be,
Let the more loving one be me.

Admirer as I think I am
Of stars that do not give a damn,
I cannot, now I see them, say
I missed one terribly all day.

Were all stars to disappear or die,
I should learn to look at an empty sky
And feel its total dark sublime,
Though this might take me a little time.

lundi 9 novembre 2020

Chien bleu sur mer de feuilles


Olga célèbre l'automne en "nageant" (on ne lui voit plus les pattes) dans un océan de feuilles mortes.


Non, la photo n'est pas retouchée... 

C'est simplement la caméra du téléphone qui m'a sorti une exposition très bizarre : Olga est devenue bleue, comme les Dupond et Dupont 😉 (Au pays de l'or noir ?...)

Quant à cette mer de feuilles mortes : nous sommes arrivées au bon moment, les jardiniers de la ville venaient de souffler toutes les feuilles vers le milieu de la grande Pelouse et Olga a adoré patauger dedans 🐾🐾.

dimanche 8 novembre 2020

Día de Muertos en Mexico

Oaxaca : fins prêts et maquillés pour défiler
ou aller au cimetière

Oaxaca, cimetière (31/10 & 01/11/2016) - Les proches décorent les tombes, allument des bougies,
installent un petit autel avec nourriture, boissons, objets familiers du défunt
et viennent se recueillir en partageant son plat préféré
Mexico, Coyoacan, Oaxaca, Puebla... 
La fête des morts au Mexique, c'est le souvenir des Orgueilleux avec Gérard Philipe et Michèle Morgan, et ce fut pour nous un moment très spécial en famille, en 2016.
San Angel, Mexico CF (05/11/2016) - Maquillages, déguisements, danses, musique : la fête des morts est joyeuse

Oaxaca, décorée de cempasuchil, les fleurs oranges typiques de la fête des morts (œillets d'Inde)

Coyoacan (26/10/2016), sous le regard de Frida Kahlo auréolée de papel picado violet (en haut à droite) 
Oaxaca calaveras (têtes de mort), pan de muertos et Catrinas (squelettes de vieilles dames élégamment vêtues et coiffées d'un chapeau fleuri)

Oaxaca - Costumes et sourires, c'est la fête ! Un couple se recueille sur la tombe d'un proche.
En bas à droite :un autel dénonçant les féminicides...


Magnifiques et souriantes Catrinas
Puebla, la cathédrale illuminée (04/11/2016)
Un fabuleux voyage, la fête des morts revêt désormais un autre cachet dans nos esprits : de la gaieté, une ambiance très particulière, les bougies, les calaveras... Ca tombe bien car c'est une semaine avec deux anniversaires chez nous, alors ça devient el Día de Muertos a casa... 💀💙💀🎃

samedi 31 octobre 2020

Día de Muertos, a casa

En 2017, un an exactement après notre fabuleux voyage en famille au Mexique, j'avais préparé les anniversaires de mon mari (1er novembre) et de mon fils (ses 18 ans le 4 novembre !!!) en décorant la maison à la mexicaine. 
En effet, exactement un an auparavant, nous déambulions à Oaxaca puis à Puebla pour fêter le Día de Muertos, c'était magique, fabuleux.

LA DECO pour ce jour de fête : 
--> merci à Pinterest pour l'idée de peindre l'intérieur de bouteilles de bière mexicaine : le résultat est top et très coloré. Les invités étaient babas ! 
Bon, la réalisation ne s'avère tout de même pas si simple que cela paraît sur Pinterest. 
On verse de la peinture acrylique dans la bouteille et on remue ou on tourne jusqu'à ce que toute la paroi soit recouverte. 
Le problème, c'est qu'ensuite en faisant sécher la bouteille - que ce soit à l'horizontale ou à la verticale - la peinture dégoulinait vers le fond (merci Newton !) et les coulures n'étaient pas forcément très esthétiques. Mon mari est devenu obsédé par ses bouteilles jaunes, qu'il a retournées chaque soir pendant plusieurs jours. La peinture ne séchait tout simplement pas et continuait de dégouliner vers le bas. Patience donc, et ne pas diluer la peinture avant (ou très peu) !
Bien entendu, avant de se lancer dans cet atelier déco de bouteilles, il avait fallu se sacrifier pour vider quelques Coronas et Cubanistos...
Aussi, des bougeoirs un peu partout pour rendre l'ambiance encore plus féérique. Et j'avais fait des guirlandes de dessins de calaveras colorées suspendues d'un bout à l'autre du salon, à partir de photos tirées de Pinterest, et posé ici et là des photos de Catrinas (squelettes de vieilles femmes vêtues de jolies robes colorées et de grands chapeaux fleuris). Evidemment, tous les souvenirs rapportés du voyage mexicain s'étalaient dans la pièce. L'ambiance était vraiment là.

LE REPAS :
Fajitas, guacamole, purée de haricots rouges, salade. Mousse au chocolat et crumble fruits rouges.

LES BOISSONS :
- En apéro, on s'est lancés dans les margaritas (2 cl citron vert, 3 cl de Cointreau et 5 cl de Tequila - verre "ensalé") et c'était bien bon !
- Sur Internet, j'avais déniché des bières "Modelo Negro & Lager" (comme là-bas, dit...), "Death Becomes You Amber Ale", "One-Two Knockout Punch Double IPA", et anniv' de mon mari oblige, 3 bières Motörhead (Imperial Pale Lager, Road Crew, Bastards Lager). La Corona, on en trouve partout, donc pas besoin du Web.

Ce fut une fête des morts très joyeuse, très colorée.
Je termine par un petit clin d'oeil aux crânes magnifiques de Niki de Saint Phalle (exposition au Grand Palais, 2015) :

Cette année : confinés... et une partie de nos jeunes sont à Londres. Donc pas de célébration particulière de ce Día de Muertos 2020

En revanche, je me suis régalée en découvrant le dessin animé "Coco" des studios Pixar/Disney, un petit chef d'œuvre d'animation ! 💚💀Festival de couleurs, de musique, d'humour, de tendresse et de poésie, sublime restitution de la fête des morts au Mexique. 
Quand viendra le jour des petits-enfants, Coco passera en boucle à la maison !

lundi 26 octobre 2020

Bienvenue à l'anthidie, tisserande ou belle endormie

Anthidium manicatum / anthidie à manchettes / Wool carder bee

Une abeille solitaire de la famille des mégachiles, qui porte le doux surnom d'abeille cotonnière parce qu'elle gratte les poils cotonneux des feuilles... : telle une tisserande, elle carde puis transporte la boule de poils végétaux pour en garnir son nid.
Pour ce faire, ses plantes fétiches sont la molène bouillon-blanc ou l'épiaire laineuse (oreilles de lapin).
C'est justement sur des fleurs d'épiaire laineuse que j'ai aperçu deux ou trois individus le 22 juin 2020. 
Voici la vidéo en vol (vol stationnaire), d'une anthidie manicatum posée sur une fleur d'épiaire laineuse, puis posée à proximité sur une pierre, au soleil.
Anthidie manicatum en vol stationnaire puis posée (Sud de Paris, 22/06/2020)

Anthidium septemspinosum / Anthidie épineuse
Autre anthidie vue au jardin il y a quelques années : l'anthidium septemspinosum. 
J'avais pu la prendre en photo sous toutes les coutures ou presque car la belle était endormie sur une fleur de campanule raiponce (les petites campanules sauvages).
Cette anthidie peut rester endormie toute une nuit, accrochée à la fleur par ses mandibules
Contrairement à l'anthidie manicatum, les pattes de Septemspinosum sont noires.
Gros dodo... Anthidium septemspinosum endormie (04/07/2012)
Première fois que je contemplais à loisir un insecte endormi au bout d'une fleur. 
Je n'aurais pas pensé qu'une telle scène pouvait m'être offerte, d'un insecte incarnant l'abandon total au sommeil, en plein jour, à découvert sans se soucier du monde alentour 😊.

Campanule raiponce goulûment visitée par une abeille
Campanule raiponce et ail décoratif
Et je profite d'avoir évoqué la campanule raiponce pour saluer cette petite fleur des champs qui est une merveille au jardin : 

elle se ressème toute seule, à profusion, et fleurit tout l'été, pointant ses petites clochettes violettes plus ou moins foncées, parfois violet très pâle, au beau milieu des massifs ou de la pelouse. 

Et elle plait aux abeilles ! 

dimanche 25 octobre 2020

Alice Zeniter : "Comme un empire dans l'empire"

***** (2020, Ed. Flammarion)
« « On a dit beaucoup de choses de moi mais jamais que j’étais banal, le Ciel m’en préserve ! » avait un jour lancé le député pour qui travaillait Antoine. »

Ca me chagrine de me contenter de mettre une seule étoile à ce roman d'Alice Zeniter, mais il serait malhonnête d'en mettre une de plus dans la mesure où ma lecture n'a tenu que jusqu'à la page 65 (sur 393 pages).
Nulle petite étincelle d'intérêt pour les personnages, ni (le début de) l'histoire.
Le récit ultra-documenté a vite pesé sur mon confort de lecture. Trop de détails, trop d'explications sur tout et en continu, en particulier sur les méandres du dark web et les ressorts du hacking. J'en ressortais noyée.
Antoine, l'assistant parlementaire déçu par le système, et L. la jeune étudiante qui devient hackeuse et ne vit plus que pour ça : je me suis arrêtée de lire avant même leur rencontre.
Une grosse déception, je me faisais toute une fête de lire ce nouveau roman d'Alice Zeniter, après l'euphorie ressentie en lisant "L'art de perdre", ce roman magistral ayant l'Algérie pour toile de fond, qui occupe une place de choix dans mes coups de cœur littéraire.

Numériser des photos papier

Découvert une solution facile pour numériser des photos argentiques... : télécharger Google PhotoScan (gratuit), prendre une photo avec son smartphone du cliché sur tirage papier puis juxtaposer 4 petits cercles là où Photoscan vous guide, et cliquer.
L'appli supprime les reflets, c'est magique.
Voilà, ultra rapide, ultra simple, résultat assez correct : je me suis fait la main sur les photos qui agrémentent l'article "Au Brésil".

samedi 24 octobre 2020

Au Brésil

En écho au billet sur le roman d'Idra Novey qui se déroule au Brésil ("Le jour où Beatriz Yagoda s'assit dans un arbre"), quelques instantanés d'un voyage dans l'Etat de Sao Paulo et celui du Rio Grande do Sul, en mai 2003
Un déplacement professionnel axé sur le secteur agricole, mais comme à mon habitude, l'appareil photo toujours greffé à la main dès la moindre sortie dans la rue, par la fenêtre d'un taxi ou le balcon de l'hôtel. 

Itu (Etat de Sao Paulo) : Eglise Bom Jesus - Façade art déco

RIBEIRAO PRETO et ITU :
Le point de chute du séjour fut la petite ville de Ribeirao Preto, connue pour son gigantesque salon du machinisme agricole Agrishow. Pendant cette période, tout est surbooké, plus une chambre de libre ni une place de resto. C'était boulot dodo direct, avec un plat surgelé réchauffé au micro-ondes de l'espèce de petit motel dans lequel je logeais dans un placard donnant sur le parking souterrain. 400 US$ pour 4 nuits. Appareil photo au repos forcé !
Mon "guide-interprète" était un jeune étudiant en tourisme qui montait sa petite agence de tourisme, c'est lui qui m'avait trouvé la chambre-placard dans le motel. 

Il me proposa de "voir un peu de pays" en-dehors des machines agricoles, et tout fier, il m'invita donc à la visite... du zoo de Ribeirao Preto (!), que j'ai acceptée d'abord pour ne pas froisser mon jeune guide touristique en herbe qui faisait ses premières armes sur moi, et ensuite parce que j'aime les animaux. Il est clair que je n'aurais jamais choisi de moi-même d'aller visiter le zoo d'une ville lambda lors d'un séjour à l'autre bout du monde (avec des enfants, je ne dis pas, mais seule, compte tenu de tout ce qu'il y peut y avoir d'autre à voir...).
Ce parc zoologique comporte une partie jardin dont un jardin japonais offert à la ville par des donateurs nippons (forte communauté japonaise dans la région). J'ai pu observer un chien sauvage, en cage, en voie d'extinction car confondu avec les renards, des tortues d'eau côtoyant nonchalamment un petit croco... et une drôle de bestiole qui gonfle ses poils épines quand elle est dérangée. Voilà... visite du zoo.

Puis, profitant un autre jour de quelques heures de répit, mon fameux guide en herbe me promit la "sortie" touristique ultime de la région, et nous partîmes passer quelques heures dans la ville d'ITU.
Un choix à nouveau un peu surprenant... 
ITU - En haut : des oies qui semblent répéter une pièce de théâtre 😄
On a envie de leur ajouter des bulles de dialogue !
En bas : à la fenêtre d'une galerie d'art, ces visages sont si expressifs
Je suppose que bien d'autres lieux sympathiques et plus touristiques font florès alentour, plutôt que cette petite ville qui se gausse de posséder des répliques d'objets géants. Okay, j'ai pris une photo de la cabine téléphonique géante (l'orelhao de Itu) de 7 mètres de hauteur située sur la place centrale Praça Padre Miguel, et souri devant le feu tricolore géant... Mais tout cela ne casse pas vraiment des briques.
La balade dans cette petite ville fut certes agréable, comparée aux allées poussiéreuses du salon Agrishow : beaux spécimens de l'architecture du 19e siècle, diverses églises, il faisait beau, les jeunes étaient d'humeur joyeuse... 

Mais surtout, brève halte au Parque Geológico do Varvito. Pour le coup, ce site est intéressant mais nous y sommes passés en coup de vent, le temps de faire quelques photos et pfffui. J'ai tout de même pu observer les empreintes de crustacés sur les sédiments et glaner un bris de roche stratifiée.

Je regrette tant, compte tenu de mon intérêt depuis toute petite pour la géologie (biberonnée aux visites des carrières de la région de Fontainebleau et aux prélèvements en tous genres, toujours religieusement conservés dans mon bureau), de ne pas avoir eu d'informations préalables sur ce parc géologique, j'y aurais consacré bien plus de temps.

D'après la Revue de Micropaléontologie (Volume 53, Issue 2, April–June 2010, pp. 69-83), le « Parc des Varvites de Itu » offre les meilleurs affleurements de rythmites glaciaires du Bassin du Paraná et représente un site géologique classique pour la glaciation gondwanienne du Paléozoïque Supérieur. 
"Nos résultats palynologiques portent sur des niveaux biens corrélés au sein du Parc des Varvites de Itu. Le matériel analysé a été prélevé dans deux carrières de la région de Itu, ainsi que dans le sondage IT-IG-85 (échantillons à 171 et 228m) foré près de cette ville dans le centre-est de l’État de São Paulo (Brésil). Les palynomorphes et les éléments de microphytoplancton autochtones recueillis sont bien conservés. Ils incluent 15 espèces de spores et 19 espèces de pollen, y compris trois taxons (Verrucosisporites cf. V. andersonii, Convolutispora arkangelskyi et Caheniasaccites verrucosus) signalés pour la première fois dans la partie brésilienne du bassin du Paraná. Les microalgues comprennent des prasinophycées (Leiosphaeridia sp., Tasmanites sp. et Deusilites tenuistriatus), des chlorophycées (Botryoccocus braunii) et des zignematacés (Tetraporina). L’assemblage palynologique confirme l’âge Pennsylvanien tardif (Kasimovien/Gzhelien) de ces rythmites qui, grâce à la présence du pollen index éponyme et à celle de Scheuringipollenites maximus, sont attribuées à la Zone d’intervalle de Crucisaccites monoletus. La présence de certaines algues prasinophycées suggère un environnement marin faiblement salé."

POLLUTION FLUVIALE...
La scène qui m'avait le plus impressionnée, pour ne pas dire estomaquée, lors de ce voyage fut la vision de cette gracieuse petite ville au pied de laquelle coulait une rivière couverte de mousse blanche : une banquise de détergents flottant sur les eaux tranquilles de cette bourgade. 
La première fois que je découvrais de visu les ravages de la pollution des eaux.
Cela se passait entre Itu et Sao Paulo, dans l'Etat de Sao Paulo.
Sympathique, ce reflet coloré dans la rivière, s'il n'y avait ces icebergs moutonneux qui stagnent sur l'eau
"Et au milieu coule une rivière..."  Au milieu d'une banquise de détergents
PORTO ALEGRE
Après cette première étape dans l'Etat de Sao Paulo, direction l'Etat du Rio Grande do Sul, et sa capitale, Porto Alegre, pour des rencontres avec des fabricants d'équipements agricoles et visites d'usines.
Porto Alegre est située sur la rive gauche du fleuve Guaiba, ce fleuve qui fit d'elle un gigantesque entrepôt agricole et industriel.
Une mégalopole qui fait la part belle aujourd'hui aux gratte-ciels et bâtiments modernes.
Porto Alegre : grande carcasse rouillée sur le fleuve Guaiba

Ma visite fut hélas chamboulée par certains soucis intestinaux... Je pus assurer tant bien que mal les rendez-vous professionnels. Et durant les quelques temps libres, je me suis traînée, littéralement (munie des fidèles compagnons coca cola, imodium, ercéfuryl et smecta) à quelques encablures de l'hôtel heureusement bien situé.
Une halte au Centro de cultura Mario Quintina, centre culturel aménagé dans le superbe ancien hôtel Majestic, datant de 1900, où je me souviens surtout m'être jetée sur une assiette de riz et un thé à la cafétéria sinon réputée pour sa vue imprenable sur le fleuve, ah ce ventre...
Tout de même je pus apercevoir la Fontaine aux azulejos en face du Palacio municipal après une journée de RV organisée par la BRDE, et la cathédrale, la résidence du gouverneur d'Etat... Et, faute de pouvoir continuer à marcher, je me suis réfugiée sur un bateau pour une petite promenade sur le rio Guaiba et vers les îles. Une accalmie apaisante avant le vol de retour.

La musique dans tout ça ? Découverte d'une chanteuse brésilienne de bossa nova, Bïa, autour d'un album délicieux "Carmin" (2003), dont voici le lien vers le morceau Mariana. A écouter aussi, en duo exceptionnel avec Lhassa, décédée si jeune du cancer du sein, sur la merveilleuse chanson de Mercedes Sosa : Los Hermanos.

dimanche 18 octobre 2020

Idra Novey : "Le jour où Beatriz Yagoda s'assit dans un arbre" (Brésil/EU)

 ***** "Ways to Disappear" (2016)

Un arbre dans la ville
(Porto Alegre, 2003)

"Dans un parc délabré au bout du bout délabré de Copacabana, une femme s'arrêta sous un amandier avec une valise et un cigare."

J'ai d'abord été happée par ce roman. L'histoire, insolite et fantasque, d'Emma, traductrice américaine d'une romancière brésilienne, qui sent poindre une vie planplan à Pittsburg aux côtés d'un futur mari obsédé par le jogging et d'une belle mère en mal de mariage et petits-enfants.

"Entre la plume foncée et l'immense bord blanc du chapeau, Emma avait un peu l'air d'une folle, ou peut-être juste l'air d'une femme ayant le sens de l'humour, qui refusait d'attendre quelque alignement des étoiles impossible pour profiter de la vie." 

Alors, quand Beatriz Yagoda, sa romancière fétiche, disparaît de son domicile à Rio de Janeiro, pour être entraperçue réfugiée dans un arbre tenant valise et cigare, Emma accourt sur place.

"Quand elle émergea enfin de l'aéroport international Galeao de Rio, Emma absorba le relent familier d'aisselles, de pots d'échappement et de goyaves qui l'assaillit lorsqu'elle sortit de la zone de retrait des bagages et que l'air extérieur s'abattit sur elle."
Sao Paulo, 2003

Débarquant au débotté chez les enfants de Beatriz, Marcus (le beau gosse en vogue) et Raquel (qui au travail tient la dragée haute aux syndicats mais en famille est en pleine déroute psychologique), Emma se met en quête d'indices puisés dans les romans de l'écrivaine pour partir sur sa trace. La cohabitation est d'abord pénible, puis une attirance mutuelle rapproche Emma et Marcus au grand dam de Raquel. De toutes façons, Emma avait succombé au virus brasiliensis... 

Le pays entier se passionne pour les recherches.
L'histoire se corse quand la famille découvre que Beatriz s'est enfuie pour échapper à de pharamineuses dettes de poker contractées auprès d'un gros bras local.
Or, au Brésil, on ne plaisante pas avec les dettes de jeu, surtout dans un certain milieu : enlèvement, menaces, doigts ou oreilles coupées, rançon...
Bientôt la famille et la traductrice deviennent la cible épouvantée de ce gros bras.

"A cette pensée, Raquel s'obligea à rejoindre le trottoir. Un homme à vélo passa telle une tache floue, et elle poussa un cri de peur. De la colline protubérante d'une favela voisine, on entendit le bégaiement de tirs d'un fusil d'assaut. Pendant une seconde, l'unique couture de lumière qui parcourait la favela brilla avec plus d'intensité. Puis la couture se replia dans l'obscurité."

"Le temps qu'Emma et Raquel se précipitent à l'intérieur, tout ce qu'il restait de Marcus était un grand verre échoué au bar au milieu d'une mare de caïpirinha. Par terre, un fatras de glaçons et de citrons."

S'entremêle à la quête de Beatriz des extraits de ses premiers romans et de son tout dernier projet, dans lequel elle révèle certain secret sur le viol qui avait précédé la naissance de Raquel..

Camaïeu architectural (Porto Alegre)
Le récit est régulièrement entrecoupé de digressions sur des explications de mot ou de texte. J'avoue à cet égard ne pas avoir accroché à ce procédé littéraire.
Et puis, au fil du roman, une certaine fatigue m'est venue, je trouvai compliqués les extraits des romans de Beatriz, je commençai à décrocher. C'est peut-être l'âge, l'agilité intellectuelle nécessaire pour prendre pleinement la mesure du roman jusqu'à sa fin a fini par s'émousser.  Des 4 étoiles que j'aurais attribuées à ce livre pendant la première partie de lecture, encore réjouie par le style alerte d'Idra Novey, je suis descendue à 3 * au cours de la seconde partie...

"Et puis midi arriva. Le genre de midi brésilien, éclatant, aveuglant."

"Et puis midi arriva..." (Itu, SP, 2003)


En illustration, quelques photos d'un voyage professionnel dans l'Etat de Sao Paulo et le Rio Grande do Sul en 2003. 

Cela faisait un bout de temps que je n'avais pas lu de roman sur le Brésil. A noter qu'Idra Novey est traductrice et spécialiste de l'oeuvre de Clarice Lispector. Il me reste du pain sur la planche : voici la petite liste des livres ayant trait au Brésil, déjà lus (en noir) ou à découvrir, un jour... (en vert). 

Abreu, Caio Fernando : Qu'est devenue Dulce Veiga ?
Amado, Jorge :  Cacao *****, Bahia de tous les Saints, Dona Flor et ses deux maris ****, Gabriela, Girofle et cannelle ****, Tocaia Grande ****, La boutique aux miracles, Les deux morts de Quinquin-la flotte, Le pays du Carnaval,
Andrade, Mario de : Aimer, verbe intransitif 💚 ***** 1927Macounaïma
Angot, Christine (Fr.) : Pourquoi le Brésil ? ***
Betto, Frei : Hotel Brasil
Blas de Roblès, Jean-Marie (Fr.) : Là où les tigres sont chez eux
Carvalho, Bernardo : Le soleil se couche à Sao Paulo
Coelho, Paolo : L'alchimiste *** 1988,
Delfino, Jean-Paul (Fr.) : Pour tout l'or du Brésil, Zumbi, Dans l'ombre du condor, Corcovado, Samba triste
de Pontes Peebles, Frances ( Br./E-U) : La couturière
Fagundes-Telles, Lygia : L'heure nue, La structure des bulles de savon, Les pensionnaires, Un thé bien fort et trois tasses, La discipline de l'amour, La nuit obscure et moi,
Fermine, Maxence (Fr.) : Amazone 2004
Garcia-Roza, Luis Alfredo : Bon anniversaire Gabriel !
Guimaraes Rosa, Joao : Diadorim *****, Buriti,
Lapouge, Gilles (Fr.) : Equinoxiales💚 *****
Lins, Paolo : La cité de Dieu
Lispector, Clarice : Le bâtisseur de ruines
Melo, Patricia : Eloge du mensonge, O Matador *** (tellement dur...), Monde perdu
Rezende, Maria Valeria : Le vol de l'ibis rouge
Rufin, Jean-Christiophe (Fr.) : Rouge Brésil💚 *****La salamandre
Studart, Heloneida : Le bourreau, Les huit cahiers, Le Cantique de Meméia,
Vasconcelos, Jose Mauro de : Mon bel oranger💚 ***** 1971, Le palais japonais ****Allons réveiller le soleil💚 ***** 1974, Loin de la terre 1977

samedi 17 octobre 2020

Sur les traces d'un périple de jeunesse au Maroc

Dans le sillage du confinement lié à la pandémie Covid-19, j'ai comme beaucoup fini par m'attaquer aux années de rangement sempiternellement délaissées, repoussées aux calendes, et découvert de belles trouvailles... (ICI).
Ainsi, un petit carnet de voyage ne payant vraiment pas de mine (offert par la Sté Lafarge à mon père qui travaillait dans le secteur des mines et carrières) datant de l'année post-bac, 1984, avec des notes d'un voyage au Maroc entamé la veille de mes 19 ans en compagnie de mon frère aîné et de deux amis du lycée, Joëlle et Arjen. Grâce à la fabuleuse carte InterRail, le sésame des jeunes on the road...

La première page de ce carnet ne manque pas de m'interpeller : j'avais osé recopier le blabla qu'on lisait dans le train de la Renfe (la SNCF espagnole). Peut-être enthousiasmant pour la jeune routarde d'hier (les consignes du train en espagnol comme un joyeux signe de dépaysement)... aujourd'hui ringard mais touchant. 
Arrivée sur le sol marocain, Tanger... Dans le carnet, Tanger c'est la première corne de gazelle, le premier sandwich au thon, le premier thé à la menthe, les premières vagues atlantiques, le premier gâteau aux amandes, la première chorba, les premières brochettes, les premières figues de Barbarie...
La découverte de ces drôles de fruits, que j'appelle "figues berbères" dans le carnet, certainement faute d'avoir bien compris leur nom qui nous était à l'époque inconnu. Elles n'ont de fait rien à voir avec la Berbérie des Berbères...

Une des deux théières souvenir du voyage

7 aout 1984 : Espagne-Tanger/Asilah
J'ai osé recopier le baratin en espagnol de la Renfe !
Voilà, brève escale à Tanger. "If you see her, say hello, she might be in Tangiers", Bob Dylan...
Hélas je n'avais pas encore "fait la connaissance" de Paul Bowles ; le beau film de Bertolucci tiré de son roman Un thé au Sahara (avec Debra Winger et John Malkovich) ne sortirait que six ans plus tard.
J'ignorais que Kessel, Morand ou Loti, mes futurs dieux écrivains voyageurs, avaient vécu à Tanger, ou que Truman Capote s'y était aussi arrêté...
Cela, je l'ai découvert plus tard, trop tard pour marcher sur leurs traces dans la ville.
Récemment, c'est en découvrant (sur le tard encore... mieux vaut t... que jamais 😉) le SUBLIME film de Jim Jarmusch, Only Lovers Left Alive, que j'ai eu l'impression de m'évader à nouveau dans les rues de Tanger.
Tanger restera donc la ville de ma première figue de Barbarie : pas rien dans une vie, hein ! Je me souviens encore du vendeur ambulant qui les épluchait les mains gantées de gants style mappa.
Aussi, premières amitiés marocaines au camping, à mots couverts nous découvrons les réticences des Marocains à évoquer le souverain en règne. En revanche, les jeunes nous parlent avec fierté d'un athlète marocain que nous ne connaissons pas, il doit s'agir (au vu des dates) de Saïd Aouita, vainqueur du 5 000 mètres aux Jeux olympiques de l'été 1984 à Los Angeles.

Rabat, notre première auberge de jeunesse marocaine... Tour Hassan II, palais de Mohammed V, remparts de la médina, kasbah... Nous les deux filles achetons notre premier nécessaire de khôl dans la médina... Je n'ai jamais jamais su l'utiliser, mais j'ai toujours en souvenir le petit flaconnet de bois et son bâtonnet.
Enfin, les premières discussions politiques sérieuses avec un instituteur berbère, à l'abri des oreilles indiscrètes.
Visites du Palais Royal, désert, de la Chellah. Notre premier jus d'amandes...
Mohammedia, ville de riches sans âme (nous ne devions pas avoir de guide du routard avec nous sinon nous aurions probablement sauté cette étape).
Imilchil, point de rencontre entre l'Est et l'Ouest du Haut Atlas. 2160 mètres d'altitude. Célèbre pour son "Moussem" des fiançailles, que j'évoque dans mon carnet par le biais d'une légende recopiée en anglais... Etonnant, certainement l'attrait du dépaysement linguistique comme pour les consignes en espagnol de la Renfe.

9-12 août 1984 : Rabat (+ Mohammediah)
Discussion avec un instituteur berbère aux aguets...

Bref arrêt à Casablanca, le temps de laisser mon frère chez un ami, et nous repartons pour Marrakech
Les galères pointent le nez. Arjen est victime d'un pickpocket. Un marocain enroule d'office un serpent autour du cou de Joëlle sur la place Jema el Fna : dans mon souvenir, Joëlle crie très fort 😱... Les "Eh oh les gazelles" sont incessants dès que nous mettons le pied dehors et cela devient pesant... Mes deux amis décident de fuir Marrakech la désolante pour Ouarzazate. Je reste pour attendre mon frère, le patron de l'auberge de jeunesse me sermonne de voyager seule et promet de veiller sur moi. Pas question de laisser une jeune gazelle seule dans Marrakech. Il n'empêche que je subis alors, le temps d'une courte absence du dortoir, la première fouille complète de mon sac à dos ; heureusement, mes pataugas, à l'intérieur desquelles est cousu le sachet avec mes billets en francs étaient aux pieds. Mon frère me rejoint et nous décidons de dormir sur le toit-terrasse de l'auberge, c'est magique.
Achat du premier tamtam de ma vie ! Depuis un bon lot de tamtams du monde entier s'en est venu tenir compagnie à ce premier coup de coeur marocain. Le tamtam sera vite rejoint par l'autre achat incontournable de ce voyage : des théières !
Nous sympathisons avec un groupe d'Allemands et Autrichiens qui deviennent nos nouveaux compagnons de route. Dorénavant, nous baragouinons beaucoup pour communiquer.

13-14-15 août 1984 : Marrakech
Joëlle et Arjen nous quittent, mon frère et moi sympathisons avec un petit groupe d'Autrichiens
(tiens, déjà 😉 mais "il" n'est pas dedans, "lui" ce sera en Espagne un an plus tard, toujours grâce à InterRail !)
Dernier jour à Marrakech. Visite des tombeaux saadiens du 16e siècle. Figues de barbarie 😋. Fontaine Mouassine, la Koubba, le minaret de la mosquée Ben Youssef. Le quartier des tanneurs, où domine une drôle de couleur verdâtre qui nous déçoit, tant nous avions imaginé que nous serions éblouis de couleurs éclatantes. 
Départ en bus pour Ouarzazate via la route qui serpente dans l'anti-Atlas, petit col de montagne, à plus de 2000 mètres d'altitude, paysages superbes, chèvres, mulets, figuiers de barbarie énormes 😋.
Ouarzazate, désertique, la route des milles kasbahs, yogourt vanille, jus d'oranges pressé, palais du Glaoui, coca cola, fait tellement chaud...
16-18 août : Marrakech/Ouarzazate
Ca alors, "On rigole bien : j'ai marché en sandalettes dans le caca d'un mulet" : c'est tout moi ça !
Le groupe se sépare ; mon frère et moi partons pour Tineghir, l'une des dix plus belles oasis au monde (ce que nous ne savions probablement pas à l'époque) et passons la nuit au camping du lac dans la palmeraie, ouvert à tous vents.

19-20 août : Ouarzazate/Tineghir (dans la vallée du Todgha, au sortir du Haut Atlas et face au djebel Saghro)
Etrange comme ce carnet s'interrompt brutalement au mardi 21 août...
Ce dont je me souviens, c'est que le couple de Français rencontrés sur la route nous a pris en stop et amenés jusqu'à Zagora, la porte du désert. Camping, à la belle étoile, mon frère et moi n'ayant pas de tente ; j'étais littéralement morte de trouille la nuit allongée dans mon sac de couchage, avec bien sûr aux pieds les pataugas contenant les derniers billets ! 
Et mon frère atrocement malade d'une tourista carabinée... Souvenir impérissable du "cabinet" de toilettes du camping : un petit cabanon avec à l'intérieur une sorte de pyramide (assez haute), avec des marches, qu'il fallait grimper jusqu'en haut pour s'asseoir sur le trône 😉. Pauvre frérot, vraiment pas à la noce. Pour ma part, à force de rester chaussée de mes énormes pataugas tirelires, infection au pied progressant à chaque pas, jusqu'à terminer à l'hôpital où je fus soignée par un médecin ayant fait son internat de médecine à ... Fontainebleau (suis bellifontaine). Je me souviens avoir été surprise de ne devoir rien payer pour ces soins, prodigués à l'hôpital public.
Nous poursuivîmes notre périple via les splendides gorges du Dadès et du Todra, en autobus local 😰... Trouillomètre très élevé sur cette route de montagne très très escarpée, pour le coup la vue est plongeante dans les gorges ! 
Puis (je passe vite car le carnet s'est tu) Beni Mellal, Meknès, Fès, Tanger, le ferry pour Algesiras, à nouveau cette chère Renfe puis sa cousine française... et retour à la maison.

Ce voyage a fait naître en moi une passion pour les déserts, assouvie au travers des romans et récits (Isabelle Eberhardt, Pierre Loti, Joseph Kessel, René Caillié, Théodore Monod, Ella Maillart, Odette Du Puigaudeau, Roger Frison-Roche, J.M.G. Le Clézio...), des beaux livres (photographies de Jean-Marc Durou), de la géologie et des voyages.

Le Maroc sur ce blog : 
- Laurent Merlin : L'enfant du Sahara (film)
- Carmen Posadas : Cinq mouches bleues ****
- Caryl Férey : Alice au Maroc ***
- Douglas Kennedy : Mirage/The heat of betrayal ***
Pour d'autres idées de lecture : Lectures d'Afrique / Maroc
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